CI.IIO.X, lias à Doranlc
Appelez la mémoire ou l'esprit au secours.
GÉnoME.
De quel front cependant faut-il que je confesse Que ton effronlerie a surpris ma vieillesse. Qu'un homme de mon âge a cru légèrement Ce qu'un homme du tien débite impudemment? Tu me fais donc servir de fable et de risée, Passer pour esprit faible, et pour cervelle usée! Mais, dis-moi, te portais-je à la gorge un poignard? Voyais-tu violence ou courroux de ma part.' Si quelque aversion t'éloignait de Clarice, Quel besoin avais-lu d'un si lâche artifice? Et pouvais-tu douter que mon cousenlement Ne dût tout accorder à ton contentement, Puisque mon indulgence, au dernier point venue, Consentait à tes yeux l'hymen d'une inconnue?
Ce grand excès d'amour que je t'ai témoigné
N'a point touché ton cœur ou ne la point gagné :
Ingrat, tu m'as payé d'une impudente feinte.
Et tu n'as eu pour moi rcspeci, amour, ni crainte.
Va, je te désavoue.
DORANTE
Eh! mon père, écoutez.
CÉr.ONTE.
Quoi' des contes en l'air et sur l'heure inventés?
DORANTE
Non, la vérité pure.
GÉRONTE
En est-il dans ta bouche?
CLITON, bas, à Doianlo.
Voici ]iour votre adresse une assez rude touche.
DORANTE
Epris d'une beauté qu'à peine j'ai pu voir, Qu'elle a pris sur mon âme un absolu pouvoir, De Lucrèce, en un mot : vous la pouvez connatlre..r
CÉRO.NTE.
Dis vrai : je la connais, et ceux qui l'ont l'ail naître; Son jjcre est mon ami.
DOnANTE.
Mon cœur en un moment Etant de ses regards charmé si puissamment. Le choix que vos bontés avaient fait de Clarice, Sitôt que je le sus, me parut un supplice; Mais, comme j'ignorais si Lucrèce et son sort Pouvaient avec le vôtre avoir quelque rapporl. Je n'osai pas encor vous découvrir la flamme Que venaient ses beautés d'allumer dans mon âme; Et j'avais ignoré, monsieur, jusqu'à ce jour Que l'adresse d'esprit fût un crime en amour. Mais, si je vous osais demander quelque grâce, A présent que je sais et son bien et sa race, Je vous conjurerais, par les nœuds les plu.s doux Dont l'amour et le sang puissent m'unir à vous. De sci'onder mes vieux auprès de cette belle; Obtenez-la d'un père, et je l'obtiendrai d'elle.
GÉRONTE
Tu me fourbes encoi-
nORANiE.
Si vous ne m'en croyez.
Croyez-en pour le moins Cliton iiue vous voyez; 11 sait tout mon secret.
CÉROME.
Tu ne meurs pas de honte Qu'il faille que de lui je fasse plus de compte; Et que ton père même, en doute de ta foi. Donne plus de croyance à ton valet qu'à toi! Ecoute : je suis bon, et, malgré ma colère, Je veux encore un coup montrer un cœur de père; Je veux encore un coup pour loi me hasarder. Je connais ta Lucrèce et la vais demander; Mais, si de ton coté le moindre obstacle arrive...
DORANTE
Pour vous mieux assurer, souffrez que je ^ ous suive.
GÉRONTE
Demeure ici, demeure et n'e suis point mes pas :