‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 479 sur 788 · EXAMEN DE NICOMEDE · texte numérisé non relu

EXAMEN DE NICOMEDE

d'IIiTaclius qui evposc sa vie pour Jlarlian, à ipii il l'st redevable de la sienne, nous jclte dans l'iiurieur de l'ingratilude.

Je ne veux point dissimuler que cette pièce est une de celles pour qui jai le jikis d'amitié. Aus<i n y remarquerai-jc que ce défaut de la lin qui va trop vite, comme je Tai dit ailleurs, et où l'on jieut même trouver quelque inégalité de njœurs eu l'rusias et Flaininius. qui, après avoir pris la fuite sur la mer, s'avi-ent tout d'un coup de rappeler leur courage et viennent se ranger auprès de la reine Arsinoé, pour mourir avec elle eu la défendant. Flaniinius y demeure en assez méchante posture, voyant réunir toute la famille royale, malgré les soinsqu'il avait pris de la diviser, et les instructions qu'il en avait apportées do Rome. Il s'y voit enlever par M-

comède les affections de cette reine et du prince Attale, qu'il avait choisis pour instruments à traverser sa grandeur, et semble n'être revenu que pour être témoin du triimiplie qu'il remporte sur lui. D'abord j'a^ais iini la pièce sans les faire revenir, et m'étais Contenté de faire témoigner par Mcomède à sa belle-mère grand déplaisir de ce que la Alite du roi ne lui permellait pas de lui rendre ses obéissances.

Cela ne démentait point l'effet historique, puisqu'il laissait sa mort en incertitude; mais le goût des spectateurs, que nous avons accoutumés à voir rassembler tous nos personnages à la conclusion do cette sorte de poème, fut cause de ce changement, où je me résolus, pour leur donner plus de satisfaction, jjien qu'avec moins de régularité.

■I.\" DE L EiAMEN TE MCOIIEDC.

SERTORIUS

TRAGÉDIE EN CINQ ACTES

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PRÉFACE DE VOLTAIRE

Après tant de tragt'dies peu dignes de Corneille ', en voici une où vous trouverez souvent l'auteur de Cinnn ; elle mérite plus d'allention et de remarques que les autres. L'enti'evue de Pompée et de Sertorius eut le succès qu'elle méritait; et ce succès réveilla tousses ennemis. Le plus implacable était alors l'abbé d'Aubignac, lionjme célèbre en son temps, et que sa Pratique du Théâtre, toute médiocre qu'elle est, faisait regarder comme un législateur en littérature. Cet abbé, qui avait été longtemps prédicateur, s'était acquis beaucoup de crédit dans les plus grandes maisons de Paris. 11 élait bien douloureux sans doute à l'auteur de Ciiina de voir un prédicateur et un liomme de lettres considérable écrire à madame la duchesse de Retz, à l'abri d'un privilège du roi, des choses qui auraient fléiri ua homme moins connu et moins estimé que Corneille.

« Vous êtes poète, et poète de théàire, dit-il à ce grand homme, dans sa quairième dissertation adressée à madame de Retz; vous êtes abandonné à une vile dépendance des histrions; votre commerce ordinaire n'est qu'avec leurs portiers; vos amis ne sont que des libraires du Palais. Il faudrait avoir perdu le sens, aussi bien que vous, pour être en mauvaise humeur du gain que vous pouvez tirer de vos veilles et de vos empressements auprès des histrions et des libraires. H vous arrive assez souvent, lorsqu'on vous loue, que vous n'êtes plus affamé de gloire, mais d'argent... Défaites-vous, monsieur de Coiiicille, de ces mauvaises farons de parler, qui sont encore plus mauvaises que vos vers... J'avais cru, comme plu>-ieurs, que vous étiez le poète de la Critique de I'IlcoIc des Femtues, et que Licidas élait un nom déguisé comme celui de M. de Corneille; car vous êtes sans doute le marquis de Mascarille, qui piaille toujours, qui ricane toujours, qui parle

* Comme PcrtliaritCy lit Toison ii'or, elc, qui onl pnni ov.tiu '^erloriiis.

toujours, et ne dit jamais rien qui vaille, etc. »

Ces horribles platitudes trouvaient alors des protecteurs, parce que Corneille était vivant. .laniais les Zo'ile, les Gacon, les Fréron, n'ont vomi de plus grandes indignités 11 attaqua Corneille sur sa famille, sur sa personne: il examina jusqu'à sa voix, sa démarche, toutes ses actions, toute sa conduite dans son domestique; et dans ces torrents d'injures il fut secondé par les mauvais auteurs, ce que l'on croira sans peine.

