‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 91 sur 123 · PSAUME CL · texte numérisé non relu

PSAUME CL

Domine, exaudi orationem meam.

Oeigneur, écoutez ma prière, Laissez-lui désarmer votre juste coiutoux, Et permettez aux cris que pousse ma miàère, De pénétrer le ciel pour aller jusqu'à vous.

Ne détournez plus votre face Des mortelles douleurs qui m*ont percé le sein , Et dès le premier coup , dès leurs moindres menaces , Penchez vers moi loreille, et retirez la main.

A quelque heure que ma souffrance Implore votre appui , réclame votre nom , Ne regardez mes fers que pour ma délivrance , Ne regardez mes maux que pour leur guérison.

Mes jours ne sont que la fumée D un tronc que vos fureurs viennent de foudroyer ; Ils vont s'évanouir , et ma chair consumée Couvre à peine des os aussi secs qu'un foyer.

Le foin sur qui le soleil frappe  moins d'aridité que le fond de mon cœur ; Ma languissante vie à toute heure m'échappe, Et faute de manger je nourris ma langueur.

En vain je pleure et me tourmente ; Ce n'est que me hâter de courir au tombeau :

DE P. CORNEILLE. 35i

A force de gémir mon supplice s'augmente, Et mes os décharnés s'attachent à ma peau.

Le pélican est moins sauvage Au fond de son désert que i^oi dedans ma cour; Et comme si le jour me faisoit un outrage , Je fîiis comme un hibou les hommes et le jour.

Tel qu'un passereau solitaire , J'ai peine à supporter mon ombre qui me suit ; Et tout le long du jour , si je ne puis me taire y Je repose encor moins tout le long de la nuit.

Mais ce qui plus enfin me touche y C'est que mes ennemis déclament contre moi , Et que ceux qui n'avoient que ma gloire à la bouche y Conspirent avec eux pour me faire la loi.

Tandis qu'ils apprêtent leurs armes , La cendre en. mes repas se mêle avec mon pain ; Et comme mon breuvage est trempé dans mes larmes, L'amertume rebute et ma soif et ma faim.

Votre colère est légitime , Vos bontés m'ont fait roi, j'en ai trop abusé : Mais ne m'éleviez-vous qu'à dessein que mon crime Me fît choir de si haut que j'en fusse écrasé?

L'ombre , plus elle devient grande , Se perd d'autani plus tôt dans celle de la nuit : C'est là de mes grandeurs ce qu'il faut que j'attende ; Mon crime est leur ouvrage , et ma perte est leur fruit.

Vous êtes seul que rien n'efface , • Toute une éternité ne change rien en vous ;

Et vous vous souviendrez, S^gneur, de race en race,

Que vous nous devez grâce après tant de courroux.

Votre serment nous l'a promise :

Hâtez-vous , par pitié , de secourir Sion ; Seigneur, il en est temps , le mal est à sa crise ; Il est temps d'exercer votre compassion.

De ses murailles fracassées Le débris est si cher à vos vrais serviteurs , Que sa poussière allume en leurs âmes pressées L'ardeur d'en voir les'maux tourner sur leurs auteurs.

Par tous les climats de la terre Les peuples aussitôt trembleroient sous vos lois; Et ce coup merveilleux serviroit de tonnerre A jeter l'épouvante au cœur des plus grands rois.

Ce qu'ils ont refusé de croire , Ils le verroient alors , et diroient hautement : Le Seigneur dans Sion a rétabli sa gloire , Et rebâti ses murs jusqu'à leur fondement.

Nous leur dirions pour repartie :

C'est ainsi que de l'humble il écoute les cris , « , Et que , jetant les yeux sur l'âme convertie , Il en reçoit l'hommage et les vœux sans mépris.

Qu'à toute la race future On laisse par écrit qu'il est et juste et bo%: Les peuples qu'après nous produira la nature, Feront dès le berceau l'éloge de son nom.

Surtout, que l'histoire leur marque Comme assis dans son trône il voit de toutes parts ,

Et que du haut du ciel ce tout-puissant Monarque Daigne jusque sur terre abaisser ses r^ards.

C'est de là qu'il entend la plainte , Que des tristes captifs il descend au secours Pour retirer des fers la race heureuse et sainte De ceux qui pour sa gloire ont prodigué leurs jours.

Il veut qu'après leur esclavage Ils courent annoncer cette gloire en tous lieux , Et qu'en Jérusalem un plus entier hommage Le respecte , l'exalte , et le connoisse mieux.

Leurs âmes , de ses biens comblées , A de sacrés transports se laisseront ravir ; Les peuples en son nom feront des assemblées , Et les rois s'uniront exprès pour le servir.

Mais, cependant que je m'emporte A prévoir les chemins que tiendra sa vertu , Dis-moi ce qui me reste à vivre de la sorte, Et combien doit languir mon esprit abattu.

