‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 532 sur 788 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

VISIUS, PLAUTIXE.

VIMUS.

Ce n'est pas tout, ma fille, un bonheur plus certain, Quoi qu'il puisse arri\er, met l'empire en ta main.

PLiUriNE.

Flatteriez-vous Othon d'une vaine chimère?

VINIUS.

Non; tout ce que j'ai dit n'est qu'un rniiport sincère. Je crois te voir régner avec ce cher Othon : Mais n'espère pas moins du côté de Pison; Calba te donne à lui. Piqué contre Camille, Dont l'amour a rendu son projet inutile. Il veut que cet hymen, punissant ses refus,

Réunisse avec moi .^lartian et l-icns.

Et trompe heureusement les présages sinistres Ds la division i|H'il voit en ses ministres; Ainsi desdeu\ côtés on cond)attra pour loi. Le plus heureux des chefs l'apportera sa foi. Sans part à ses périls tu l'auras à sa gloire, Et verras à tes pieds l'une ou l'autre \icloire.

placti.m:.

Quoi I mon i-feiir, par vous-niêiue à ce héros donné. Pourrait ne l'aimer plus s'il n'est point couronné; Et, s'il faut (|u'à Pison son mauvais sort nous livre, Pour ce même l'isou je [lourrais vouloir vivre?

VINIUS.

Si nos communs souhaits ont un contraire effet, Tu te peux faire eucor l'effort que tu t'es fait; El qui vient de donner Othon au diadème. Pour régner à son tour, peut se donner soi-même.

l'IALTINE.

Si pour le conroniier j'ai lait un noble effort,

Dois-je en faire un honteux pour jouir do sa mort?

Je me privais de lui sans me vendre à personne.

Et vous voulez, seigneur, que son trépas me donne.

Que mon cœur, entraîné par la splentleur du rang.

Vole après une main fumante de son sang.

Et que, de ses malheurs triomphante et ravie

Je sois l'infâme priv d'avoir tranché sa vie!

Non, seigneur : nous aurons même sort aujourd'hui ;

Vous me verrez régner ou périr avec lui;

Ce n'est qu'à l'un des deux que lout ce caur aspire.

•VINIUS.

Que tu vois mal encor ce que c'est que l'empire 1 Si deux jours seulement tu pouvais l'essayer, Tu ne croirais jamais le pouvoir trop payer; Et tu verrais périr mille amants avec joie, S'il fallait tout leur sang pour t'y faire une voie. Aime Ollion, si tu peux t'en faire un sûr appui; .Mais, s'il en est besoin, aime-loi plus que lui; Et, sans l'inquiéter où fondra la tempête. Laisse aux dieux à leur choix écraser une tète. Prends le sceptre aux dépens de qui succombera, Et règne sans scnqnilc avec qui régnera.

PLAUTINE.

Que votre politique a d'étranges riiaximes! .Mon amour, s'il l'osait, y trouverait des crimes. Je sais aimer, seigneur, je sais garder ma foi. Je sais pour un amant faire ce que je doi. Je sais à son bonheur m'offrir en sacrifice. Et je saurais mourir si je vois qu'il pi^risse; Mais je ne sais point l'art de forcer ma douleur A pouvoir recueillir les fruits de son malheur.

VINIUS.

Tiens pourtant l'àme prête à le mettre en usage; Change de senliments ou du moins de langage; Et, pour mettre d'accord ta fortune et ton cœur, Souhaite pour l'amant et te garde au vainqueur. Adieu : je vois entrer la princesse Camille. Quelque trouble où tu sois, montre une âme tranquille, Profile de sa faute, et tiens l'œil mieux ouvert 1 Au vif et doux éclat du trône qu'elle perd.

OïllON.

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