‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 3)Chapitre 8 sur 9 · Tome III. — Page 17 ; dimanche 26 juin · texte numérisé non relu

Tome III. — Page 17 ; dimanche 26 juin

Le roi est si sévère sur les duels qu'il a cassé M. de Seraucourt , parce qu'il paraît certain qu'il s'est battu en duel. Les preuves ne sont pas assez positives pour l'entière condamnation , mais elles sont assez fortes pour n'en pas douter (i).

(1) Au lieu de cette rédaction, qui paraît bien élégante pour Dang\ au , on lit celle-ci dans mon manuscrit : « Le roi «< a cassé M. de Seraucourt, tant il veut punir sévèrement jus- « qu'aux moindres apparences du duel. M. de Seraucourt , le « maître des requêtes, lui parla, il y a deux jours, pour justi- « fier son frère, et le roi lui répondit : Il s'est condamné lui- « même en quittant l'armée; j'en suis facile. >»

Page 3o; mardi i3 septembre 1707.

Le roi , après son lever, regardant à la fenêtre , vit que M. d'Antin avait abattu la nuit tous les arbres qu'il avait condamnés la veille. Il entendit la messe à dix heures , où l'on chanta un motet en musique, [qui fut remarqué, parce qu'il convenait à un bon courtisan].

Page 33; mercredi 26 octobre 1707.

Aujourd'hui en arrivant ici, le roi apprit que M. le duc d'Orléans avait pris par assaut la ville de Lérida le i3 de ce mois. [Il l'a donnée au pil-

lage à ses soldats durant vingt-quatre heures. Tous les lieux circonvoisins y avaient fait porter leurs meilleurs effets. On n'a pas épargné les moines, qui animaient fort les habitans contre nous.]

Page 41 ; jeudi 22 décembre 1707.

M. le prince de Listenois l'a emporté avec beaucoup de raison et de fierté sur ceux qui avaient voulu lui nuire auprès du roi ; il a eu une longue audience de S. M., et en est sorti très-satisfait (1).

(1) Il existe plusieurs manuscrits des Mémoires de Dangeau. Je ne connais point celui dont madame de Genlis a fait l'extrait. Le manuscrit que j'ai consulté est net, exact, sans lacunes ; je n'y ai trouvé , sous aucune date , l'article précédent qui concerne le prince de Listenois, et qui paraît incompatible avec un autre article du 27 du même mois. Je vais transcrire de mon manuscrit tout ce qui a rapport à cette aventure.

« Dimanche 20 novembre 1707. M. de Listenois a été « pris entre Benfeld et Strasbourg. On ne sait par qui ni « comment. On a fait écrire une lettre d'une main inconnue , « mais signée de lui , dans laquelle il mande à son homme « d'affaires en Franche-Comté , qu'il ne peut écrire ni où il « est, ni entre les mains de qui il est; mais qu'on le mettra « en liberté, si on donne 1200 pistoles à un homme qu'il en- « verra pour les prendre à Besançon. On a envoyé l'argent il « y a déjà huit jours, et l'on n'a appris cette nouvelle que ce <( soir, madame de Mailly, sa belle-mère, qui le savait, n'en « ayant point parlé. Cette aventure est fort étonnante par

« loutes ses circonstances. Il a été pris, dit-on, avant que « M. de Villars fût parti de Strasbourg, et il dit qu'il n'en a « point entendu parler étant sur les lieux , et n'en a eu aucun « avis par toutes les lettres qu'il reçoit tous les jours, et n'en « a rien mandé non plus à M. de Strasbourg. M. de Listenois « est fort à plaindre , et on le croit en grand danger.

« Vendredi 2 décembre. Il est arrivé ici un valet de « chambre de M. de Lisfenois qui a toujours été avec lui de- « puisqu'il est pris. Il vient pour emporter l'argent, après « quoi il assure que son maître sera mis en liberté. On vou— «< lait le faire suivre; mais il a dit qu'on s'en donnât bien de « garde, et que sur le moindre soupçon d'être découverts, les « gens qui l'ont pris le tueront. Jusqu'ici on ne comprend « rien à cette affaire, et l'on n'ose travailler à l'approfondir.

« Vendredi 16 décembre. On a des nouvelles de M. de « Listenois. Il est présentement chez lui à Besancon. On ne « parle plus de ce qui lui est arrivé , dont on ne sait rien de « positif; mais on dit qu'il y a une grande altération dans sa « santé.

