ACTE V. SCÈNE V
Et souffre que ma haini^ agisse en liber!;-. A cet empressement j'ajoute une requi^le : Vois l'urne de Pompée; il y manque sa lète : Ne me la retiens plus: c'est l'unique faveur Dont je le puis encor prier avec honneur.
CÉSAR
Il est juste, et César est tout prêt de vous rendre Ce reste où vous avez tant de droit de prétendre; Mais il est juste aussi qu'après tant de sanglots A ses màin's errants nous rendions le repos; (Ju'un bûclier allumé par ma main et la vôtre Le venge pleinement de la honte de l'autre; (jue sou ombre s'apaise en voyant notre ennui ; Et qu'une urne plus digne et de vous et de lui. Après la flamme éteinte et les pompes finies. Renferme avec éclat ses cendres réunies. De cette même main dont il fut combattu I! verra des autels dressés à sa vertu; 11 recevra des vo»us, de l'encens, des victimes. Sans recevoir par là d'honneurs que légitimes : Pour ces justes devoirs je ne veux que demain: Ne me refusez pas ce bonheur souverain.. Faites uàpeu de force à votre impatience: Vous êleslibre après; parlez en diligence; Portez à notre Rome un si digne trésor: Portez...
CORSÉtflE
.\on pas, César, non pas à Rome encor : Il faut que ta défaite et que tes funérailles A cette cendre aimé? en ouvrent les murailles; Et, quoiqu'elle la tienne aussi chère que moi. Elle n'y doit rentrer qu'en triomphant de toi. .Te la porte en Afriqui- : et c'est là que j'espère (jue les fils de Pompée, et Caton, et mon père. Secondes par l'effort d'un roi plus généreux. Ainsi que la justice auront le sort pour eux. C'est là que tu verras sur la terre et sur l'onde Les débris de Pharsale armer un autre monde; Et c'est là que j'irai, pour hâter tes malheurs. Porter de rang en rang ces cendres et mes pleurs. Je veux que de ma haine ils reçoivent des règles, Qu'ils suivent au combat des urnes au lieu d'aigles; Et que ce triste objet porte en leur souvenir ■ Les soins de le venger et ceux de te punir. Tu veux à ce héros rendre un devoir suprême; L'honneur que tu lui rends rejaillit sur toi-même: Tu m'en veux pour témoin; j'obéis au vainqueur; .Mais ne présume pas toucher par là mon cœyr. La perte que j'ai faite est trop irréparable; La source de ma haine est trop inépuisable : A l'égal de mes jours je la ferai durer; Je veux vivre avec elle, avec elle expirer.
Je t'avouerai pourtant, comme vraiment Romaine, Que pour loi mon estime est égale à ma liaine; (Jue l'une et l'autre e.-t juste, et montre le pouvoir, L'une de la vertu, l'autre de mon devoir; * (Jue l'une est génértuse, et l'autre intéressée. Et que dans mon esprit l'une et l'autre est forct'e. • Tu vois que ta vertu, gu'en vain on veut trahir,
Me force de priser ce que je dois haïr : Jupe ainsi de la haine où mon devoir me lie, La veuve de Pompée y force Cornélie.
J'irai, n'en doute point, au sortir de ces lieux. Soulever contre toi les hommes et les dieux; Cesdieuxciui l'ont llalté, ces dieux qui m'oni trompée. Ces dieux (|ui dans Phar.sale ont mal servi Pompée, Qui, la foudre à la main, l'ont pu voir égorger: Ils connaîtront leur faute, et b" voudront venger. Mon zèle à leur refus, aidé de sa mémoire. Te saura bien sans eux arracher Ja victoire: Et, quand tout mon effort se trouvera ronjpu, . Cléopàtre fera ce que je n'aurai pu.
