‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 509 sur 788 · TI10>', ALBI.N · texte numérisé non relu

TI10>', ALBI.N

ALEIN.

>''iire amitié, seigneur, me rendra téméraire ;

.l'en abuse, et je sais que je vais vous déplaire,

Que vous condamnerez ma curiosité;

Mais je croirais vous faire une infidélité

.Si je vous cacbais rien de ce que j'entends dire

De votre amour nouveau sous ee nouvel empire.

On s'étonne de voir qu'un homme tel qu'Othon, Olhon, dont les hauts faits soutiennent le grand nom, Daigne d'un Vinius se réduire à la fille, S'attache à ce consul, qui ravage, qui pille, Qui peut tout, je l'avoue, auprès de l'empereur, Mais dont tout le pouA'oir ne sert qu'à faire horreur. Et détruit d'autant plus, que plus on le voit croître. Ce que l'on doit d'amour aux vertus de son mailre.

oiiio.x.

Ceux qu'on voit s'étonner de ce nouvel amour X'ont jamais bien conçu ce que c'est que la cour. l^n liomme tel que moi jamais Jie s'en détache; II n'est point de retraite ou d'ombre qui le cache;

El, si du souverain la laveur n'est pour lui,

Il faut, ou qu'il périsse, ou qu'il prenne un appui.

Quand le monarque agit par sa propre conduiti'. Mes pareils sans péril se rangent à sa suite; Le mérite et le sang nous y font discerner : .Mais, quanil le potentat se laisse gouverner. Et que de son pouvoir les grands dépositaires N'ont pour raison d'Etat que leurs propres affaires. Ces lâches ennemis de tous les gens de conir. Cherchent à nous pousser a\ec toute rigueur. A moins que notre adroite et prompte servitude Nous dérobe aux fureurs de leur inquiétude.

Sitôt que de Calba le sénat eut fait choix, Hans mon gouvernement j'en établis les luis. Et je fus le premier qu'on ^ it au nouveau prince Donner toute une armée et toute une province : .\insi je me comptais de ses premiers suivants. Mais déjà Vinius avait pris les devants; .Mariian l'aflianchi, dont tu vois les pillages, .\vait avec Lacus fermé tous les passages; On n'approchait de lui que sous leur bon plaisir. J'eus donc pour m'y jiroduire un des trois à choisir. Je les voyais tous trois se hâter sous un maître Qui, chargé d'un long âge, a peu de temps à l'êire, Et tous trois à l'envi s'empresser ardemment .\ qui dévorerait ce règne d'un moment. J'eus horreur des appuis qui restaient seuls à prendn', .l'espérai quel(|ue temps de m'en pouvoir défendre; .Mais, quand Nymphidius dans Rome assassiné Fit place au favori qui lavait condamné. Que Lacus par sa mort fut préfet du prétoire, Que pour couronnement dune action si noire Les mêmes assassins furent encor percer Vairon, Turpilian, Capiton, et Macer, Je vis qu'il était temps de prendre mes mesures, Qu'on perdait de îiéron toutes les créatures, Lt que, demeuré seul de toute cette cour, A moins d'un protecteur j'aurais bientôt mon tour. Je choisis Vinius dans cette déliance; Pour plus de sûreté j'en cherchai l'alliance. Les autres n'ont ni sœur ni fille à me donner; Lt d'eux sans ce grand nœud tout est à soupçonner.

ALBIN

Vos vœux furent reçus?

OTIIOX.

Oui ; déjà l'iiyménée Aurait avec Plauline uni ma destinée Si ces rivaux d'Etat n'en savaient divertir l'n mailre qui sans eux n'ose rien consentir.

ALBIN

Ainsi tout votre amour n'est qu'une politique?

El le cœur ne sent point ce que la bouche explique?

orno.N.

Il ne le sentit pas, Albin, du premier jour; Mais cette politii]ue est devenue amour : iscru])ules Tout m'en plaît, tout m'en charme, et mes premiers Prés d'un si cher objet passent pour ridicules. Vinius est consul, Vinius est puissant; 11 a de la naissance; et, s'il est agissant,

OTIION.

S'il suil dos favoris la penic Irop coniimine, riautino liait en lui ces sniiis de la I'uiIumc : Son cœur est noble et grand.

ALlilN.

Ouoi qu'elle ait de vertu.

Vous devriez dans l'àmc être un pi'U combattu. La nièce de Galba pour dot aura l'empire, Et vaut bien que pour elle à ce prix on soupire : Son oncle doit bientùt lui choisir un épou\. Le mérite et le sang font un éclat en vous, Qui pour y joindre encor celui du diadème....

OTIION.

Quand mon cœurse pourrai t soustraireà ce que j'aime,

Et que pour moi Camille aurait tant de bonté

Que je dusse espérer de m'en voir écouté,

Si, comme tu le dis, sa main doit faire un maître,

Aucun de nos tyrans n'est encor las de l'eue;

Et ce serait tous trois les attirer sur moi

Qu'aspirer sans leur ordre à recevoir sa foi.

Surtout do Vinius le sensible courage

Ferait tout pour n)e perdre après un tel outrage,

Et se vengerait même à la face des dieux

Si j'avais sur Camille osé tourner les yeux.

ALBIN

Pensez-y toutefois : ma sœur est auprès d'elle ; Je puis vous y servir, l'occasion est belle; Tout autre amant que vous s'en laisserait charmer; V.t je vous dirais plus, si vous osiez l'aimer.

oinox.

Porte à d'autres qu'à moi cotte amorce inutile; Mon cœur, tout à Plautine, est fermé pour Camille. I.a beauté de l'objet , la honte de changer, Le succès incerlain, l'infaillihle danger. Tout fait à tes projets d'invincibles obstacles.

ALBIN

Seigneur, en moins de rien il se fait des miracles : A ces deux grands rivaux peut-être il serait doux D'ôter à Vinius un gendre tel que vous; Et si l'un par bonheur à Calba vous propose.... Ce n'est pas qu'après tout j'en sache aucune chose ; Je leur suis trop suspect pour s'en ouvrir à moi : •Mais, si je vous puis dire enfln ce que j'en croi, Je. vous proposerais, si j'étais en leur place.

OIIIOS.

Aucun d'eux ne fera ce que tu veux qu'il fasse: Et, s'ils peuvent jamais trouver quelque douceur A faire que Galba choisisse un successeur. Ils voudront par ce choix se mettre en assurance, El n'en proposeront que de leur dépendance. Je sais... Mais Vinius que j'aperçois venir.... Laisse-nous seuls, Albin; je veux l'entretenir.

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