‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 518 sur 788 · L.\CIS, M.\RT1A · texte numérisé non relu

L.\CIS, M.\RT1A

LACIS

Vous aimez donc Plauline, et c'est là cette foi Qui contre Vinius vous attachait à moi?

MARTIAS.

Si les yeux de Plautine ont pour moi quelque charme, Y trouvez-Yons, seigneur, quelque sujet d'alarme?

; Le moment bienheureux qui m'en ferait l'époux Réunirait par moi Vinius avec vous.

Par là de nos trois ca;urs l'amitié ressaisie. En déracinerait et haine et jalousie.

Le pouvoir de tous trois, par tous trois affermi. Aurait pour nœud commun son gendre en votre ami : Et, quoi que contre vous il osât entreprendre...

LACIS

Vous seriez mon ami, mais vous seriez son gendre; Et c'est un faible appui des intérêts de cour Qu'une vieille amitié contre un nouvel amour. Quoi que veuille exiger une femme adonne, La résistance est vaine ou de peu de durée ; Elle choisit ses temps et les choisit si bien, Qu'on se voit hors d'état de lui refuser rien. Vous-même êtes-vous sur que ce nœud la retienne D'ajouter, s'il le faut, votre perle à la mienne? " Apprenez que des cœurs séparés à regret Trouvent de se rejoindre aisément le secret. Othon n'a pas pour elle éteint tontes ses flammes; Il sait comme aux maris on arrache les femmes; Cet art sur son exemple est commun aujourd'hui, Et son maître .Néron l'avait appris de lui. Après tout, je me trompe, ou près de cette belle....

MAKIIAS.

J'espère en Vinius, si je n'espère en elle; Et l'offre pour Othon de lui donner ma voi-x Soudain en ma faveur emportera son choix.

LACDS.

Quoi; vous nous donneriez vous-même Othon pour MARiiAX. [maître?

Et quel autre dans Rome est plus digne de l'être?

LACnS.

Ah! pour en être digne, il l'est, et plus que tous; Mais aussi, pour tout dire, il en sait trop pour nous. Il sait trop ménager ses vertus et ses vices. Il était sous iNéron de toutes ses délices : Et la Lusitanie a vu ce même Othon Gouverner en César et juger en Caton.

Tout favori dans Rome, et tout maître en provinc:. De lâche courtisan il s'y montra grand prince; Et son âme ployante, attendant l'avenir. Sait faire également sa cour et la tenir. Sous un tel souverain nous sommes peu de chose; Son soin jamais sur nous tout à fait ne repose : Sa main seule dépari ses libéralités; Son choix seul distribue États et dignités. Du timon qu'il embrasse il se fait le seul guide. Consulte et résout seul, écoule et seul décide; Et. quoi que nos emplois puissent faire de bruit, ' Sitôt qu'il nous veut perdre, un coup d'œilnousdétruit. Voyez d'ailleurs Galba, quel pouvoir il nous laisse. En quel poste sous lui nous a mis sa faiblesse. Nos ordres règlent tout, uous donnons, retranchons; Rien n'est exécuté dès que nous l'empêchons : Comme par un de nous il faut que tout s'obtienne. Nous voyons notre cour plus grosse que la sienne; Et notre indépendance irait au dernier point Si l'heureux Vinius ne la partageait point •

OTIlDN.

Notre, unique chagrin est qu'il nous la dispute.

L"àge met copendant Galha prés de sa cliulc;

Di' pmir qu'il nous ciitraîiR' il faiil un autre appui,

Mais il le faut |iciur nous aussi faible que lui.

Il nous en faut prendre un qui. satisfait des titres,

IVuus laisse du pouvoir les suprOkiies arbitres.

Pi.son a l'àine simple et l'esprit abattu;

S'il a i^'rande naissance, il a peu de vertu;

Non de celte vertu qui déteste le crime;

Sa probité sévère est digne qu'on l'eslinie;

Elle a tout ce qui fait un grand liomme de bien :

Mais en un souverain, c'est peu de chose, ou rien.

Il faut de la prudence, il faut de la luiiiiére.

Il faut, de la vigueur adroite autant que fière,

Hu.i pi'nètre, éblouisse, et sème des appas...

11 faut jiiille vertus enfin qu'il n'aura pas.

Lui-niènie il nous priera d'avoir soin de l'empire.

Et saura seulement ce qu'il nous plaira dire :

Plus nous l'y tiendrons bas, plus il nous nieltra haut;

Et c'est là justement le maître qu'il nous faut.

MARTIA.N'

Mais, .seigneur, sur le trône élever un tel bomme, C'est mal servir l'État et faire opprobre à l'iome.

, LACUS

Et qu'importe à tous deux de Rome et de l'Etat? Qu'importe qu'on leur voie ou plus ou moins d'éclat? l"ai.sons nos sûretés et moquons-nous du reste. Point, point de bien public s'il nous devient funeste. De notre grandeur seule ayons des cœurs jaloux; Ne vivons que pour nous et ne pensons qu'à nous. Je vous le dis encor : mettre Othon sur nos tètes, C'est nous livrer tous deux à d'horribles tempêtes. Si nous l'en voulons croire, il nous devra le tout : -Maif, de ce graïul projet s'il vient par nous à bout, Vinius en aura lui seul tout l'avantage. Comme il l'a proposé, ce sera son ouvrage; Et la mort, ou l'exil, ou les abaissements. Seront pour vous et moi ses vrais remercîments.

