‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 449 sur 788 · ACTE III, SCÈNE il · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE il

Vous méprisez trop Ronio et vous devriez faire Plus d'estime d'un roi qui vous tient lieu de père.

lAODICE.

yous veniez qu'à tous deux je rends ce que je doi. Si vous vouliez mieux voir ce que c'est qu'être roi.

Recevoir ambassade en qualité de reine.

Ce .serait à vos yeux faire la souveraine, Entreprendre sur vous, et dedans votre Etat Sur votre autorité commettre un attentat : Je la refuse donc, seigneur, et nir dénie L'honneur qui ne m'est dii que dans mon Arménie. C'est là que sur mon trùne avec plus de splendeur Je puis honorer liome en son ambassadeur, Faire réponse en reine, el comme le mérite Et de qui l'on me parle, et qui m'en sollicite. Ici c'est un métier que je n'entends pas bien. Car hors de l'Arménie enlin je ne suis rien; Et ce grand nom de reine alleurs ne m'autorise Qu'à n'y voir point de trùne à qui je sois soumise, A vivre indéjiendante et n'avoir en tous lieux Tour souverains que moi, la raison e: les dieux.

PBDSUS.

Ces dieux vos souverains, et le roi voire père. De leur pouvoir sur vous m'ont fait dépositaire; Et vous ]>ourrez peut-être apprendre une autre fois Ce que c'est en tous lieux que la raison des rois. Pour en faire l'épreuve allons en Arménie; Je vais vous y remettre en bonne compagnie; Parlons; et dés demain, puisque vous le voulez, l'réparez-vous avoir vos pays désolés; Préparez-vous à voir par toute votre terre Ce qu'ont de plus affreux les fureurs de la guerre, Des montagnes de morts, des rivières de sang.

LAOniCK.

Je perdrai mes Etals et garderai mon rang; Et ces vastes malheurs où mon orgueil me jette Me feront votre esclave, et non votre sujette : Ma vie est en vos mains, mais non ma dignité.

PRCSUS.

Nous ferons bien changer ce courage indompté; Et, quand vos yeux, frappés de toutes ces misères, Verront Atlale assis au trône de vos pères, Alors, peut-être, alors vous le prierez en vain (Jue pour y remonter il vous donne la njain.

LAOnlCE.

Si jamais jusque-là votre guerre m'engage, Je serai bien changée et d'âme cl de courage. Mais iieut-être, seigneur, vous n'irez pas si loin : Les dieux de ma fortune auront un peu de soin; ., Ils vous inspireront ou trouveront un homme Contre tant de héros que vous prêtera Rome.

pnusiAS.

Sur un présomptueux vous fondez votre appui; Mais il court à sa perte et vous traîne avec lui.

Pensez-y bien, madame, et faites-vcus justice. Choisissez d'être reine ou d'être Laodice; Et, pour dernier avis que vous aurez de moi.

Si vous voulez régner, faites Attale roi. Adieu.

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