‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 402 sur 788 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

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U. ISABELLE, liLANClli:.

D. ISAUELIE.

Blanche, as-tu rien connu d'égal à ma misère? Tu vois tous mes désirs condamnés à se taire. Mon cœur faire un beau choix sans l'oser accepter, Et nourrir un beau feu sans l'oser écouter. Vois par là ce que c'est, Blanche, que d'être reine : Comptable de moi-même au nom de souveraine, El sujette à jamais du Irône où je me voi, Je puis tout pour tout autre et ne puis rien pour moi. 0 sceptres! s'il est vrai que tout vous soit possible. Pourquoi ne pouvez-vous rendre un C(eur insensible'? Pourquoi permettez-vous qu'il soit d'autres appas. Ou que l'on ait des yeux pour ne les croire pas?

ELiNCIIE.

Je présumais tantôt que vous les alliez croire; J'en ai plus d'une fois tremblé pour votre gloire. Ce qu'à vos trois amants vous avez fait jurer Au choix (le don Carlos semblait tout préparer : Je le nonnnais pour vous. .Mais eiilin jiar l'issue Ma crainte s'est trouvée heureusement déçue; L'effort de votre amour a su se modérer; Vous l'avez honoré sans vous déshonorer, Et satisfait ensemble, en trompant mon attente, La grandeur d'une reine et l'ardeur d'une amante.

D. ISABELLE

Dis que, pour honorer sa générosité.

Mon amour s'est joué de mon autorité,

Et qu'il a fait servir, en trompant ton attente.

Le pouvoir de la reine au courroux de l'amante.

D'abord par ce discours, qui t'a semblé suspect. Je voulais seulement essayer leur respect. Soutenir jusqu'au bout la dignité de reine; Et, comme enfin ce choix me donnait de la peine. Perdre quelques moments, choisir un peu plus lard : J'allais nommer pourtant et nommer au hasard : Mais tu sais quel orgueil ont lors montré les comtes, (Combien d'affronts pour lui, combien pour moi de bon- Certes, il est bien dur à qui se voit régner [tes. De montrer quelque estime et la voir dédaigner. Sous ombre de venger sa grandeur méprisée, L'amour à la faveur trouve une pente aisée : A l'intérêt du sceptre aussitôt attaché, Il agit d'autant plus qu'il se croit bien caché. Et s'ose imaginer qu'il ne fait rien paraître (juece change de nom ne fasse méconnaître. J'ai fait Carlos marquis, et comte et gouverneur : Il doit à ses jaloux tous ces titres d'honneur : M'en voulautfaire avare, ils m'en faisaient prodigue, Ce torrent grossissait, rencontrant cette digue :

C'était ]dus les punir que le favoriser. L'amour me parlait trop, j'ai voulu l'amuser; Par ces profusions j'ai cru le satisfaire, Et, l'ayant satisfait, l'obliger à se taire ; Mais, hélas! en mon cœur il avait tant d'appui, Que je n'ai pu jamais prononcer contre lui, lit n'ai mis en ses mains ce don du diadème Ou'afui de l'obliger à s'exclure lui-même. Ainsi, pour apaiser les murmures du co'ur, .Mon refus a porté les marques de faveur; Et, revêtant de gloire un invisible outrage. De peur d'en faire un roi je l'ai fait davantage : Outre qu'indifférente aux vœux de tous les trois J'espérais que l'amour pourrait suivre sou choix. Et que le moindre d'eux, de soi-même estimable, Recevrait de sa main la qualité d'aimable.

Voilà, Blanche, où j'en suis; voilà ce que j'ai fait; Voilà les vrais motifs dont tu voyais l'effet : Car mon âme pour lui, quoique ardemment pressée, Ae saurait se permettre une indigne pensée; Et je mourrais encore avant que m'accorder l"e qu'en, secret mon cœur ose me demander. Mais enfin je vois bien que je me suis trompée De m'en être remise à qui porte une épée. Et trouve occasion, dessous cette couleur, De venger le mépris qu'on fait de sa valeur. Je devais par mon choix étouffer cent querelles; Et l'ordre que j'y tiens en forme de nouvelles. Et jette entre les grands, amoureux de mon rang. Une nécessité de répandre du sang.

Mais j'y saurai pourvoir. ■

BLA.NCIIE.

C'est un pénible ouvrage ■ D'arrêter un combat qu'autorise l'usage.

Que les lois ont réglé, que les rois vos a'ieux Daignaient assez souvent honorer de leurs yeux : On ne s'en dédit p^int sans quelque ignominie: Et riionneur aux grands cœurs est plus cher que la vio.

D. ISABELLE

Je sais ce que tu dis et n'irai pas de front Faire un commandement qu'ils prendraient pour af- Lorsque le déshonneur souille l'obéissance, [front. Les rois peuvent douter de leur toute-puissance : Qui la hasarde alors n'en sait pas bien user : Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser. Je romprai ce combat, feignant de le permettre. Et je le tiens rompu si je puis le remettre. Les reines d'.\ragon pourront même m'aider. Voici déjà Carlos que je viens de mander : Demeure, et tu verras avec combien d'adresse .Ma gloire de mon âme est toujours la maîtresse

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