MARTIAN

Oui, notre sûreté veut que Pison domine : 0)itenez-en pour moi qu'il m'assure Plautine; .le vous promets pour lui mon suffrage à ce prix. La violence est juste après de tels mépris. Commençons à jouir par là de son enqiire, Et voyons s'il est hojume à nous oser dédire.

LACUS

Quoi! votre amour toujours fera son capital Des attraits de Plautine et du nœud conjugal? Eli bien, il faudra voir qui sera plus utile D'en croire... Mais voici ia princesse Camille.

se {'NE V

CAMILLE, L.VCL'S, M.MITIAN, .\LBIANE.

CAMILLE

Je vous rencontre ensemble ici fort à propos, Et voulais à tous deux vous dire quatre mots.

Si j'en crois certain bruit que je ne puis vous taire, Vous poussez un peu loin l'orgueil du ministère : On dit que sur mon rang vous étendez sa loi, Kt (jui' vous vous mêlez de disposer de moi.

MARTIAX.

Nous, madame?

CAMILLE

Faut-il que je vous obéisse.

Moi, dont Calba prétend faire une imiiératricc?

LACUS

L'un et l'autre sait trop quel respect vous est dû.

CAMILLK.

Le rriine en est plus grand si vous l'avez perilu. Parlez, qu'avez-vous dit à Galba l'un et l'autre.'

MARTIAN

Sa pensée a voulu s'assurer sur la nùln-; Et, s'i''tant proposé le choix d'un successeur, Pour laisser à l'empire un digne possesseur. Sur ce don imprévu qu'il fait du diadème, Vinius a parlé, Lacus a fait de même.

CAMILLE

Et ne savez-vous point, et Vinius et vous, Que ce grand successeur doit être mon époux? Que le don de ma main suit ce ilon de l'empire? Galba, par vos conseils, voudrait-il s'en dédire?

LACLS.

Il est toujours le même, et nous avons parlé Suivant ce qu'à tous deux le ciel a révélé : En ces occasions, lui qui tient les couronnes Inspire les avis sur le choix des personnes. Nous avons cru d'ailleurs pouvoir sans attentat Faire vos intérêts de ceux de tout l'État. Vous ne voudriez pas en avoir de contraires.

CAMILLE

Vous n'avez, vous ni lui, pensé qu'à vos affaires; Et nous offrir Pison, c'est. assez témoigner...

LACIS

Le trouvez-vous, madame, indigne de régner? :i a de la vertu, de l'esprit, du courage; Il a de plus...

CAMILLE

De plus, il a votre suffrage.

Et c'est assez de quoi mériter mes refus. Par respect de son sang, je ne dis rien de plus.

MARTIAN

Aimeriez-vous Othon, que Vinius propose, Othon, dont vous savez que Plautine dispose. Et qui n'aspire ici qu'à lui donner sa foi?

CAMILLE

Qu'il brûle encor pour elle, ou la quitte pour moi. Ce n'est pas votre affaire; et votre exactitude Se charge en ma faveur de trop d'inquiétude.

LACES

Mais l'empereur consent qu'il l'épouse aujourd'hui; El moi-même je viens de l'obtenir pour lui.

CJkMlLLE.

Vous en a-t-il prié? dites, ou si Fenvie...

LAcrs.

Un véritable ami n'attend point qu'on le prie.

ACTL III, SCÈNE I.

CAMIII.E.

Cette amitié me charme, et je dois avouer (JifOtlioii a jusqu'ici tout lieu île s'en louer, Que riieureux conlre-teiups d'un si rare service...

i*cc<.

Madame...

CAMILLK.

Croyez-moi, mettez bas l'arafice.

iNe vous hasardez point à faire un empereur. Galba connatt remi)ire, et je connais mon cœur : Je sais ce qui m'est propre; il voitce qu'il doit faire. Et quel prince à l'Klat est le plus salutaire. Si le ciel vous inspire, il aura soin de nous, Va saura sur ce point nous accorder sans vous.

LACUS

Si Tison vous déplaît, il en est quelques autres...

CAMILLE

-N'attachez point ici mes intérêts aux vôtres. Vous avez de l'esprit, mais j'ai des yeux perçants. Je vois qu'il vous est doux d'être les tout-puissanis; Et je n'empèrlie point qu'on ne vous continue \olre toute-puissance au point qu'elle est venue; 'Mais, quant à cet époux, vous me ferez plaisir De trouver bon qu'enfin je puisse le choisir. Je m'ai mo un peu moi-n.èmeet n'ai pas grande envie De vous sacrifier le repos de ma vie.

WAniLV.N.

Puisvin'il doit avec vous régir tout l'univers.

CAMILLE

Faut-il vous dire encor que j'ai des yeux ouverts? Je vois jusqu'en vos cœurs et m'obstine à me taire; Mais je pourrais enfin dévoiler le mystère.

MARTIAX.

Si l'empereur nous croit...

CAMiLLE.

Sans doute il vous croira; Sans doute je prendrai l'époux qu'il m'offrira, Soit qu'il plaise à mes yeux, soit qu'il me choque en 11 sera votre maître, et je serai sa femme : (l'àine. Le temps me donnera sur lui quelque pouvoir, Et vous pourrez alors vous en aiiercevoir. Voilà les quatre mots que j'avais à vous dire, Pensez-y.

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