J'épargne à la délicatesse des honnêtes gens, et à des yeux accoutumés à ne lire que ce qui peut instruire et plaire, toutes ces personnalités, toutes ces calomnies que répandirent contre ce grand homme ces faiseurs de brochures et de feuilles qui déshonorent la nation, et que l'appât du plus léger et du plus vil gain engage encore plus que l'envie à décrier tout ce qui peut faire honneur à leur pays, à insulter le mérite et la vertu, à vomir imposture sur imposture, dans le vain espoir que quelqu'un de leurs mensonges pourra venir enfin aux oreilles des hommes en place, et servira perdre ceux qu'ils ne peuvent rabaisser. On alla jusqu'à lui imputer des vers qu'il n'avait point faits; ressource ordinaire de la basse envie, mais ressource inutile : car ceux qui ont assez de lâcheté pour faire courir un ouvrage sous le nom d'un grand homme, n'ayant jamais assez de génie pour l'imiter, l'imposture est bientôt recojinue.

Mais enfin rien ne peut obscurcir la gloire de Corneille, la seule chose presque qui lui restai. Le public de tous les temps et de toutes les nations, toujours juste â la longue, ne juge les grands hommes que par leurs bons ouvrages, et non par ce qii'ils ont fait de médiocre ou de mauvais.

Les belles scènes du Cid, les admirables morceaux des Ihraccs, les beautés nobles et sages de Cinnn, le sublime de Cornélie, les rôles de Sévère et de Pauline, le cinquième acte de liodoguiie, la conférence "de ^-erlorius et de Pompée; tant de beaux morceaux, tous produits dans un temps où l'on sortait à peine

SEUTOIilL'S.

lie la barl)arie, assureront à Compillo iino place parmi les ])liis grands lioinnios jiisi|u'ii la dernière postérité.

Ainsi l'excelItMit llacine a triiiinplu' des injustes ilégoûls de madame de Sévigiié, des farces de Subligiii, des mcprisaldes critiques de Visé, des cabales des Boyer et des Pradon; ainsi Molière se soutiendra toujours et sera le père de la vraie comédie, (juoique ses pièces ne soient pas suivies comme autrefois par la foule; ainsi les charmants opéras deQuinaull feront toujours les délices de quiconque est sensible à la douce harmonie de la poésie, au naturel et à la vérité de l'expression, aux grâces faciles du style, quoique ces mêmes opéras aient toujours été en bnlie aux satires de Poileau, son ennemi personnel, el quoiqu'on les représente moins souvent qu'autrefois.

Il est des chefs-d'œuvre de Corneille qu'on joue rarement. Il y en a, je crois, deux raisons : la première, c'est que notre nation n'est plus ce qu'elle élait du temps des llornces et de Cinna : les premiers de l'État alors, soit dans l'épée. soit dans la robe, soit dans l'Kglise, .se faisaient un honneur, ainsi que le sénat lie Home, d'assister à un spectacle où l'on trouvait une instruction et un plaisir si noble.

(Juels furent les premiers auditeurs de Corneille? l'n Coudé, un Turenne, un cardinal de Retz, un duc de la Rochefoucauld,- un Mole, un Lamoignon, des évoques gens de lettres, pour lesquels il y avait toujours un banc particulier à la cour, aussi bien que pour messieurs de l'.Vcadémie : le prédicateur venait y apprendre l'éloquence et l'art de prononcer, ce fut l'école do Bossuet; l'homme destiné aux premiers emplois de la robe venait s'instruire à parler dignement. .Aujourd'hui, qui fréquente nos spectacles? In certain nombre de jeunes gens et de jeunes femmes.

La seconde raison est qu'on a rarement des acteurs dignes de représenter Ciniia et les //orarcs. On n'encourage peut-être pas assez cette profession, qui demande de l'esprit, de l'éducation, une connaissance assez grande de la langue, et tous les talents extérieurs de I art oratoire. .Mais, quand il se trouve des artistes qui réunissent tous ces mérites, c'est alors que Corneille parait dans toute sa grandeur.

