‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 94 sur 123 · PSAUME CXIII · texte numérisé non relu

PSAUME CXIII

In exitu Israël de jlEgjrpto.

JDu fidèle Abraham race heureuse et chérie > Quand de tes premiers fers ton Dieu te garantit , Que du fond de TÉgypte, et de sa barbarie , La maison de Jacob sortit;

Il voulut en Judée étaler l'abondance De sa miséricorde et de sa sainteté, Et choisit Israël pour siège à sa puissance , Et pour objet à sa bonté.

DE P. CORNEILLE. '36i

De ce peuple fuyant, loin d'arrêter sa course, La mer fîiit devant lui sitôt qu elle le vit ; Et les eaux d]u Jourdain , rebroussant vers leur source, Lui cédèrent leur propre lit.

Soudain les plus hauts monts de joie en tressaillirent, Comme un troupeau sur Fherbe , au son des chalumeaux ; Soudain tout à Fentour les collines bondirent , Comme bondissent les agneaux.

mer, qui t'obligeoit de prendre ainsi la fuite? Indomtable élément, quel bras t'a déplacé?

Par quel ordre , Jourdain, et sous quelle conduite Tes eaux ont-elles rebroussé ?

Qui vous fit tressaillir, orgueilleuses montagnes, Comme au son du pipeau tressaillent les troupeaux? Collines, qui servez de ceinture aux campagnes, Qui vous fit. bondir comme agneaux?

Qui Feût pu,, que ce Dieu qui fait trembler la terre. Qui n'a qu'à le vouloir, et .tout change de lieu , Qui nous gouverne en paix, qui nous couronne en guerre, Qui de Jacôb est le seul Dieu ?

C'est lui qui convertit les rochers en fontaines, Qui de leurs flancs pierreux tire des torrents d'eaux , Qui des vastes déserts en arrose les plaines , Qui les y sépare en ruisseaux.

Ce n'est point aux mortels à prendre aucune gloire. Le cœur qu'elle surprend la doit désavouer; C'est ton .nom , qui fait seul plus qu'on n'eût osé croire, C'est lui. Seigneur, qu'il faut louer.

36a POÉSIES DIVERSES

Fais de tes vérités briller si bien l'empire , Et rends de ta pitié le pouToir si connu ^ Qu'entre les nations on ne puisse nous dire : Votre Dieu, qu'est*-il devenu?

Aveugles mal guidés qui coures vers k chute, Sachez que pour séjour c'est le ciel qui lui platt, Que son moindre vouloir hautement s'exécute y Que tout est par lui ce qu'il est.

Vos dieux n'ont point de bras à lancer le toûiien'e) Gentils, ils ne sont tous que simulacres vains ; C'est de l'or , de l'argent , du bois et de la pierre , Qui tient sa forme de vos mains.

Vous leur faites des yeux, vous leur faites des bouches, Qui ne savent que c'est de voir et de parler; Et leurs plus vifs regards sont bénins Ou fiirouches, Comme il vous plaît les ciseler.

Les oreilles chez eux sont de si peu d'usage ,

Qu'autour d'elles le son frappe inutilement ;

Et le nez que votre art plante sur leur visage

Ne leur y sert que d'ornement.

Enfin ils n'ont des mains que pour Êiire figtire f Leurs pieds ^ s'il faut marcher, n'y sauroient consentir; Et s'ils ont un gosier, il n'a point d'ouverture Par oïl leur voix daigne sortir.

deviennent tous pareils à ces vaines idol<»

Ceux qui leur donnent l'être et les fcmt adcver ! Devienne tout semblable à tous ces dieux frivoles Quiconque en eux veut espérer ! ,

La maison d'Israël a mis son espérance Aux suprêmes bontés du souverain Auteur ; Et son bras tout-puissant la mise en assurance | ,

Il s'en est fait le protecteur,

La famille d' Aaron y met son espérapce , Elle n'attend secours ni faveur que de lui ; Et son bras tout-puissant la met en assurance, Il lui sert d'invincible appui.

Tous ceux qui craignent Dieu mettent leur espérance Au suprême pouvoir de son bras souverain ; Et ce Dieu juste et bon les met en assurance y Et pour, appui leur taid la main.

Il nous tient à tel point gravé dans sa mémoire, Qu'il ne peut oublier nos bonnes actions , Et nous comble ici-bas, en attendant sa gloire, De mille bénédictions*

Aux enfants d'Israël il prodigue ses grâces , Il entend leur prière , il bénit leurs ferveurs ; Et sur les fils d'Aaron , qui marchent sur ses traces , Il verse les mêmes Êiveurs.

Il en est libéral par toutes nos provinces A ceux dont l'âme sainte exalte et craint son nom ; Aux petits comme aux grands , aux bergers comme aux princes , Il départ ce précieux don.

Puisse de jour en jour sa bonté souveraine, Qui vous attache à lui par des liens si doux , Et redoubler ce don, et Fépandre à main pleine Sur vos fils ainsi que sur vous !

Entre les nations dont" 11 peuple le monde Il lui plut vous bénir comme ses biën-aimés ; Et quand il a formé le ciel , la terre , et Tonde , C'est pour vous qu'il les a formés.

Ce Créateur de tout, ce maître du tonnerre, S'est réservé là-haut le ciel pour habiter ; Mais se le réservant , il vous donne la terre ; C'est de là qu'il y faut monter.

Cependant chez les morts il n'est aucune flamme Qui ranime, Seigneur, ton aacré souvenir, Et sous un froid tombeau qui couvre un corps sans âme On n'apprend point a te bénir :

C'est à nous qui vivons à te rendre un hommage De louange et de gloire aussi-bien que d'encens ; C'est à ceux qui vivront à t'offrir d'âge en âge Un tribut de vœux innocents.

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