CALISTE
Mais cette récompense est plutôt trop petite Pour tant d'affection.
TTRCIS.
Je croirai^ puisque tu le veux, Que maintenant mon mal aucunement te toudie.
GALISTB»
La mort seule éteindra mes feux, Et j'en ai plus au cœur mille fois qu'en la bouche.
TTRCIS.
Je n'ose l'espérer.
DE P. CORNEILLE. ï49
CALI8TB.
Tu t'en peux assurer.
TTRCIS.
HëlaSj que ton courage M'apprête de rigueurs à soufifrir sous ta loi !
CALISTB.
Ce (jue j'ai de rigueurs j'en réserve l'usage Pour tout autre que toi.
TTRCIS.
Si quelqu'un plus riche ou plus beau , Et mieux fourni d'appas, à te servir se range.
CALISTB.
rélirois plutôt le tombeau Que ma volage humeur se dispensât au change.
TTECIS«
Je n'ose l'espérer.
CALISTB.
Tu t'en peux assurer.
TTRCIS.
Mais pourrois-tu, ma belle, Dédaigner un amant qui vaudroit mieux que moi ?
CALISTB.
Pourrois-je préférer à ton amour fidelle Une incertaine foi ?
TTRCIS.
Si la rigueiu* de tes parents A quelque autre parti plus sortable t'engage P
CALISTB.
Les saints devoirs que je leur rends Jamais dessus ma foi n'auront cet avantage.
TTRCIS.
Je n'ose l'espérer.
ï56 POÉSIES DIVJERSES
GALISTB.
Tu t'en peux assurer.
VTUCZS.
Quoi ! parents , ni richesses, Ni grandeurs ne pourront ébranla tes esprits?
«ALISTS.
Tout cela mis auprès de tes chastes caresses, Perd son lustre et son prix.
CHANSON
loi qui près d'un beau visage Ne veux que feindre l'amour, Tu pourrois bien quelque jour Eprouver à ton dommage Que souvent là fiction Se change en affection.
Tu dupes son innocence ,
Mais enfin ta liberté
Se. doit à cette beauté
Pour réparer ton offense; Car souvent la fiction Se change en affection.
Bien que ton cœur désavoue Ce que ta langue lui dit, C'est en vain qu'il la dédit, L'amour ainsi ne se joue ; Et souvent la fiptîon Se change çn affection.
DE P, CORNEILLE. i5i
Sache enfin que cette fiwu&ie Que tu veux feiucke au ddpiors»
Par des inc<mnu5 ressorte Entrera bien dana ton âme;
Car souvent la fiction
Se change en affection.
Tyrcis auprès d'HippôIyt^ Pensoit bien garder son cœur; Mais ce bel objet vainqueur Le fit rendre à son mérite.
Changeant en affection,
Malgré lui , sa fiction.
CHANSON
Vos beaux yeux sur ma franchise N'adressent pas Inen leurs coups.
Tête chauve et barbe grise Ne sont pas viande pour vous; Quand j'aurois Theur de vous plaire, Ce seroit perdre du tenips; Iris, que pourriez- vous faire D'un galant de cinquante ans.
Ce qui vous rend adorable N'est propre qu'à m'alanoer^ Je vous trouve trop aimable Et crains de vous trop àimef :
iSa POÉSIES DIVERSES
Mon cœur à prendre est jEsLcile , Mes vœux sont des plus constants; . Mais c'est un meuble inutile Qu'un galant de cinquante ans.
Si ràrmure n'est complète, Si tout ne va comme il faut, U vaut mieux £aiire retraite Que d'entreprendre un assaut:
L'amour ne rend point la place A de mauvais combattants , Et rit de la vaine audace Des galants de cinquante ans.
CHANSON
di je perds bien des maîtresses, J'en £ads encor plus souvent, Et mes vœux et mes promesses Ne sont' que feintes caresses.
Et mes vœux et; mes promesses Ne sont jamais que du vent.
Quand je vois un beau visage, Soudain je me fais de feu; Mais lon^-temps lui faire hommage, Ce n'est pas bien mon usage; Mais long-temps lui faire hommage Ce n'est pas bien là mon jeu.
DE P. CORNEILLE. i53
J'entre bien en complaisance Tant que dure une heure ou deux ; Mais en perdant sa présence Adieu toute souvenance; Mais en perdant sa présence , Adieu soudain tous mes feux.
Plus inconstant que la lune Je ne veux jamais d'arrêt ; La blonde comme la brune En moins de rien m'importune; La blonde comme la brune En moins de rien me déplaît*
Si je feins un peu de braise.
Alors que l'humeur m'en prend, Qu'on me chasse, ou qu'on me baise, Qu'on soit facile ou mauvaise.
Qu'on me chasse, ou qu'on me baise, Tout m'est fort indififérent.
Mon usage est si commode, On le trouve si charmant.
Que qui ne suit ma méthode N'est pas bien homme à la mode , Que qui ne suit ma méthode Passe pour un Allemand.
i54 POÉSIES DIVERSES