« Jeudi 22 décembre. M. de Listenois est revenu à Paris. Il « a même été aujourd'hui à l'Etang , voir M. de Chamillard , « à qui il a dit qu'il avait été pris véritablement par quelques « officiers des ennemis; que tous les bruits qu'on avait fait « courir de lui depuis ce temps-là étaient faux ; qu'il lui don- « nerait par écrit le récit de toute cette aventure ; qu'il le « priait d'en faire examiner la vérité, et quand il la saurait, « d'en rendre compte au roi , pour effacer tous les mauvais « offices qu'on lui avait rendus là-dessus , et qu'en cas qu'il « avançât la moindre fausseté , le roi devait le punir rigou- « reusement.

« Mardi 27 septembre. M. de Listenois est revenu , el a

358 ARTICLES RETABLIS.

« salué le roi ce soir. Il ne parail pas que sa santé ait été aî- « térée, comme on l'avait dit.

« N. D. A. Ce M. de Listenois était un fou sérieux, plein « de vues, de projets et d'idées. Il se relaissa dans un village, « d'où il fit tout ce manège pour avoir de l'argent, qui lui « fut en effet envoyé par sa famille ; après quoi il reparut « sans trop savoir que dire. Tout fut bientôt découvert, et « servit de leçon. »

Page q3 ; lundi 29 avril 1709.

Il arriva hier un très-grand désordre dans l'église de Saint-Roch. Un pauvre qu'on voulut faire sortir de l'église fut blessé légèrement à la main. La populace et surtout les femmes s'assemblèrent en grand nombre. Il vint quelques soldats de la compagnie générale des Suisses pour empêcher le désordre. M. d'Argenson fut obligé d'y venir luimême. On lui jçta quelques pierres. Le peuplé avait déjà mis du bois devant la maison du commissaire du quartier pour la brûler. M. d'Argenson par sa patience , et par le secours des Suisses, apaisa le désordre sans être obligé de sévir.

Page 181 ; vendredi 3 juillet 171 1.

Le dauphin, avant de partir de Paris, dit à tous les courtisans qui avaient eu l'honneur de venir dans ses carrosses, que ceux qui avaient envie de demeurer à Paris le pouvaient faire, sans craindre

ARTICLES RÉTABLIS. 36o,

qu'on le trouvât mauvais; et qu'il voulait qu'on fût h son aise avec lui, et qu'on ne craignit jamais personne, [et ne contraindre jamais personne].

Page 3a8; samedi 5 janvier 1715.

La princesse d'Isenghien accoucha ces jours passés d'un enfant mort; elle est dans un trèsgrand danger Madame d'Isenghien était

brouillée avec sa mère, parce qu'elle s'était mariée sans son consentement. Madame d'Isenghien mourante a fait demander pardon à sa mère, en la conjurant, au nom de la religion , de venir la voir; ce qui lui a été accordé, et la réconciliation a été fort touchante. [Elle a tant souhaité de voir sa mère avant que de mourir, qu'elle s'est rendue à ses prières, et la réconciliation a été fort tendre.]

Du mardi 8. La princesse d'Isenghien mourut ce matin à Paris , dans les bras de sa mère.

Page 333; dimanche 17 février.

Le roi envoya chercher le duc deTresmes, à qui il fit une réprimande sévère, mais avec la modération et la politesse quil a toujours. Cependant il dit en entrant au conseil, et ensuite à madame de Maintenons qu'il n avait jamais été plus en colère. [Il dit même à ses ministres en entrant au conseil,

36o ARTICLES RÉTABLIS.

et à madame de Main tenon en entrant chez elle , qu'il n'avait quasi jamais été plus en colère.]

Page 34f>; dimanche 26 mai 1715.

Madame la princesse de Gonti , qui conserve un grand attachement pour la mémoire de monseigneur le dauphin , fils du roi, songe à marier une fille qu'il a eue de la Raisin , fameuse comédienne. On appelle cette fille mademoiselle de Fleury. Monseigneur [savait bien qu'elle était sa fille, mais] n'avait pas voulu la reconnaître publiquement. Madame la princesse de Conti, par des arrangemens particuliers , lui a fait avoir 200,000 1. [par une affaire qu'elle a faite].

Page 353; jeudi 25 juillet 1715.

Les princesses s'assemblèrent après dîner chez madame la duchesse de Berri, comme cela avait été convenu. [Elles ont ordonné qu'on leur apportât au premier jour des modèles d'habillemens. Mais elles n'ont rien déterhiiné encore. Les avis sont fort diffère ns, et] il y a apparence qu'on s'en tiendra aux habits qu'on porte présentement.

Page 36i; dimanche a5 août 1715.

Après avoir reçu ses sacremens , le roi envoya quérir M. le duc d'Orléans , lui parla long-temps avec beaucoup d'estime et d'amitié , [et l'assurant qu'il ne trouverait rien dans son testament dont il ne dût être content, lui recommandant la personne du dauphin et l'intérêt de l'État. Après cette conservation , le bruit se répandit dans toute la cour que le roi l'avait déclaré régent (i)].

