‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 168 sur 788 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PAULINE, STRATOMCE.

STRATONICE. [mes;

Je vous ai plaints tous deux, j'en verse encor des lar- Mais du moins votre esprit est hors de ses alarmes : Vous voyez clairement que votre songe est vain; Sévère ne vient pas la vengeance à la main.

PAULINE

Laisse-moi respirer du moins, si tu m'as plainte : Au fort de ma douleur lu rappelles ma crainte; Souffre un peu de relâche à mes esprits troublés, Et ne m'accable point par des maux redoublés.

STEATOMCE.

Quoi ! vous craignez encor?

PAULINE

Je tremble, Stratonice :

Et, bien que je m'effraye avec peu de justice. Cette injuste frayeur sans cesse reproduit L'image des malheurs que j'ai vus cette nuit.

STBATONICE.

Sévère est généreux.

PAULINE

Malgré sa retenue, Polyeucte sanglant frappe toujours ma vue.

STRATOMCE.

Vous voyez ce rival faire des vœux pour lui.

PAULINE

Je crois même au besoin qu'il serait son apimi : Mais, soit celle croyance ou fausse ou véritable. Son séjour en ce lieu m'est toujours redoutable; A quoi que sa vertu puisse le disposer, 11 est puissant, il m'aime, el vient pour m'épouser.

SCENi: IV

roLYEl'CTE, N1';ARQUE, PAULINE, STIUTONICE.

POLYEUCTE. [sent :

C'est trop verser de pleurs; il est temps qu ils luris- Que votre douleur cesse, et vos craintes finissent; Malgré les faux avis par vos dieux envoyés. Je suis vivant, madame, et vous me revoyez.

PACLINE.

Le jour est encor long, et, ce qui plus m'effraye, La moitié de l'avis se trouve déjà vraie; J'ai cru Sévère mort, et je le vois ici.

POLYEUCTE

Je le sais; mais enfin j'en prends peu de souci. Je suis dans Méliténe, et, quel que soit Sévère, Votre père y commande et l'on m'y considère. Et je ne pense pas qu'on puisse avec raison D'un cœur tel que le sien craindre une trahison : On m'avait assuré qu'il vous faisait visite, Et je venais lui rendre un honneur qu'il mérite.

PAULINE

Il vient de me quitter assez triste et confus; Mais j'ai gagné sur lui qu'il ne me verra plus.

POLYEUCTE

(Juoi ! vous me soupçonnez déjà de quelque ombrage?

PAULINE

Je ferais à tous trois un trop sensible outrage. J'assure mon repos, que troublent ses regards : La vertu la plus ferme évite les hasards; Qui s'expose au péril veut bien trouver sa perle : Et, pour vous en parler avec une àine ouverte, Depuis qu'un vrai mérite a pu nous enflammer; Sa présence toujours a droit de nous charmer. Outre qu'on doil rougir de s'en laisser surprendre, On souffre à résister, on souffre à s'en défendre; Et, bien que la vertu triomphe de ces feux, La victoire est pénible, et le combat honteux.

POLYEUCTE

0 vertu trop parfaite, et devoir trop sincère. Que vous devez coûter de regrets à Sévère! [reux! Qu'aux dépends d'un beau feu vous me rendez heu- Et que vous êtes doux à mon cœur amoureux 1 Plus je vois mes défauts et plus je vous contemple, Plus j'admire...

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