SCÈNE V, SI
CHIMÈNE
£h bien, sire, ajoutez ce comble à mon malheur,
Noiiiiiiez ma pâmoison l'effet de ma douleur:
Un juste déplaisir à ce point m'a réduite;
Son trépas dérobait sa tête à ma poursuite;
S'il meurt des coups reçus pour le bien du pay?,
.Ma vengeance est perdue et mes desseins trahis :
Une si belle lin m'est trop injurieuse.
Je demande sa mori, mais non pas glorieuse,
Non pas dans un éclat qui l'élève si iiaut,
Non pas au lit d'honneur, mais sur un échafaud;
Qu'il meure pour mon père, et non pour la patrie;
Que son nom soit taché, sa mémoire flétrie.
Mourir pour le pays n'est pas uu triste sort;
C'est s'immortaliser par une belle mort.
.l'aime donc sa victoire, et je le puis sans crime;
Elle assure l'État, et me rend ma victime.
Mais noble, mais fameuse entre tous les guerriers,
Le chef, au lieu de fleurs, couronné de lauriers;
Et, pour dire en un mot ce que j'en c Jiisidère,
Digne d'être immolée aux mânes de mon père...
Hélas! à quel espoir me laissé-je emporter!
Rodrigue de ma part n'a rien à redouter;
Que pourraient contre lui des larmes qu'on méprise?
Pour lui tout votre empire est un lieu Je franchise;
Là, sous votre pouvoir, tout lui devient permis;
11 triomphe de moi comme des ennemis.
Dans leur sang répandu la justice étouffée
Au crime du vainqueur sert d'un nouveau trophée ;
Nous en croissons la pompe, et le mépris des lois
.Nous fait suivre son char au milieu de deux rois.
D. FERXASD.
Ma fille, ces transports ont trop de violence. Quand on rend la justice on met tout en balance. On a tué ton père, il était l'agresseur; Et la même équité m'ordonne la douceur. Avant que d'accuser ce que j'en fais paraître. Consulte bien Ion cœur; Rodrigue en est le maître. Et ta flamme en secret rend grâces à ton roi. Dont la faveur conserve un tel amant pour loi.
CHIMÈNE
Pour moi! mon ennemi! l'objet de ma colère! L'auteur de mes malheurs I l'assassin de mon père! De ma juste poursuite on fait si peu de cas. Qu'on me croit obliger en ne m'écoutant pas! Puisque vous refusez la justice à mes larmes. Sire, permettez-moi de recourir aux armes; C'est par là seulement qu'il a su m'outrager. Et c'est aussi par là que je me dois venger. \ tous vos cavaliers je demande sa tète; Oui, qu'un d'eux me l'apporte, et je suis sa conquête; Qu'ils le combatlent, sire; et, le combat fini. J'épouse le vainqueur, si Rodrigue est puni. Sous votre autorité souffrez qu'on le publie.
D. FERNAXO.
Cette vieille coutume en ces lieux établie, Sous couleur de punir un injuste attentat. Des meilleurs combattants affaiblit un Étal) Souvent de cet abus le succès déplorable
LE i:in.
Opprime i'iiuioci^iit, et soulieiit lo coupable. J'en dispense Rodrigue; il lu'esl trop précieux Pour Texposer aux coups dun sort caiiricicux; Et, quoi qu'ait pu couiuiettre un cœursi luaHuaniuie, Les Maures en fuyant ont emporté son crime.
D. DltGCE.
(Jiioi ! sire, pour lui seul vous renversez des lois
(Ju'a vu toute la cour observer tant de fois!
(jue croira votre peuple, et qi.e dira l'envie,
Si sous voire défense il ménage sa vie,
Et s'en fait un prétexte à ne paraître pas [pas'?
Où tous les gens d'bonneur cherchent un beau tré-
De pareilles faveurs terniraient trop sa gloire :
Qu'il goûte sans rougir les fruits de sa victoire.
Le comte eut de l'audace, il l'en a su punir:
11 l'a fait en brave homme, et le doit maintenii'.