SCÈNE II
GALBA, CAMILLE, VLMUS, LACIS, ALBIA>E.
GALBA
Je vois d'ailleurs Lacus. Eh bien, quelles nouvelles? Qu'apprenez-vous tous deux du camp de nos rebelles?
VlNlUS.
Que wux de la marine et les Illyriens Se sont avec chaleur joints aux prétoriens, Et que des bords du Nil les troupes rappelées Seules par leurs fureurs ne sont point ébranlées.
LACUS
Tous ces mutins ne sont que de simples soldats;
Aucun des chefs ne trempe en leurs vains attentats.
Ainsi ne craignez rien d'une masse d'armée
Où déjà la discorde est peut-être allumée.
Sitôt qu'on y saura que le peuple à grands cris
Veut que de ces complots les auteurs soient proscrits.
Que du perfide Othon il demande la tête,
La consternation calmera la tempête;
Et vous n'avez, seigneur, qu'à vous y faire voir
Pour rendre d'un coup d'œil chacun à son devoir.
GALBA
Irons-nous, Vinius, hâter par ma présence L'effet d'une si douce et si juste espérance?
VlNltlS.
Ne hasardez, seigneur, que dans l'extrémité.
Le redoutable effet de votre autorité.
Alors qu'il réussit, tout fait jour, tout lui cède;"
Mais aussi, quand il manque, il n'est plus de remède.
Il faut, pour déployer le souverain pouvoir.
Sûreté tout entière ou profond désespoir;
Et nous ne sommes pas, seigneur, à ne rien feindre.
En état d'oser tout, non plus que de tout craindre.
Si l'on court au grand crime avec avidité.
Laissez-en ralentir l'impétuosité :
D'elle-même elle avorte, et la peur des supplices
Arme contre le chef ses plus zélés complices.
Un salutaire avis agit avec lenteur.
lACUS.
Un véritable prince agit avec hauteur :
Et je ne conçois point cet avis salutaire.
Quand on couronne Othon, de le regarder faire.
Si l'on court au grand crime avec avidité-.
Il en faut réprimer l'impétuosité
Avant que les esprits, qu'un juste effroi balance,
S'y puissent enhardir sur notre nonchalance,