‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 507 sur 788 · GG · texte numérisé non relu

GG

PRÉFACE DE VOLTAIRE

Il ne faut guère en croire sur un ouvrage ni l'auteur ni ses amis, encore moins les criliques précipitées qu'on en fait dans la nouveauté. En vain Corneille dit dans sa préfare que cette pièce égale ou passe la meilleure des siennes; en vain Fontenelle fait l'éloge d'Otlwn : le temps seul est juge souverain; il a banni cette pièce du théâtre. Il en a sans doute une raison qu'il faut chercher; je n'en connais point de meilleure que l'exemple de Brilannicus. Le temps nous a appris que, quand on veut mettre la politique sur le théâtre, il faut la traiter comme Racine, y jeter de grands intérêts, des passions vraies et de grands mouvements d'éloquence, et que rien n'est plus nécessaire qu'un stylo pur, noble, coulant et égal, qui se soutienne d'un bout de la pièce à l'autre. Voilà tout ce qui manque à Otlton.

Avouons que cette tragédie n'est qu'un arrangement de famille; on ne s'y intéresse pour personne : il y est beaucoup parlé d'amour, et cet amour même refroidit le lecteur. Lorsque ce ressort, qui devrait attacher, a manqué son effet, la pièce est perdue.

Il est dit dans l'Histoire du théâtre, à l'article Olhon, que Corneille refit trois fois le cinquième acte : j'ai de la peine à le croire; mais, si la chose est vraie, elle prouve qu'il fallait le refaire une quatrième fois, ou' plutôt qu'il était impossible de tirer un cinquième acte intéressant d'un sujet ainsi arrangé. Corneille ne refit pas trois fois la première scène du premier acte, qui est pleine de très-grandes beautés. Quand le sujet'porte l'auteur, il vogue à pleines voiles; mais, quand l'auteur porte le sujet, quand il est accablé du poids de la difficulté et refroidi par le défaut d'intérêt qu'il ne peut .se dissimuler à lui-mênie, alors tous ses efforts sont inutiles. Corneille pouvait être d'abord échauffé par le beau portrait que fait Tacite de la cour de Galba et par le discours qu'il prête à cet empereur. »

Le nom de Rome était encore quelque chose d'imporlant. Corneille avait assez d'invention pour former une intrigue de cinq actes; mais tout cela n'avait rien d'attachant ni de tragique, il le serjtil sans doute plus d'une fois en composant; et, quand il fut au cinquième acte, il se vit arrêté : il s'aperçut trop tard que ce n'était pas là une tragédie. Racine luimême aurait échoué dans un sujet pareil.

AU LECTEUR

Si mes amis ne me trompent, celte pièce égale ou passe la meilleure des miennes. Quantité de suffrages illustres et solides se sont déclarés pour elle ; et, s'y j'ose y mêler le mien, je vous dirai que vous y trouverez quelque justesse dans la conduite et un peu de bon sens dans le raisonnement. Quant aux vers, on n'en a point vu de moi que j'aie travaillés avec plus de soin. Le sujet est tiré de Tacite, qui coinmence ses Histoires par celle-ci; et je n'en ai encore mis aucune sur le théâtre à qui j'aie gardé plus de fidélité et prêté plus d'invention. Les caractères de ceux que j'y fais parler y sont les mêmes que chez cet incomparable auteur, que j'ai traduit tant qu'il m'a été possible. J'ai lâché de faire paraître les vertus de mon héros en tout leur éclat, sans en dissimuler les vices, non plus que lui; et je me suis contenté de les attribuer à une politique de cour, où, quand le souverain se plonge dans les débauches et que sa faveur n'est qu'à ce prix, il y a presse à qui sera de la partie. J'y ai conservé les événements et pris la liberté de changer la manière dont ils arrivent, pour en jeter tout le Crime sur un méchant homme, qu'on soupçonna dès lors d'avoir donné di's ordres secrets pour la mort de Vinius, tant leur inimitié était forte et déclarée! Othon avait promis à ce consul d'épouser sa fille s'il le pouvait faire choisir à Galba pour successeur; et, comme il

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