AU LECTEUR

Ne cherchez point dans cette tragédie les agréments qui sont en possession de faire réussir au théâtre les poèmes de cette nature : \ous n'y trouverez ni tendresses d'amour, ni emportements de passions, ni descriptions pompeuses, ni narrations pathétiques. Je puis dire toutefois qu'elle n'a point déplu, el que la dignité des noms illustres, hi grandeur de leurs intérêts et la nouveauté de quelques caractères, ont suppléé au manque de ces grâces Le sujet est simple, et du nombre de ces événemen's connus où il ne

nous est pas permis de'rien changer qu'autant que la nécessité indispensable de les réduire dans la règle nous force d'en resserrer les temps el les lieux. Comme il ne m'a fourni aucune femme, j'ai éléobli^'é de recourir â l'invention pour en introduire deux, assez compatibles l'une et l'autre avec les vérités historiques à qui je me suis attaché. L'une a vécu do ce tciups-là; c'est la première femme de Pompée, qu'il répudia pour entrer dans l'alliance de Sylla, par le mariage d'^Emilie, fille de sa femme. Ce divorce est constant par le rapport de tous ceux qui ont écrit la vie de Pompée, mais aucun d'eux ne nous apprend ce que devintcettc malheureuse, qu'ils a|ipellent tous .\nlislie, à la réserve d'un Espagnol, évèque de (iironne, qui lui donne le nom d'.Arislie, que j'ai |)référé. comme plus doux à l'oreille. Leur silence m'ayant laissé liberté entière de lui faire un refuge, j'ai cru ne lui en pouvoir choisir un avec plus de vraisemblance que chez les ennemis de ceux iiui l'avaient outragée : cette retraite en .a d'autant plus, qu'elle produit un effet véritable parles lettres des principaux de Home que je lui fais porter à Sertorius, et que Perpenua remit entre les mains de Pompée, qui en usa comme je le marque. L'autre femme est une pure idée de mon esprit, mais qui ne laisse pas d'avoir aussi quelque fondement dans l'histoire Elle nous apprend que les Lusitaniens apjielèrent JSertorius d'Afrique pour être leur chef contre le parti de Sylla; mais elle ne nous dit point s'ils étaient en république ou sous une monarchie. Il n'y a donc rien qui répugne à leur donner une reine; et je ne la pouvais faire sortir d'un rang plus considérable que celui de Viriatus, dont je lui fais porter le nom, le plus grand homme que l'Espagne ait opposé aux Romains, et le dernier qui leur ait l'ait tête dans ces provinces avant Sertorius. Il n'était pas roi en effet, mais il en avait toute l'autorité; et les préteurs et consuls que Rome envoya pour le combattre, et qu'il délit souvent, l'estimèrent assez pour faire des traités de paix avec lui comme avec un souverain et juste ennemi. Sa mort arriva soixante et huit ans avant celle que je traite; de sorte qu'il aurait pu être a'ieul ou bisa'ieul de cette reine que je fais parler ici.

11 fut défait par le consul Q. Servilius, et non par Brutus, comme je l'ai fait dire à cette princesse, sur la foi de cet évèque espagnol que je viens de citer, et qui m'a jeté dans l'erreur après lui. Elle est aisée à corriger par le changement d'un mot dans ce vers unique qui en parle, et qu'il faut rétablir ainsi:

Et Je Seivilius l'aslre préilominara.

Je sais bien que Sylla, dont je parle tant dans ce poème, élait mort six ans avant Sertorius; mais, à le prendre à la rigueur, il est permis de presser les temps pour faire l'unité de jour, et, pourvu qu'il n'y ait point d impossibilité formelle, je puis faire arriver en six jours, voire en six heures, ce qui s'est passé en six ans. Cela ]iosé, rien n'empêche que Sylla ne meure avant Sertorius, sans rien détruire do ce que je dis ici, puisqu'il a pu mourir depuis (|ii'Arcas est parti de Rome jiour ajiporli'r la iniuvelle de

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SKliTOIlIUS.

