II. [svi:i:i.[.i
Vous êtes donc content; et jai lieu de me plaindre.
CAULOS.
De moi?
n. is\nri.LET De vous, marquis. Je vousparle sans feindre: Kcoiilez. Votre bras a bien servi l'Ktat, Tant que vous n'avez eu que le nom de soldat; Dés que je vous fais grand, sitôt que je vous donne Le droit de disposer de ma propre personne. Ce même bras s'apprête à troubler son repos, Comme si le manjuis cessait d'être ('arlos, Ou que cette grandeur ne fût qu'un avantage Qui dot à sa ruine armer votre courage. Les troispomtes eu sont les jibis fermes soutiens : ^■ou^ attaque/ en eux ses appuis et les miens: (Test son sang le plus pur que vous voulez répandre : El vouspouvcz juger riionneurqu'on leur doit rendre, Puisque ce même État, me' demandant un roi, Les a jugés eux trois les plus dignes de moi.
Peut-être un peu d'orgueil vous a mis dans la tê e Qu'à venger leur mépris ce prétexte est honnête; Vous en a\ez suivi la première chaleur : Mais leur mépris va-t-il jusqu'à votre valeur? !S'eu ont-ils pas rendu témoignage à ma vue? Ils ont fait peu d'état d'une race inconnue. Ils ont douté d'un sort que vous voulez cacher : Quand un doute si juste aurait dû vous loucher. J'avais pris quelque soin de vous venger moi-mêuu'. Remettre entre vos mains le don du diadème. Ce n'était pas, marquis, vous venger à demi. Je vous ai fait leur juge, et non leur ennemi; Lt, si sons votre choix j'ai voulu les réduire, C'est pour vous faire honueurct non pour lesdétruire. C'est votre seul avis, non leur sang, que je veux: Etc'est m'entendre mal que vousarmerconire eux.
N'auriez-vouspoiut pensé que, si ce grand courage Vous pouvait sur tous trois donner quelque avantage. Ou dirait que l'État, me cherchant un époux, K'en aurait pu tromer de comparable à vous? Ah! si je vous croyais si vain, si tr^niéraire...
CAr.i.os. Madame, arrêtez là votre juste colère; Je suis assez coupable et n'ai que trop osé. Sans choisir pour me perdre un crime supposé
Je ne me défemls pdint des sentiments d'estime Que vos moindres sujets au raie ni pi m r vous sa nscri me. Lorsque je vois en vous les célestes accords Des grâces de l'esiuit et des beautés du corps. Je puis, de tant d'attraits, l'âme toute ravie. Sur l'heur de votre époux jeter un œil d'envie; Je puis contre le ciel en secret muruiurer De n'être pas né roi ])our pouvoir espérer; Et, les yeux éblouis de cet éclat suprême, liaisser soudain la vue et rentrer en moi-n.è i:e : Mais i|ue je laisse alli'r d'ambitieux soupir:-, Un ridicule espoir, de erinjinels désirs!... Je vous aime, madame, et vous estime en reine. Et, quand j'aurais des feux dignes de votre haine. Si votre âme, sensible à ces indignes feux. Se pouvait oublier jusqu'à souffrir mes vœux; Si, par([uelque malheurque je ne puis comprendre, . Du trùne jusqu'à moi je la voyais descendre, Commeiieaut aussitôt à vous moins estimer. Je cesserais sans doute aussi de vous aimer.
L'amour que j'ai pour vous est tout à votre gloire : Je ne vous prétends point pour fruit de ma victoire ; Je combats vos amants, sans dessein d'acquérir Que l'heur d'en faire voir le plus digne et mourir: Et tiendrais mon destin assez digne d'envie S'il le faisait connaître aux dépens de ma vie. Serait-ce à vos faveurs répondre pleinement Que hasarder ce choix à mon seul jugement? 11 vous doit un époux, à la llastille un maître; Je puis eu mal juger, je puis les mal connaître. Je sais qu'ainsi que moi le démon des combats l'eut donner au moins digne et vous et vos Etals; .Mais du moins, si le sort des arnies journalières Eu laisse par ma mort de mauvaises lumières. Elle m'en ôtera la honte et le regret; Et même, si votre âme en aime un en secret. Et que ce triste choix rencontre mal le vôtre. Je lie vous verrai point, entre les bras d'un antre. Reprocher à Carlos, par de muets soupirs. Qu'il est l'unique auteur de tous vos déplaisirs.
D. ISADELLE.
Ne cherchez point d'excuse â douter de ma flamme, Marquis; je puis aimer, puisque enfin je suTs femme; .Mais, si j'aime, c'est mal me faire votre cour Qu'exposer au trépas l'objet de mon amour; Et toute votre ardeur se serait modérée .\ m'avoir dans ce doute assez considérée : Je le veux éclaircir et vous mieux éclairer. Afin de vous apprendre à me considérer.
Je ne le cèle point; j'aime, Carlos, oui, j'aime ; Jlais l'amour de l'État, plus fort que de moi-même, Cherche, au lieu de l'objet le plus doux à mes yeux. Le plus digne héros de régner en ces lieux : Et, craignant que mes feux osassent me séduire. J'ai voulu m'en remettre â vous pour m'en instruire. Mais je crois qu'il suffit que cet objet d'amour Perde le trône et moi, sans perdre encor le jour : Et mon cœur qu'on lui vole en souffre assez d'alarmes. Sans que sa mort pour moi me demande des larmes.
Mi
DON SANCIIE D'AMAIJON.
CAr.LO?.
Ah! si lu ciel laiitùl ine daignait inspirer En quel heureux, amant je vous liûis révérer, Que par une facile et soudaine victoire...
D. ISAlliaiE.
IVe pensez qu'à défendre et vous et votre gloire. Quel ([u'il soit, les respects qui l'auraient épargné Lui donneraient un prix ([u'il aurait mal gagné; Et céder à mes feux pUitùt (|u'à .son mérite Ne sérail que me rendre au juge que j'évite.
Je n'alinserai point du pouvoir alisolu Pour défendre un comhat entre vous résolu; Je blesserais par là 1 honneur de tous les quatre : Les lois vous l'ont permis, je vous verrai coniliattre ; C'est à moi, comme reine, à nommer le vainqueur. Dites-moi cependant qui montre plus de cœur.' Qui des trois le premier éprouve la fortune?
CARLOS
Don Alvar.
I). ISACEILE.
Don Alvar!
cAr.Los.
Oui, don Alvar de Lune.
D. ISABELLE
On dil qu'il aime ailleurs.
CARIOS.
On le dit; mais enlin Lui seul jusqu'ici tente un si nohle destin.
D. )sai:i;lle.
Je devine à peu prés quel intérêt l'engage; Ll nous verrons demain quel sera son courage.
cai;los.
Vous ne m'avez donné que ce jour pour ce choix.
. n. isABELrE.
J'aime mieux au lieu d'un vous en accorder trois.
C\l;Liis.
.Madame, son cartel marque celle journée.
D. ISABELLE
C'est peu que son cartel si je ne l'ai donnée : Qu'oii le fa -se venir pour la voir différer. Je vais pour vos combats faire tout préparer. Adieu. Souvenez-vous surtout de ma défense; Lt vous ajirez demain l'honneur de ma présence.