CIX.NA
Un cœur vraiinenl romain...
r>ni.ib;.
Ose toul piiur ravir
I lie odieuse vie à iiui le fait servir;
II fuit plus ()iie la mort la honte d'être eselave.
CINNA
(l'est fèlre avee lioiineur que de l'èlre d'Ocla^e :
Kt nous voyons souvent des rois à nos genoux
Demander pour appui tels esclaves que nous;
Il abaisse à nos pieds l'orgueil des diadèmes,
Il nous fait souverains sur leurs grandeurs suprêmes :
ll]irend d'eux les tributs dont il nous enrichit,
El leur impose un joug dont il nous affranchit.
.E.MlLIli.
L'indigne ambition que ton cœur se pro]iose!
Pour être plus qu'un roi, tu te crois quelque cliosel
Aux deux bouts de la terre eu est-il un si ^ain
(Ju'il prétende égaler un citoyen romain '.'
Antoine sur sa tête attira notre haine
En se déshonorant par l'amour d'une reine ;
Attale, ce grand roi, dans la pourpre blanchi.
(Jui du peuple romain se nommait l'affianchi,
(Juaiid de toute l'Asie il se fût vu l'arbitre,
Eût encor moins prisé son trône que ce titre.
Souviens-toi de ton nom, soutiens sa dignité;
Et, prenant d'un Romain la générosité.
Sache qu'il n'en est point que le ciel n'ait fait naître
Pour commander aux rois, et pour vivre sans maître.
Cl.NNA.
Le ciel a trop fait voir en de tels attentats
(Ju'il hait les assassins et punit les ingrats;
Et quoi qu'on entreprenne , et quoi qu'on exécute,
(luand il élevé un trône, il en venge la chute:
Il se met du parti de ceux qu'il fait régner;
Le coup dont on les tue est longtemps à saigner;
Et, quand à les punir il a pu se résoudre.
De pareils châtiments n'appartiennent qu'au foudre.
.rMlUE.
Dis que de leur parti toi-même lu te rends; De te remeltre au foudre à punir les tyrans.
Je ne t'en parle plus, va, sers la tyrannie; .\bandonne ton àme à son lâche génie; Et, pour rendre le calme à ton esprit flollaiil. Oublie et ta naissance et le prix qui t'attend. Sans emprunter ta main pour servir ma colère, Je saurai bien venger mon pays et mon père. J'aurais déjà l'honneur d'un si fameux trépas. Si l'amour jusqu'ici n'eût arrêté mon bras; (Test lui qui, sous tes lois me tenant asservie. M'a fait en ta faveur prendre soin de ma vie : Seule contre un tM'an, en le faisant périr. Par les mains de sa garde il me fallait mourir.
Je t'eusse par ma mort dérobé la captive; Et comme pour toi seul l'amour veut que je vive. J'ai -voulu, mais en vain, me conserver pour toi. Et le donner moyen d'être digne de moi.
Pardonnez-moi, grandsdieux, sije mesuislroiiip>'e Quand j'ai pensé cbéiir un neveu de Pompée, Et si d'un faux semblant mon esprit abusé A lait choix d'un esclave en son lieu supposé. Je t'aime toutefois, quel que lu puisses être ; Et si, pour me gagner, il faut trahir ton mattre, Mille autres à l'envi recevraient cette loi. S'ils pouvaient m'acquérir à mênn' prix que toi. .Mais n'appréhende pas qu'un autre ainsi m'obtieniH-. Vis pour ton cher tyran, tandis que Je meurs tienne: Mes jours avec les siens se vont précipiter. Puisque ta lâcheté n'ose me mériter.
Viens me voir, dans son sang et dans le mien baignée, De ma seule vertu mourir accompagnée.
Et te dire eu mourant d'un esprit satisfait : « N'accuse point mon sort, c'est toi seul qui l'as fait; « Je descends dans la tombe où tu m'as condamnée, « Où la gloire me suit qui t'était destinée : « Je meurs en détruisant un pouvoir absolu : « Mais je vivrais à toi si lu l'avais voulu. »
tINNA.
Eli bien, vous le voulez, il faut vous satisfaire. Il faut affranchir Home, il faut venger un père, Il faut sur un t\ran porler de justes coups; .Mais apprenez qu'Auguste est moins tyran que von-. S'il nous ôtc à son gré nos biens, nos jours, iiosl'em- II n'a point jusqu'ici tyrannisé nos âmes; [mes, Mais l'emiMre inhumain qu'exercent vos beautés Force jusqu'aux esprits et jusqu'aux volontés. Vous me faites priser ce qui me déshonore; Vous me faites ha'ir ce que mon àme adore; Vous me faites répandre un sang pour qui je ûoii Exposer tout le mien et mille et mille fois : Vous le voulez, j'y cours, ma parole est donnée; Mais ma main, aussitôt contre mon sein tournée. Aux mânes d'un tel prince immolant votre amant, A mon crime forcé joindra mon rhâliment, Et par cette action dans l'autre confondue. Recouvrera ma gloire aussitôt que perdue. Adieu.