la démission de sa dictature; ce qu'il fait en mi^nie temps que Serlorius est assassiné. Je dis de plus que, bien que nous devions être assez scrupuleux observateurs de l'ordre' dos temps, néanmoins, pourvu que ceux que nous faisons parler se soient connus et aient eu ensemble quelques intérêts à démêler, nous ne souimes pas obligés à nous attaclier si précisément à la durée de leur vie. Sylla était mort quand Sertorius fut tué, mais il pouvait vivre encore sans miracle; et rauditeur, qui communément n'a qu'une teinture superliciellr de l'Iiistoirc, s'offense rarement d'une pareille prolongation qui lie sort point de la vraisemblance. Je ne voudrais pas toutefois faire une règle générale de cette licence, sans y mettre quelque distinction. La mort de Sylla n'ajiporta aucun cliangenient aux affaires de Serlorius en Espagne et lui fut de si peu d'importance, iju'il est malaisé, en lisant la vie de ce héros cbez l'Iutarquo, de remarquer lequel des deux est mort le premier, si l'on n'en est instruit d'ailleurs. Autre chose est de celles qui renversent les États, détruisent les partis et donnent une autre face aux affaires, comme a été celle de Pompée, qui ferait révolter tout l'auditoire contre un auteur, s'il avait l'impudence de la mettre après celle de César. IVailleurs il fallait colorer et excuser en quelque sorte la guerre que Pompée et les autres chefs romains continuaient contre Sertorius; car il est assez malaisé de comprendre pourquoi l'on s'y obstinait, après que la république semblait être rétablie par la démission volontaire et la mort de son tyran. Sans doute que son esprit de souveraineté qu'il .avait fait revivre dans Rome n'y était pas mort avec lui, et que Pompée et beaucoup d'autres, aspirant dans l'ànie à prendre sa place, craignaient que Sertorius ne leur y fût un puissant obstacle, ou par l'amour qu'il avait toujours pour sa patrie, ou par la grandeur de sa réputation et le mérite de ses actions, qui lui eussent fait donner la ]iréféreiice, si ce grand ébranlement de la réiiiibliiiue l'eût mise en état de ne se pouvoir passer de maître. Pour ne pas déshonorer Pompée par cette jalousie secrète de son ambition, qui siinait dès lors ce qu'on a vu depuis éclater si hautement, et qui peut-être était le véritable niolif de cette guerre, je me suis persuadé qu'il était plus à propos de faire vivre S,^lla, afin d'en attribuer rinjustice à la violence de sa domination. Cela m'a servi de plus à arrêter l'effet de ce puissant amour que je lui fais conserver pour son Arislie, avfecquiil n'eût pu se défendre de renouer, s'il n'eût eu rien à craindre du côté de .Sylla, dont le nom odieux, mais illustre, donne un grand poids aux raisonnements de la politique, qui fait l'âme de toute celte tragédie.

Le même Pompée semble s'écarter un peu de la prudence d'un général d'armée, lorsque, sur la foi de Sertorius, il vient conférer avec lui dans une ville dont le chef du parti contraire est maître absolu; mais c'est une confiance de généreux à généreux, et de liomain à Romain, qui lui donne quelque droit de ne craindre aucune supi'rcherie de la part d'un si grand homme. Ce n'est pas que je ne

veuille bien accordi r aux critiques qu'il n'a pas assez pourvu à sa lu'opre sûreté; mais il m'était impossible de garder l'unité de lieu sans lui faire faire cette échappée, qu'il faut imputer à l'incommodité de la règle, plus qu'à moi qui l'ai bien vue. Si vous ne voulez la pardonner à limpatience qu'il avait de voir sa femme, dont je le fais encore si passionné, et à la peur qu'elle ne prît un autre mari, faute de savoir ses intentions pbur elle, vous la pardonnerez au plaisir (ju'on a pris à cette conférence, que quelques-uns des premiers dans la cour et pour la naissance et pour l'esprit ont estimée autant qu'une pièce entière. Vous n'en serez pas désavoué par Aristote, qui souffre qu'on mette quelipiefois des choses sans raison sur le théâtre, quand il y a apparence qu'elles seront bien reçues, et qu'on a lieu d'espérer que les avantages que le poème en tirera ])ourruut mériter cette grâce.

PEP.SONN'AGES

SF.nTORlL'S, poncral du parO ilo5Ijiius en Espagne.

I>EIU'EN.N.4, liciUenanl (le SHiorius.

AUFIDE, iribiiri de l'armée de ïeilorius.

l'OMl'ÉE, général du parli ilc Syll-j.

.4IUSTI1".. leinnie de l'onipée.

VIUIATE, reine de I.usitjuie, à présent Portuj^al.

THAJIllSK. dame d'honneur de Viriale.

CtLSLS, Irihun du parli de l'onipêe.

APvCAS, alïrauelii d'Aristius, frère d'ArJslie.

la scène cs[ à ISertobrige. ville d'Aragon, conquise p:r Serlorius, à présent Caialayud.

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