SCÈNE V
MARCELLE, VALÊNS, PAULIN.
MARCELLE
Et si l'on m'a flattée avec un faux indice.
Je vous irai moi-même en demander justice.
VALENS
N'oubliez pas alors que je la dois à tous ,
Et même à Théodore, aussi-bien compie à vous.
N'oubliez pas non plus quelle est votre promesse.
(seale.)
Il est temps que Flavie ait part à l'allégresse : Avec cette espérance allons la soulager.
Et vous , dieux, qu'avec moi j'entreprends de venger. Agréez ma victime, et, pour finir ma peine.
i6o THÉODORE.
Jetez un peu d'amour où règne tant de haine ; Ou, si c'est trop pour nous qu'il soupire à son tour. Jetez un peu de haine où règne tant d'amour. *
' Je ne parle pas des termes impropres , des locations vicieuses dont cette pièce fourmille ; je laisse à part ces vers barbares:
Si son ordre n'agit , Teflet ne s^en peut voir , £t je pense être qnitte y faisant mon pouvoir. Faire votre pouvoir avec tant d'indulgence.. . . Déployez-la, madame , â le faire haïr, etc. etc.
Mais il faut avouer que malheureusement de cent tragédies françaises , il y. en a quatre-vingt-dix-huit fondées sur un mariage qu'une des parties veut; et que Fautif ne veut pas ; c'est Tintrigue de toutes les comédies : c'est une uniformité qui fait tout languir. Les femmes , dit-on , qui fréquentent nos spectacles , et qui seules y attirent les hommes , ont réduit tous les auteurs à ne marcher que dans ce cHe— min qu'elles leur ont tracé ; et Racine senl est parvenu à répandre des fiéurs sur cette route trop commune , et à embellir cette stérilité misérable. II est à croire qae lé génie de Corneille aurait pris une autre voie , s'il avait pu secouer le )oug , si l'on avait représenté la tragédie ailleurs que dans un vil jeu de paume , où les courtauds de boutique allaient pour 5 sous, si la nation avait eu quelque connaissance de l'antiquité , si Paris avait pu alors avoir quelque chose d'Athènes.