‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 65 sur 788 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

U. FEUNAND, D. DIÈGCE, D. AHIAS, D. llOOKlGlt;, U. SASCHE.

D. Ftr.XAXD.

Généreux héritier d'une illustre famille

' Cet hier fail voir que la pièce dure deui jours dans Corneillt: Tunilé de temps n'ciail )ias encore une rè^le bien reconnue. Cepenclaut si la querelle du coinlc cl sa raorl arrivent I.-) veille an soir, cl >i le lendemain tout est liai à la même licurc, Punili da temps est observée.

LE CID

(lui fui toujours la gloire et i"appui de Castillo, Race lie tant d'aïeux en valeur signalés, Que l'essai de la tienne a sitôt égalés, i'our te récompenser ma force est trop petite; Et j'ai moins de pouvoir (]ue lu n'as de mérite. Le pays délivré d'un si rude ennemi, Mon sceptre dans ma main par la tienne affermi, Et les Maures iléfails avant qu'en ces alarmes J'eusse pu donner ordre à repousser leurs armes. Ne sont point des exploits qui laissent à ton roi Le moyen ni l'espoir de s'acquitter vers toi. Mais deux rois tes captifs feront ta récompense : li t'ont nommé tous deux leur Cid en ma présence. Puisque (]id en leur langue est aut;intque seigneur, Je ne t'envierai pas ce beau litre d'honneur. Sois drsormais le Cid ; qu'à ce grand nom tout cède : Qu'il comble d'épouvante et Grenade et Tolède, Et qu'il marque à tous ceux qui vivent sous mes lois Et ce que tu me vaux, et ce que je te dois.

D. r.ODIUGUE.

Que Votre Majesté, sire, épargne ma honte. D'un si faible service elle fait trop de compte. Et nie force à rougir devant un si grand roi De mériter si peu l'honneur que j'en reçoi. Je sais trop que je dois au bien de votre empii'u. Et le sang qui m'anime, et l'air que je respire ; Et, quand je les perdrai pour un si digne objel, Je ferai seulement le devoir d'un sujet.

D. fERNAMl.

Tous ceux que ce devoir à mon service engage Ne s''en acquittent pas avec même courage ; Et, lorsque la valeur ne va pas dans l'eNcés, Elle ne produit point de si rares succès. Souffre doiic qu'on te loue, et de cette victoire Apprends-moi plus au long la véritable histoire.

D IIOIIRIGUE.

Sire, vous avez su qu'en ci' danger pressant Qui jeta dans la ville un effroi si puissant. Une troupe d'amis chez mon père assemblée Sollicita mon âme eneor toute troublée... Mais, sire, pardonnez à ma témérité.

Si j'osai l'enjployer sans votre autorité; Le péril approchait; leur brigade était prête; Me montrant à la cour, je hasardais ma tête : Et, s'il fallait la perdre; il m'était bien plus doux De sortir de la vie en combattant pour vous.

U. FEKÎiAND.

J'excuse ta chaleur à venger ton offense ; Et l'État défendu me parle en ta défense : Crois que dorénavant Chimène a beau parler. Je ne l'écoute plus que pour la consoler. Mais poursuis.

D. noriiacuE.

Sous moi donc cette troupe s'avance.

Et porto sur le front une mâle assurance. [fort, Nous partîmes cinq cents; mais, par un prompt ren- Kous nous vîmes trois mille en arrivant au port. Tant, à nous voir marcher avec un tel visage, Les plus épouvantés reprenaient de courage I

J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés. Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés; Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure, Brûlant d'impatience, autour de moi demeure, Se couche contre terre, et, sans faire aucun bruit. Passe une bonne part d'une si belle nuit. Par mon commandement la garde en fait de iiiénic. Et, se tenant cachée, aide à mon stratagème; Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne â tous. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles Enfin avec le flux nous fit voir trente voiles; L'onde s'enUe dessous, et d'un commun effort Les Maures et la mer montent jusques au port. On les laiirse passer; tout leur paraît tranquil!'-; Point de soldats au port, point aux murs de la vill •. Notre profond silence abusant leurs esjjrits. Il n'osent plus douter de nous avoir surpris; Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent. Et courent se livrer aux mains qui les altendi'Ut. .Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants; Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent ; Ils paraissent armés, les Maures se confondent, L'épouvante les prend à demi descendus; Avant que de combattre, ils s'estiment perdus. Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre; Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur terre, Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang. .Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les ralli-i.t. Leur courage renaît, et leurs terreurs s'oublient : La honte de mourir sans avoir combattu Arrête leur désordre et leur reml leur vertu. Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges, De notre sang au leur font d'iiorribles mélanges; El la terre, et le fl^euve, et leur floUe, et le port. Sont des champs de carnage où triomphe la mort. Oh ! combien d'actions, combien d'exploits célèbres, Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbies Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il don- Ne pouvait discerner où le sort inclinait! [nait, J'allais de tous côtés encourager les noires. Faire avancer les uns, et soutenir les autres. Ranger ceux qui venoieni, les pousser à leur tour; Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour. Mais enfin sa clarté montre notre avantage; Le Maure voit sa perte et perd soudain courage : Et, voyant du renfort qui nous vient secourir, L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir. Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles, Poussent jusques aux cicux des cris épou^ antables, l'ont retraite en tumulte, et sans considérer Si leurs rois avec eux peuvent se retirer. Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop forte; , Le llux les apporta, le reflux les remporte; Cependant que leurs rois, engagés parmi nous, Et (pielque peu desjeurs, tout percés de nos coups,. Lisputeiit vaillamment et vendent bien leur vie.

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