BORA.ME
Tais-loi, misérable!
LE MENTEL'II.
Vous venez de l'oitiers, ou je me doiiiie au diable; Voub en revîntes liier.
DOKANTK, j Clilnii.
Te tairas-lu, maraud?
(A Clance.)
Mon nom dans nos succès s'était mis assez haut Pour faire quelque bruit sans beaucoup d'injustice; Et je suivrais encore un si noble exercice, iV'était que l'autre hiver, faisant ici ma cour. Je vous vis et je fus retenu par l'amour. Attaqué par vos yeux, je leur rendis les armes; Je me fis prisonnier de tant d'aimables charmes: Je leur livrai mon âme; et ce cœur généreux Dès ce premier moment oublia tout pour eux. Vaincre dans les combats, commander dans l'armée, De mille exploits fameux enfler ma renommée, Et tous ces nobles soins qui m'avaient su ravir, Cédèrent aussitôt à ceux de vous seryir.
ISABELLE, à Claricc, tout b,-ls.
Madame, Alcippe vient; il aura de l'ombrage.
CLAr.lCE.
Nous en saurons, monsieur, quelque jour davantage. Adieu.
DORANTE
Quoi! me priver sitôt de tout mon bien'/
CLARICE
^'ous n'avons pas loisir d'un plus long entretien;
Et, malgré la douceur de me voir cajolée,
Il faut que nous fassions seules deux tours d'allée.
DORANTE
Cependant accordez à mes vœux innocents La licence d'aimer des charmes si puissants.
CLARICE
Un cii'ur qui veut aimer, et qui sait comme on aime, -N'en demande jamais licence qu'à soi-même.
DORANTE, CLITON
DORAÏiTE.
Suis-les, Cliton.
ClIIOX.
J'en sais ce qu'on en peut savoir.
La langue du cocher a fait tout son devoir. « La plus belle des deux, dit-il, est ma maîtresse; « Elle loge à la place, et son nom est Lucrèce. »
DORANTE
Quelle place?
CLITO.N .
Royale, et l'autre y loge aussi.
Il n'en sait pas le nom, mais j'en prendrai souci.
DORANTE
Ne te mets point, Cliton, en peine de l'apprendre. Celle qui m'a parlé, celle qui m'a su prendre. C'est Lucrèce, ce l'est sans aucun contredit : Sa beauté m'en assure, et mon cœur me le dit.
CLITON
Quoique mon sentiment doive respect au vôtre.
La plus belle des deux, je crois que ce soit l'auln
DORANTE. ■
Quoi! celle qui s'est tue, et qui dans nos propos N'a janjais eu l'esprit de mêler quatre mots?
cirroN. Monsieur, quand une femme a le don de se taire Elle a des qualités au-dessus du vulgaire; C'est un effort du ciel qu'on a peine à trouver; Sans un petit miracle, il ne peut l'achever; Et la nature souffre (■\trème violence Lûr.-;i|n'il en fait d humeur à garder le silence. Pour moi, jamais l'amour n'inquiète mes nuits; Et. quand lecœur m'en dit. j'en prends par où je pui~. Mais naturellement femme qui se peut taire A sur moi tel pouvoir et tel droit de me plaire, Qu'eiit-elle en vrai magot tout le corps fagoté. Je lui voudrais donner le prix de la beauté, (."est elle assurément qui s'appelle Lucrèce : Cherchez un autre nom pour l'objet qui vous blesse; Ce n'est point là le sien : celle qui n'a dit mol. Monsieur, c'est la plus belle, ou je ne suis qu'un sot.
DORANTE
Je t'en crois sans jurer avec tes incartades.
Mais voici les plus chers de mes vieux camarades :
Ils semblent étonnés, à voir leur action.