‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 285 sur 788 · DOUA ME · texte numérisé non relu

DOUA ME

Que dis-tu ?

CLITOX.

Rien, monsieur, je gronde entre mes dents Du malheur qui suivra ces rares incidents; J'en ai l'âme déjà toute préoccupée.

nor.AME.

Donc à deux cavaliers je vois tirer l'épée; Et, pour en empêcher l'événement fatal, J'y cours la mienne au poing, et descends de cheval. L'un et l'autre, voyant à quoi je me prépare. Se bâte d'achever avant qu'on les sépare, Presse sans perdre temps, si bien qu'à mon abord D'un coup que l'un allonge, il blesse l'autre à mort Jeme jette au blessé, je l'embrasse, et j'essaie, Pour arrêter son sang, de lui bander la plaie; L'autre, sans perdre temps en cet événement, Saute sur mon cheval, le presse vivement. Disparaît, et, mettant à couvert le coupable, We laisse auprès du mort faire le charitable.

Ce fut en cet état, les doigts de sang souillés, Qu'au bruit de ce duel trois sergents éveillés. Tout gonflés de Uespoir d'une bonne lippée. Me découvrirent seul et la main à l'épée. Lors, suivant du métier le serment solennel. Mon argent fut pour eux le premier criminel; Et, s'en étant saisis aux premières approches, [clies. Ces mes-ieurs pour prison lui donnèrent leurs po- Et moi, non sans couleur, eneor qu'injustement. Je fus conduit par eux en cet appartement. Qui te fait ainsi rire? et qu'est-ce que tu penses?

CLlrON.

Je trouve ici, monsieur, beaucoup de circonslances : Voiis en avez"sans doute un trésor infini; Votre hymen de Poitiers n'en fut pas mieux fourni; Et le cheval surtout vaut,' en cette rencontre, Le pistolet ensemble, et Uépée, et la montre.

Je me suis bien défait de ces traits d'écolier Dont l'usage autrefois iii'ilaitsi familier;

Et iiiaint{'naMl, (!lilon, je vis en honnête homme.

CLITOS.

Vous êtes amendé du voyage de Rome; Et votre âme, en ce lieu, réduite au repentir. Fait mentir le proverbe en cessant de mentir. Ahl j'aurais plutnt cru...

DORANTE

Le tenqis m'a fait connaître Quelle indignité c'est, et quel mal en peut naître.

CLrros.

Quoi; ce duel, ces coups si justement portés. Ce cheval, ces sergents...

DORANTE

Autant de vérités.

CLITO.V.

J'en suis fâché pour vous, monsieur, et surtout d'une, Que je ne compte pas à petite infortune : Vous êtes prisonnier, et n'avez point d'argent; Vous serez criminel.

DORANTE

Je suis trop innocent.

CLITON

Ah! monsieur, sans argent est-il de l'innocence?

DORANTE. [sanco.

Fort peu; mais dans ces murs Philiste a pris nais-

Et, comme il est parent des premiers mogislrals. Soit d'argent, soit d'amis, nous n'en manquerons pas. J'ai su qu'il est en ville, et lui venais d'écriie Lorsqu'ici le concierge est venu t'introduire. Va lui porter ma lettre.

CLITOX.

Avec un tel secours Vous serez innocent avant qu'il soit deux jours. Mais je ne comprends rien à ces nouveaux mystère.'; : Les filles doivent être ici fort volontaires; Jusque dans la prison elles cherchent les gens.

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