(1) Cette dissimulation dont le roi mourant usa avec son neveu, et qu'atteste M. de Dangeau , est un trait caractéristique qui doit être conservé pour l'histoire.

Page 36i ; lundi 26 août 1715.

Le roi parla aux cardinaux de Rohan et de Bissy sur l'état où il laissait les affaires de l'Église; [que Dieu ne lui avait pas voulu laisser la consolation de les avoir finies durant sa vie, mais qu'il espérait que cette affaire finirait plus heureusement et plus promptement dans d'autres mains que dans les siennes; que quelque droite qu'eût été sa conduite, on aurait cru qu'il n'eût agi que par prévention , et qu'il aurait porté son autorité trop loin. Et enfin , après avoir fortement exhorté ces deux cardinaux à soutenir la vérité avec la même ferveur, le même zèle et la même application qu'ils avaient fait jusqu'à présent,] il leur

36a ARTICLES RÉTABLIS.

déclara qu'il voulait mourir, comme il avait vécu, dans la religion apostolique et romaine, etc. (i).

(i) Le rétablissement de ce passage est important, parce qu'il prouve les inquiétudes de Louis XlY sur les mesures où des prêtres ambitieux précipitèrent sa vieillesse. On abusa de son penchant à la domination , pour lui faire usurper sur les consciences un pouvoir qui n'appartient à personne , et on l'égara facilement dans des matières religieuses, pour lesquelles, au rapport même de madame de Maintenon, son ignorance était complète. Le commentateur de Dangeau reproche à ce courtisan d'avoir trop déguisé le repentir du roi, et le discours où il chargea les deux cardinaux de répondre devant Dieu de ce qu'il n'avait fait que par leurs conseils. Quoi qu'il en soit, il est certain que la vie et la mort de Louis XIV furent troublées par des entreprises que la sagesse et l'équité lui interdisaient. Pour s'être livré à de méehans guides, ce grand roi mourut comme un prince scolastique du Bas-Empire, laissant les prisons remplies de théologiens, et une mémoire chargée de malédictions.

Page 364; mardi 27 août 171 5.

....Depuis sa confession, le roi ne passa pas une heure sans parler de piété ou à son confesseur ou à madame de Maintenon , qui, malgré sa douleur de l'état où elle voyait le roi , n'a été occupée que de sa conscience. Il avait entendu la messe à midi , etc., etc. Madame de Maintenon lui dit : Cette résolution est difficile, quand on a un atta-

chement désordonné pour les créatures, [quand on a de l'attachement aux créatures].

Page 378; mercredi s3 octobre 1715.

On fit à Saint-Denis le service du feu roi. M. le cardinal de Rohan officia; l'évêque de Castres prononça l'oraison funèbre. Je ne suis que trop dispensé de décrire cette triste cérémonie, qui dura jusqu'à cinq heures et demie du soir!.... [On trouvera cela ailleurs dans beaucoup d'endroits.] (1)

(1) Je n'ai vu dans le manuscrit ni le point d'admiration , ni les points de suspension qui sont dans l'imprimé. Les expressions omises, on trouvera cela ailleurs, etc., suivent immédiatement les mots à cinq heures et demie du soir. Voici le motif probable de ce changement. L'éditeur a senti la sécheresse avec laquelle Dangeau inscrit la mort de Louis XIV au Ier septembre: Le roi mourut le matin à huit heures et un quart , sans y ajouter une seule parole d'éloge ou de regret. Dans cinquante— deux articles qui se suivent jour par jour, il est souvent question du feu roi , de son cœur, de ses entrailles, de son testament, et toujours avec la même indifférence. L'éditeur a voulu excuser un peu ce favori comblé des bienfaits de son maître , en lui prêtant un signe de sensibilité deux mois après. Ce soin fait plus d'honneur à la délicatesse de l'éditeur qu'à la reconnaissance de Dangeau. Ce n'est point au reste un reproche particulier que j'entende adresser à ce dernier. Tout autre courtisan , écrivant un journal secret, en aurait fait autant que lui, ni plus ni moins.

Page 383; jeudi 14 novembre 1715.

M. le duc d'Orléans a donné à M. d'Antin la permission d'assembler cet hiver des bals trois fois la semaine dans la salle de l'Opéra. On n'y entrera qu'en masque et en payant. [Le chevalier de Bouillon, qu'on appelle présentement le prince d'Auvergne , aura 6,000 livres de pension sur cette affaire dont il a donné l'avis.]

Page 388; samedi 21 décembre 1715 (1).

(1) Au lieu du nom de madame d'Argenson, lisez celui de madame d'Argenton.

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