‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 248 sur 788 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

IS.MiKl.LE.

A Lucrèce avec moi jr l'ai fait reconnallre; Et, sitûl (jiip Géronle a voulu disparaître, Le voyant resté seul avec un vieux valet, Sabine à nos yeux même a rendu le billet. Vous parlerez à lui.

CLARICE

Qu'il est fourbe, Isabelle!

IS.^UELLE.

Eh bien, cette pratique est-elle si nouvelle? Dcranle est-il le seul qui, de jeune écolier. Pour être mieux reçu s'érige en cavalier? Que j'en sais cumnie lui qui jiarlent d'Allemagne, Et, si l'on veut les croire, ont vu chaque campagne; Sur chaque occasion tranchent- des entendus, Conteni quelque défaite et des chevaux perdus; (Jui, dans une gazette apprenant ce langage. S'ils sortent de Paris, ne vont qu'à leur village. Et se donnent ici pour témoins approuvés De tous ces grands combats qu'ils ont lus ou rêvés! U aura cru sans doute (nu je suis fort trompée) Que les tilles de cœur aiment les gens d'épée; Et, vous prenant pour telle, il a jugé soudain Qu'une plume au cha|ieau vous platt mieux qu'à la

[main.

Ainsi donc, pour vous plaire, il a voulu paraître. Non pas pour ce qu'il est, niaispour ce qu'il veut être. Et s'est ose promettre un traitement plus doux Dans la condition qu'il veut prendre pour vous.

CLAI.ICIl.

En matière de fourbe il est maître, il y pipe; .•\l)rés m'a voir dupée, il dupe encore Alcippe. Ce malheureux jaloux s'est blessé le cerveau D'un festin qu'hier au soir il m'a donné sur l'eau. Juge un peu si la pièce a la moindre apparence ! Alcippe cependant m'accuse d'inconstance, Me fait une querelle où je ne comprends rien. J'ai, dit-il, toute nuit souffert son entretien; Il me parle de bal, de danse, de musique, D'une collation superbe et magnifique.

Servie à tant de plats, tant de fois redoublés, Que j'en ai la cervelle et les esprits troublés.

IS-IBELLE.

Reconnaissez par là que Dorante vous aime

Et que dans son amour son adresse est extrême :

U aura su qu'Alcipe était bien avec vous.

Et pour 1 en éloigner il l'a rendu jaloux.

Soudain à cet effort il en a joint un autre :

Il a fait (jue son père est venu voir le votre.

Un amant peut-il mieux agir en un moment

Que de gagner un père et brouiller l'autre amant?

Votre père l'agrée, et le sien vous souhaite:

Il vous aime, il vous plaît, c'e.-t une affaire faite.

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