‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 520 sur 788 · C.\MII.I,K, AI.r.IANK · texte numérisé non relu

C.\MII.I,K, AI.r.IANK

cammle.

l'a dit, Alliiane.'

ALBUNE.

Oui. madame ; Galba choisit Pison, et vous êtes sa femme, Ou, pour en mieux parler, l'esclave de Lacus, A moins d'un éclatant et gi''néreux refus.

CAMILLE

Lt que devient Othon?

Al.r.lANE.

Vous allez voir sa tête De vos trois ennemis affermir la conquête ; Je veux dire assurer votre main à Pison Et l'empire aux tyrans qui font régner son nom. Car, comme il n'a pour lui qu'une suite d'ancêtres, Lacus et .Martian vont être nos vrais maîtres;. Et l'ison ne sera qu'un idole sacré (Ju'ils tiendront sur l'autel pour répondre à leur gré. Sa probité stupide autant comme farouche A prononcer leurs lois asservira sa bouche; El le premier arrêt qu'ils lui feront donner Les défera d'Ollion qui les peut détrôner.

CAMILLE

0 dieux! que je le plains!

ALBIANE.

11 est sans doute à plaindre.

Si vous l'abandonnez à tout ce qu'il doit craindre; Mais, comme enfin la mort finira son ennui, Je crains fort de vous voir plus à plaindre que lui.

CAMILLE

L'hymen sur un époux donne quelque puissance.

ALBIANE.

Octavie a pi'ri sur celte confiance.

Son sang qui fume encor vous montre à quel destin Peut exposer vos jours un nouveau Tigellin [ble; Ce grand choix vous en donne à craindre deux ensem- Et pour moi, plus j'y songe, et plus pour vous je treinr.A\;iLLE. [ble.

Ouel remède, Albiane?

ALCIAXE.

Aimer, et faire voir...

Que l'amour est sur inui plus fort que le devoir?

ALBIANE.

Songez moins à Galba qu'a Lacus qui vous brave. Et qui vous fait encor braver par un esclave. Songez à vos périls; et peut-être à son tour •

OTUON.

Ce devoir passera du côté de l'amour.

Bien que noits devions tout aux puissances suprêmes, Madame, nous devons quehjue chose à nous-nièmes. Surtout quand nous voyons des onln-s' dangereux, Sous ces grandssouverains, partir d'aulresque d'eux.

CAMILLE

Jlais Otiion m'aime-t-il?

ALBIANE.

S'il vous aime? ahl madame!

CAMILLE

On a cru que Plautiue avait toute son âme.

ALDIAN'C.

On l'a dû croire au.ssi, mais on s'est aljusé; Autrement, Vinius l'aui'ail-il proposé?

Aurait-il pu trahir l'espoir d'en faire un |,'endre?

CA.MILLE

En feignant do l'aimer que pouvait-il prétendre?

ALBIASn.

De s'approcher de vous et se faire en la cour

Un«accés, libre et sûr pour un plus digne amour.

De Vinius par là gagnant la bienveillance,

11 a su le jeter dans une autre espérance

Et le flatter d'un rang plus haut et plus certain.

S'il devenait par vous empereur de sa main.

Vous voyez à ces soins que Vinius s'applique.

En même temps qu'Othon auprès de vous s'explique.

CAMILLE

Mais à 4e déclarer il a bien allendu.

ALBIANE,

Mon frère jusque-là vous en a répondu.

CAMILLE

Tandis, tu m'as réduite à faire un peu d'avance, A consentir qu'Albin combattît son silence, Et même Vinius, dés qu'il me l'a nommé, A pu voir aisément qu'il pourrait être aimé.

ALDIANE.

C'est la gène où réduit celles de votre sorte

La scrupuleuse loi du respect qu'on leur porte.

Il arrête les vœux, captive les désirs,

Abaisse les regards, étouffe les soupirs.

Dans le milieu du cœur ejichaîne la tendresse;

Et tel est en aimant le sort d'une princesse,

Que, quelque amour qu'elle ait et qu'elle ait pu don-

11 faut qu'elle devine et force à deviner. [ner,

Quelque peu qu'on lui die, on craint de lui trop dire;

A peine on se hasarde à jurer qu'on l'admire;

Et, pour apprivoiser ce respect ennemi,

11 faut qu'en dépit d'elle elle s'offre à demi.

Voyez-vous comme Othon saurait eiicor se taire,

Si je ne l'avais fait enhardir par mon frère?

CAMILLE

Tu le crois donc, qu'il m'aime?

ALIIIA.NE.

Et qu'il lui serait doux Que vous eussiez pour lui l'amour qu'il a pnur vous.

CAMILLE

Hélas! que cet amour croit tût ce qu'il souhaite! En vain la raison parle, en vain elle inquiète, En^sain la déliance ose ce qu'elle peut;

Il veut croire et ne croit que parce qu'il le veut. Pour l'Iautine ou pour moi je vois du stratagème, El m'obstine avec joie à m'aveugler moi-même. Je plains celle abusée, et c'est moi qui la suis Peul-ètre, et i[ui me livre à d'éternels ennuis; Peut-êlre, en ce moment qu'il m'est doux de le croire. De ses vœux à Plautine il assure la gloire; Peut-être...

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