Je sais quelle est ta flamme et quelles sont ses forces, Que tu n'ignores pas comme on fait les dfvorces. Que Ion amour t'aveugle, et que pour l'épouser Rome n'a point de lois que tu n'oses briser : Mais sache aussi qu'alors la jeunesse romaine Se croira tout permis sur l'époux d'une reine, Et que de cet hymen tes amis indignés Vengeront sur ton sang leurs avis dédaignés. J'empêche ta ruine, empêchant tes caresses. Adieu, j'attends demain l'effet de tes promesses.
aCÈNE V
CÉSAR, CLÉOPÀTRE, ANTOINE, Î.ÉPIDE, ACHORKE. CHARMION.
CLÉOPÀTRE.
Plutôt qu'à cespérils je vous puisse •fexposer.
Seigneur, perdez en moi ce qui les peut causer:
Sacrifiez ma vie au bonheur de la vùtre;
Le mien sera trop grand, et jen'en veux poinld'autre.
Indigne que je suis d'un César pour époux,
Que de vivre en votre àme, étant morte pour vous.
CÉSAR
Reine, ces vains projets sont le seul avantage Qu'un grand cœur impuissant a du ciel en parla^i' : Comme il a peu de force, il a beaucoup de soins; Et, s'il pouvait plus faire, il souhaiterait moins. Les dieux empêcheront l'effet de ces augures, Et mes félicités n'en seront pas moins pures, Pourvu que votre amour gagne sur vos douli'iirs, Qu en faveur de César vous tarissiez vos pieu i s. Et que votre bonlé, sensible à ma Diière, Pour un tidêle amant oublie un mauvais frère.
On aura pu vous dire avec quel déplaisir J'ai vu le désespoir qu il a voulu choisir; Avec combien d-'efforts j'ai voulu le défendre Des paniques terreurs qui l'avaient pu surpriMidr •! Il s'est de mes bontés jusqu'au bout défendu, Et, de peur de se perdre, il s'est enfin perdu. 0 bonle pour César, qu'avec tant de puissance. Tant de soins pour vous rendre entière obéissance, Il n'ait pu toutefois, en ces événements, Obéir au premier de vos commandf^nents!
Prenez-vous-en au ciel, dont les ordres sublimes. Malgré tous nos efforts, savent punir les crimes: Sa rigueur envers lui vons offre un «ort plus doux.
EXAJIE.\ DE rOMI'f.E.
l'uisçiue par cette mort l'Egypte est toute à vous.
CIÉOI'AIRE.
Je sais que j'en reçois un nouveau diailéme,
Qu'on n'en peut accuser que les dieux et lui-inênie:
Mais, comme il est, seigneur, de la fataliti'
Que l'aigreur soit rnêlre à la fidirité,
i\e vous offensez pas si cet heur de vos armes,
Qui me rendtant debiens, mecoûte un peudelarines,
El si. voyant sa mort due à sa trahison.
Je donne à la nature ainsi qu'à la raison.
Je n'ouvre point les yeux sur ma grandeur si proche,
Qu'aussitôt à mon cœur mon sang ne le reproclie;
J'en ressens dans mon àme un murmure secret,
Et ne puis remonter au trône sans regret.
ACUOlItE
Un grand peuple, seigneur, dont cette cour est pleine,
.Par des cris redoublés demande à voir sa reine. Et, tout impatient, déjà se plaint aux cieux Qu'on lui lionne trop tard un bien si précieux.
CÉSAR
.\e lui refusons plus le bonheur qu'il désire : Princesse, allons par là commencer votre empire.
Fasse le juste ciel, propice à mes désirs. Que ces longs cris de joie étouffent vos soupirs, El puissent ne laisser dedans votre pensée Que l'image des traits dont mon âme est blessi^e! Cependant qu'à l'envi ma suite et votre cour Préparent pour demain la pompe d'un beau jour. Où, dans un digne emploi l'une et l'autre occupée Couronne ("leopàtre et m'apaise Pompée, Élève à l'une un trône, à l'autre des autels. Et jure à tous les deux des respects immortels.
Fl>' DE POMPKE.