ACTE IV, SCENE Vil
Rends-moi mon Curiaoe, ou laisse agir ma llainnie : ' Ma joie et mes douleurs dépeiiihiient de son sort; Je l'adorais vivant, et je le pleure mort. Ne cherche plus ta sœur où tu l'avais laissée; Tu ne revois en moi (pi'nne amante offensée, (Jui. comme une Furie aitachée à tes pas, Te veut incessamment reprocher son trépas. Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes. Qui veux que dans sa mort je trouve encor des iliar- Et que, jusques au ciel élevant tes exploits, [mes. Moi-même je le tue une seconde fois!
Puissent tant de malheurs accompagner ta vie, 'Jue tu tomhes au point de me porter envie! Et toi hientôt souiller par quelque lâcheté Cette gloire si chère à ta brutalité!
IIOIIACK.
0 ciel! qui vit jamais une pareille rage! Crois-tu donc que je sois insensible à l'outrage, (Jue je souffre en mon sang ce mortel déshonneur? Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur. Et préfère du moins au souvenir d'un homme Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.
CAMILLE
Rome, l'unique objet de mon ressentiment! Home, à qui vient ton bras d'immoler mon amant! Rome, qui t'a vu naître, et que ton co?ur adore! Rome, enfin, que je hais parce qu'elle t'honore! Puissent tous ses voisins, ensemble conjurés, Saper ses fondements encor mal assurés!
Et, si ce n'est assez de toute l'Italie, f.Hie l'Orient contre elle à l'Occident s'allie: Oue cent peuples unis des bouts de l'univers Passent pour la détruin^ et les nimits et les mers! Ou'elle-mènie sur soi renverse ses murailles, Et de ses propres mains déchire ses entrailles; Hue le courroux du ciel, allumé par mes vœux, lasse pleuvoir sur elle un déluge de feux ! l'uissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre, Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre. Voir le dernier Romain à sou dernier soupir. Moi seule en être cause, et mourir de plaisir!
BORÂCE, menant 1 ûpée à la main, e( poui'suivant 5.1 wx'lir ijui s'enfuit.
C'est trop, ma patience à la raison fait ]ilace; Va dedans les enfers plaindre ton Curiace!
CASiaLE, blessée, derrière le tliéâlre.
Ah! traître!
HORACE, rcveuaut sur le tliéâlre.
.Ainsi reçoive un châtiment soudain Quiconque ose pleurer un ennemi romain.