‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 245 sur 788 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DORANTE, ALClPE'i:. PIIIUSTE.

PllIUSTE

Oui, vous faisiez tous deux en hommes de courage El n'aviez l'un ni l'autre aucun désavantage. Je rends gr;'ices au ciel de ce qu'il a permis Que je sois survenu pour vous refaire amis, Et que, la chose égale, ainsi je vous sépare : Mon heur en est extrême, et l'aventure rare.

DORANTE

L'aventure est encor bien plus rare pour moi, Qui lui faisais raison sans avoir su de quoi. Mais, Alcippe, à présent tirez-moi hors de peine. Quel sujet aviez-vous de. colère oti île haine? Quelque mauvais rapport m'aurail-il pu noircir? Dites, que devant lui je vous puisse éclaircir.

AIXIPPE.

Vous le savez assez.

DORANTE. A

Plus je me considère.

Moins je découvre en moi ce qui vous peul di'qilaire.

ALCirPE.

Eh bien, puisqu'il vous faut parler plus clairement, Depuis plus de deux ans j'aime secrètementi; Mon affaire est d'accord, et la chose vaut faite; Mais pour quelques raisons nous la tenons secrète. Cependant à l'objet qui me tient sous sa loi, Et qui sans me trahir ne peut être qu'à moi, Vous avez dunné bal, collation, musique; Et vous n'ignorez pas combien cela me pique, Puisque, pour me jouer un si sensible tour. Vous m'avez à dessein caché votre nMoiir, Et n'avez aujourd'hui quitté voliv embuscade Qu'afin de m'en conter Ihistoire par bravade. Ce procédé m'étonne, et j'ai lieu de penser Que vous n'avez rien fait qu'afin de m'offenser.

DORANTE

ï^i \ous pouviez encor douter de mon courage, Je ne vous guérirais ni d'erreur ni d'ombrage El nous nous reverrions si nous étions rtvaux; Mais, comme vous savez tous deux ce (jue je vaux. Ecoutez en deux ntots l'histoire démêlée :

Celle que cette nuit sur l'eau j'ai régalée N'a pu vous donner lieu de devenir jaloux. Car elle esl mariée, cl ne peul élre à vniis;-

LE MRNTEUn.

Depuis peu pour affaire elle est ici venue, Et je ne pense pas qu'elle vous soit connue.

ALCIl'l'E.

Je suis ravi. Dorante, en cette occasion, De voir sitùt finir notre division.

DOUANTE.

Alcippe, une autre fuis donnez moins de croyance Auv premiers mouvements de votre déliance: .his(ju';i mieux savoir tout sachez vous retenir Et ne commencez plus par où l'on doit finir. Adieu; je suis à vous.

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