‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 184 sur 788 · ACTE IV, SCENE rv · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE rv

CeM loDieii dos ehiviiens, c'est le mien, c'est levùlre; Et la leire et le ciel n'en conIlai^sent point d'autre.

PAIUXE.

Adorez-le dans l'âme et n'en témoignez rien.

l>oi.ïi;ixiE.

Que jfi sois tout ensemble idolâtre et chrétien!

^ PAULINE

Ne feignez qu'un moment, laissez partir Sévère, Et donnez lieu d'agir aux bontés de mon père.

PniTElXTli.'

Les bontés de mon Dieu sont bien plus à cliéiir : il m'ôte des périls que j'a\irais pu courir, Et, sans me laisser lieu de tourner en arrière. Sa faveur me couronne entrant dans la carrière; Du premier coup de vent il me conduit au port. Et, sortant du baptême, il m'envoie à la mort. Si vous jiouviez comprendre et le peu qu'est la vie, Et de quelles douceurs cette mort est suivie !... Slais que sert de parler de ces trésors cachés A des esprits que Dieu n'a pas encor touchés?

PAILINE.

Cruel 1 (car il est temps que ma douleur éclate, Kt qu'un juste reproche accable une âme ingrate). Est-ce là ce beau feu? sont-ee là tes serments? Témoignes-tu pour moi les moindres sentiments? Je ne te parlais point de l'état déplorable Où la mort va laisser ta femme inconsolable; Je croyais que l'amour t'en parlerait assez, Et je ne voulais pas de sentiments forcés : Mais cette amour si ferme et si bien méritée Que tu m'avais promise, et que je t'ai portée. Quand tu me veu.x. quitter, quand tu me fais mourir. Te peut-elle arracher une larme, un soupir? Tu me quittes, ingrat, et le fais avec joie; Tu ne la caches pas, tu veux que je la voie; El ton coeur, insensible à ces tristes appas, Se ligure un bonheur où je ne serai pas! C'est donc là le dégoût qu'apporte l'hyménee? Je te suis odieuse après m'être donnée!

POLÏEICTE.

Uélas!

PAUUXE.

Que cet hélas a de peine à sortir!

Encor s'il commençait un heureux repentir. Que, tout forcé qu'il est, j'y trouverais de charmes 1 Mais courage, il s'émeut, je vois couler des larmes.

POLÏEICTE.

J'en verse, et plût à Dieu qu'à force d'en verser Ce cœur trop endurci se put enfin percer! Le déplorable état où je vous abandonne Est bien digne des pleurs que mon amour vous donne; Et, si l'on ])eut au ciel sentir quelques douleurs. J'y pleurerais pour vous l'excès de vos malheurs : Mais, si, dans ce séjour de gloire et de lumièie. Ce Dieu tout juste et bon peut souffrir ma prière. S'il y daigne écouter un conjugal amour. Sur votre aveuglement il répandra le jour.

Seigneur, de vos bontés il faut que je l'obtienne: Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétien ne;

Avec trop de mérite il vous plut la former, Tour ne vous pas connaître et ne vous pasaimer. Tour vivre des enfers esclave infortunée Et sous leur triste joug mourir comme elle est née.

PAULINE

Que dis-tu, malheureux? qu'oses-tu souhaiter?

POLYEIT.TE.

Ce que de tout mon sang je voudrais acheter.

PAULI.NE

Que plutôt...

POLÏEUCTE.

C'est en vain qu'on se luel en défense: Ce Dieu touche les cœurs lorsque moins on y pense. Ce bienheureux moment n'est pas encor venu; Il viendra, mais le temps ne m'en est pas connu.

PAULISE.

Quittez cette chimère et m'aimez.

POLÏEUCTE.

Je vous aime, Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que PAULINE. [moi-même.

Au nom de cet amour ne m'abandonnez pas.

POLÏEICTE.

Au nom de cet amour, daignez suivre mes pas.

Pauline.

C'est peu de ino quitter, tu veux donc me séduire?

POLÏEUCTE.

C'est peu -d'aller au ciel, je vous y veux conduire.

PAULINE

Imaginations!

POLÏEUCTE.

Célestes vérités!

PAULINE

Étrange aveuglement!

POLÏEtCTE.

Éternelles clartés.

PAULINL.

Tu préfères la mort à l'amour de Pauline!

POLÏEUCTE.

Vous préférez le monde à la bonté divine!

PAULINE

Va, cruel, va mourir; tu ne m'aimas jamais.

POLVECCTE.

Vivez heureuse au monde et me laissez en paix.

PAULINE

Oui, je t'y vais laisser; ne t'en mets plus en peine; Je vais...

SCÈ^E IV

rOI.YiaCTE, P.ULINE, SÉVÈRE, F.MIUX, onDcs.

PAULINE

Mais quel dessein en ce lieu vous amène. Sévère? aurait-on cru qu'un cœur si généreux l'ût venir jusqu'ici braver un malheureux?

POLÏEUCTE.

Vous traitez mal, Pauline, un si rare mérite; A ma seule prière il rend celte visite.

loG

POLYEUCÏE.

Je vous ai fait, seigneur, une incivilité, Que vous pardonnerez à ma captivité.

Possesseur d'un trésor dont je n'étais pas digne Souffrez avant ma mort que je vous le résigne, Et laisse la vertu li plus rare à nos yeux (Ju'unc femme jamais put recevoir des cieux Aux mains du plus vaillant et du pi us honnête homme Qu'ait adoré la teire et (pi'ait vu naître Home. Vous êtes digne d elle, elle est digne de vous; Ne la refusez pas de la main d'un époux : S'il vous a désunis, sa mort vous va rejoindre. Qu'un feu jadis si beau u'en devienne pas nwindre; Rendez-lui votre cœur et recevez sa foi ; Vivez heuieux ensemble, et mourez comme moi: C'est le bien qu'à tous deux Poljeucte di'sire.

Qu'on me mène à la mort, je n'ai plus rien à dire. Allons, gardes, c'est fait.

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