Ne borne point si tôt m'a course , Recule encore un peu le dernier de mes jours : Les tiens ont de la vie une immortelle source ; Tu peux m'en faire part sans qu'ils en soient plus courts.

Au moment que tout prit naissance, Tu préparas la terre en faveur des humains , Et, ces vastes miroirs de ta toute-puissance. Les cieux furent, Seigneur, l'ouvrage de tes mains.

Tandis que tu vivras sans cesse , Ils céderont au feu qui les doit embraser ; X. a3

Gomme ce q^ respire, Us apurant leuv TieiUesse, Et comme im vètem^nli ckb ks ^erfa s*user.

Cette brillante c(>uTeitare N'attend que ton Touloir à perdre son éclat : Toi seul n'es point sujet à changer de nature , Et tout le cours des ans te voit en même état.

Mais, dans notre peu de durée, Du moins tes serviteurs revivent en leurs fils ; Ils habitent par eux la terre désirée , Et passent dans leur race aux siècles infinis.

PSAUME CÏX.

Dixit DomiHusr Domino luep..

Jlje Seigneur vient de dire à son Verbe ineffable, Qui n est pas mo^is cpie lui mon soùiwviiiR Seigneur: Viens te seoîp à ipa dextre, e» rends-toi re^utable Parr oe ditemier eomUe ^honneur.

Cependant mon courroux aura soin de descendre Sur ceux qui t^accabîoient de leurs inimitiés; J'en confondrai Taudace, et je saurai Icjs rendre Tels qu'un escabeau sous tes pieds.

Je ferai de Sion partir l'éclat suprême

Du sceptre universel qu'à tes maiijis x'ai p;?omis:.

DE P. CORÎÏEILLE. 355

Comme je règne au ciel, tu régneras ae même Au milieu de tes ennemis.

Au jour de ta vertu tu leuir feras «ïcmnôîtfe, Par les saintes splendeurs de tes droits éclatants , Que mes regards féconds de mon sein t'ont fait naître Avant la naissance des tèmps«

Je te l'ai trop juré pour o^'en vouloir dMire, Selon Melchisédech tu seras prêtre et r^; Et je joindrai moi-même un ét^nel einfnre Au sacrifice offert par loi*

Oui, Seigneur, oui^ grand Dieiti ee divin saUuwts Qui se sied à ta dextre et nous doane tes U»^ Viendra briser lui-même au jour de sa colèi^^ Les. plus fermes trônes des rois.

Parmi les nations ses lois autorisées Feront tant de ruine et de teU châtiments.

Qu'en mille et mille lieux, les têtes écrasée» Publîront ses ressentimeid».

Leau trouble du torrent lui servit de InrBuvage Tant qu'il lui plut tramer scm exil ici-bas^ ... Et sa gloire en reçoit d'autant plus d'avaat^e / Que rudes forent se» combats.

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PSAUME ex.

Confitebor tibi , Domine.

J'auraI) Seigneur, toute ma vie Votre éloge à la bouché, et votre amour au cœur; Et les plus gens de bien auront Vâme tâvié D'unir à mes efforts leur plus sainte vigueur.

Dans la grandeur de vos ouvrages , • Je vois l'impression de toutes vos bontés; Et dans ce qu'ont d*éclat leurs plus hauts avantagés, Le prompt et plein effet qu'oiit eu vos volohtés.

La gloire et la magnificence Sont des trésors brillants qu un mot seul a produits; Et de votre justice oh verra Fàbondahce Tant qu'on verra les jours fiiir' et suivre les nuits.

Le soxiVenir dé vos merveilles S'affermit à jamais par cet illustre don Que fit votre pitié de viandes sans pareilles A ce peuple choisi pour craindre votre hoiii. *

Cette mémoire invariable Du grand pacte qu'ont fait vos bontés avec nous Vous fera déployer votre bras secourable.

Et ppur un si cher peuple en montrer les grands coups»

Par eux vous le rendrez le maître Des plus riches terroirs de tant de nations ;

Et tous vos jugements lui feront reconnoître Ce qu'ont de sainteté toutes vos actions.

Vous avez des ordres fidèles De qui la fermeté jamais ne se dément; Ils ont tous poiu* appui des règles éternelles, Et la vérité même en est le fondement.

Peuple, adore son bras propice Qui nous envoie à tous de quoi nous racheter; Mais sache ^qu'en revanche il veut que sa justice A toute éternité se fasse respecter.

Son nom est saint , il est terrible ; S'il le faut adorer il le faut craindre aussi ; Et des routes du ciel la science infaillible Ne sauroit comniencer que par sa crainte ici.

Leur plus parfaite intelligence N'est utile qu'autant qu'on observe ses lois; Et la louange due à sa magnificence Durant tout l'avenir doit occuper nos voix.

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