‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 312 sur 788 · MÉLISSE, LYSE · texte numérisé non relu

MÉLISSE, LYSE

MÉU.SSE.

J'en tremble encorde peur et n'en suis pas remise.

LVSE.

Aussi bien comme vous je pensais être prise.

MÉLISSE

.Non, Philiste n'est fait que pour mincommoder. Voyez ce qu'en ces lieux il venait demander, S'il est heure si tard de faire une visite!

LYSE

Un ami véritable à toute heure s'acquitte;

Mais un amant fâcheux, soit de jour, soit de nuit.

Toujours à contre-temps à nos yeux, se produit;

Et, depuis qu'une fois il commence à déplaire,

11 ne manque jamais d'occasion contraire :

Tant son mauvais de^t^n semble prendre de soins

\ mêler sa présence où l'on la veut le moins!

UÉLISSE.

Quel désordre eût-ce été, Lyse, s'il meut connue !

LÏSE.

Il vous aurait donné fort avant dans la vue.

■MÉLISSE

IJuul bruit et quel éclat n'eût point fait sou courroux!

ACTli IV, SCÈiNli II.

Il eût i''té pcut-êlro aussi lioiitciix que vous.

L'ii lioiiiiiic un peu c:onl(Mit l'i qui s'en fait accroire, Se voyant méprisé, rabat bien de sa gloire, Et, surpris qu'il en est en lolle occasion. Toute sa vanité tourne en confusion, (junnil il a de Tesprit, il sait rendre le chaiige; Loin de s'en émouvoir, en raillant il se venge, AITecle des mépris, comme pour reprocher (Jue la perte qu'il t'ait ne vaut pas s'en fâcher; Tant i|u'il peut, il ti'moigne une âme imiifférente. (jiioi qu'il en soit enfin, vous avez vu Dorante, Et fort adroitement je vous ai mise en jeu.

MÉLISSi;.

Et fort adroitement tu m'as fait voir son feu.

LVSE.

Eh bien , mais que vous semble encor du personnage Vons en ai-je trop dit?

MÉLISSE

J'en ai vu davantage.

LÏSE.

Avez-vous du regret d'avoir tro]) hasardé?

MÉLISSE

.le n'ai ([u'un di'plaisir, d'avoir si peu tanh'.

LÏSE.

Vous l'aimez?

MÉLISSE

Je l'adore.

LVSE.

Et croyez qu'il vous aime?

MÉLISSE

Qu'il m'aime, et d'une amour, comme la mienne, LÏSE. [extrême.

Une première vue. un moment d'entretien, Vous fait ainsi tout croire et ne douter de rien!

MÉLISSE. [l'autre,

Quand les ordres du ciel nous ont fait l'un pour Lyse, c'est un accord bientôt fait que le nôtre : Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir, Sème l'intelligence avant que de se voir; Il prépare si bien l'amant et la maîtresse. Que leur âme au seul nom s'émeut et s'intéresse. On s'estime, on se cherche, on s'aime en un moment; Tout ce qu'on s'entredit persuade aisément; Et, sans s'inquiéter d'aucunes peurs frivoles, La foi semble courir au-devant des paroles; La langue en peu de mots en explique beaucoup; Lesycux, plus éloquents, font tout voir toutd'un coup; Et, de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruiseTit, Le coeur en entend plus que tous les deux n'en disent.

LÏSE.

Si comme dit Sylvandre, une âme en se formajit, Ou descendant du ciel, prend d'une autre l'aimanl, La sienne a pris le vôtre et volis a rencontrée.

MÉLISSF..

Quoi! tu lis les romans?

LVSE.

Je puis bien lire Axtirc; Je suis de son village et j'ai de bons garants

Qu'elle et son Céladon étaient de mes parents.

MÉLISSE

Quelle preuve en as-tu?

LVSE.

Ce vieux saule, madame.

Où chacun d'eux cachait ses lettres et sa flamme, Quand le jaloux Séinire en lit un faux témoin. Du pré de mon grand-iiére il fait encor le coin; Et l'on m'a dit qui' c'est un infaillible signe Que d'un si rare hymen je viens en droite ligne. Vous ne m'en croyez pas?

De vrai, c'est un grand point.

LVSE.

Aurais-je tant d'esprit si cela n'était point?

D'où viendrait cette adresse à faire vos messages,

A jouer avec vous de si bons personnages.

Ce trésor de lumière et de vivacité.

Que d'un sang amoureux que j'ai d'eux liérité?

MÉLISSE

Tu le disais tantôt, chacun a sa folie;

Les uns l'ont iuiporlune, et la tienne est jolie.

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