SUR SA CAMPAGNE DE
liNNEMis de mon roi, Flandre, Espagne, Allemagne, Qui croyiez que Bouchain dût finir sa campagne , Et n'avanciez vers lui que pour voir comme il faut Régler l'ordre d'un siège , ou livrer un assaut;
a54 POÉSIES DIVERSES
Ne vous fatiguez plus d étude» inutiles
A prendre ses leçons quand il vous prend des ailles ;
N'y perdez plus de temps : ses François aujourd'hui
Sont les disciples seuls qui soient dignes de lui ,
Et nul autre n'a droit à ces nobles audaces
D'embrasser son exemple et marcher sur ses traces.
Lassés de toujours perdre , et fiers de son retour , Vous TOUS étiez promis de vaincre à votre tour^ Vous aviez espéré de voir piar son absence Nos troupes sans vigueur , et nos murs sans défense: Mais vous n'aviez pas su qu'un courage si grand De loin comme de près sur les siens se répand; De loin comme de près sa prudence les guide; De loin comme de près son destin y préside.
Les rois savent agir tout autrement que nous; Souvent sans être en vue ils fi:appent de grands coups. Dieu lui-même , ce Dieu dont ils sont les images , De son trâne en r^os fait partir les orages^ Et jouit dans le ciel de sa gloire et de soi , Tandis que siu* la terre il remplit tout d'effroi. Mon prince en use ainsi ; ses fêtes de Versailles Lui servent de prélude à gagner des batailles , Et d'un plaisir pompeux l'éclat rejaillissant Dissipe vos projets en le divertissant.
Muses, l'aviez-vous cru , vous qui faites les vaines De prévoir lavenir des fortunes humaines, D'en percer le plus sombre et le plus épineux ? Aviez-vous deviné que ce parc lumineux , Ces belles nuits sans ombre avec leurs jours d'applique , Préparoient à vos chants un objet héroïque ?
Dans ces délassements où tant d'art a paru.
Voyez-vous Aire prise , et Mastricht secouru ?
C etoit là toutefois , c étoit llieureuse suite Qu'y destinoit dès lors son auguste conduite. Dans ce brillant amas de feux et de beautés, Sa grande âme s ouvroit à ses propres clartés; Au milieu de sa cour au spectacle empressée , La guerre s'emparoit de toute sa pensée; Et ce qui ne sembloit qu^ nous iDuminer Lui montroit des remparts ailleurs à fulminer. J en prends Aire à témoin , et les mers de Sicile , L'esprit de liberté qui règne en tonte Fisle , Lime du grand Ruyter, et ses vaisseaux froissés, Sous l'abri de Sardaigne à peine ramassés.
Votre orgueil s'en console , ennemis de la France, A revoir Phîlisbourg sous votre obéissance ; L'empereur et l'Empire , unis à l'investir , Enfin au bout d'un an ont su l'assujettir:
Mais l'effort d'une ligue en guerriers si féconde Devoit y consumer moihs de temps et de monde. Il falloit , en dépit des plus hardis secours , Comme notre Goiidé, le prendre en onze jours, Et vous déshonorez vos beUe^ destinées Quand l'œuvre d'onze jours vous coûte des années»
Cependant à vos yeux, et dans le même été , Aire , Gondé , Bouchain , n'ont presque rien coûté ; Et Mastricht voit tourner vos desseins en fumée. Quand ce qu'il vous en coûte auroit fait une armée. Ainsi , bien que la prise ait suivi le blocus , Que devant Philisbourg nous paroissions vaincus, Si pour rendre à vos lois cette place fameuse Le Rhin vous favorise au refus de la Meuse , Si pour d'autres exploits il anime vos bras , Pour un peu de bonheur ne nous insultez pas;
Et surtout gardez-vous de le croire si ferme ^
Que vous vous dispensiez de trembler pour Palerme,
Poiur Ypres, pour Cambray, Saint*Omer, Luxembourg;
Tremblez même déjà pour votre Philisboui^.
Le nom seul de mon roi vous est partout à craindre s
A triompher de vous cessez de le contraindre ;
Et jusques à la paix qu'il vous ofire en héros,
Craignez sa vigilance, et même son repos.
AU ROI
SUB CINNA, POMPÉE, HORACE, SERTORIUS, ŒDIPE, RODOQUNE, qu'il a fait REPRESENTER DE SUITE DEVANT LUI A VERSAILLES, EN OCTOBRE 1676.
JCjst-il vrai ^ grand monarque! et puis-je me vanter Que tu prennes plaisir à me ressusciter , Qu'au bout de quarante ans, Cinna, PoiApée, Horace, Reviennent à la mode, et retrouvent leur place. Et que l'heureux brillant de mes jeunes rivaux N'ôte point leur vieux lustre à mes premiers travaux?
Achève : les derniers n'ont rien qui dégénère ^ Rien qui les fasse t^roire enfants d'un autre père ; Ce sont des malheureux étouffés au berceau j Qu'un seul de tes r^ards tireroit du tombeau. On voit Sertorius, Œdipe, et Rodogune^ Rétablis par ton choix dans toute leur fortune ; Et ce choix montreroit qu'Othon et Suréna Ne sont pas des cadets indignes de Cinna;
Sophomsbe à sen lioca'^ Atùlà, Puickérîe, ReprendroieiH; fomc «e plaipe une ^secoiiàe vie; Àgésilas en foule aumt-des spectatenrs, Et Bérénice «nfei trouv««H)k é»s actevrrs.
Le peuple , je l'ax^ue , «t la cour ks dégradent'; Je foiblis , ou du moms ite se le ^rimadent, Pour bien écrire encor j'ai trop long-temps écrit ; Et les rides du front passent jusqii a l'esprit : Mais contre cet abus que j'aureis de suffrages,, Si tu donnois les tiens à mes derniers ouvrages ! Que de tant de bonté l'iaipmeuse k>i Rameneroit bientôt et peuple et cour vers moi !
Tel Sophocle à cent ans diarmoit encore Athènes , Tel bouillonnoit encor son vieux sang dans ses veines ^ Diroient-ils à l'envi, lorsque Œdipe aux abois De ses juges pour lui |;agna toutes les voix. Je n'irai pas si loin ; et si mes quinze lustres Font encor quelque peine aux modernes illustres^ S'il en est de fâcheux jusqu'à s'en chagriner, Je n'aurai pas long-temps à les importuner.
Quoi que je m'en promette, ils n'en ont rien à craindre ; C'est le dernier éclat d'un feu prêt à s'éteindre; Sur le point d'expirer il tâche d'éblouir^ Et ne frappe les yeux que pour s'évanouir.
Souffre, quoi qu'il en soit^ que mon âme ravie Te consacre le peu. qui me reste de vie :
L'offre n'est pas bien grande , et le moindre moment Peut dispenser mes vœux de l'accomplissement, ji Préviens ce dur moment par des ordres propices « Compte mes bons désirs comme autant <le servioes.
Je sers depuis douze ans , mais c'est par d'autres hras Que je verse pour toi du sang dans nos cotabàtà : - X. 17
J'en pleure encore un fils, et tremblerai pour Tautre
Tant que Mars troublera ton repos et le nôtre :
Mes frayeurs cesseront enfin par cette paix
Qui fait de tant d'états les plus ardents soubaits.
Cependant, s'il est yrai que mon service plaise 5
Sire y un bon mot, de grâce, au père de lia Chaise. ^