‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 724 sur 788 · JUAN · texte numérisé non relu

JUAN

.Me railler de vous? l\on, j'ai trop de bonne foi. lîegarde cette main plus blanche que l'ivoire, Sganarelle : peut-on...

CBABLOTTE.

Fi, monsieu, al est noire Tout comme je n' sais quoi.

U. JUA.N.

Laissez-la-moi baiser.

CilAIXOTTE.

C'est t roii d bon no u r pour moi ;j'n"os' rais vous refuser; Mais, si j'eus" su tout ça devant votre arrivée, Exprès aveu ilii son, je m' la serais lavée.

D. JUAN

Vous n'êtes point encor mariée?

CirAP.LOlTE.

Oh ! non pas, Mais je dois bientôt l'être au life du grand Lucas: Il se nomme l'iarrot. C'est ma tante Pblipotto (Jni nous fait marier.

D. JUAN

Quoi! vous, belle Charlol'.c, D'un simple paysan être la femme? Non:

Il vous faut autre chose; et je crois tout de bon Que le ciel m'a conduit exprès dans ce village Pour rompre cet injuste et bonteux mariage : Car enfin je vous aime; et, malgré les jaloux. Pourvu que je vous plaise, il ne tiendra qu'à vous Qu'on ne trouve moyen de vous faire paraître Dans l'éclat des honneurs où vous méritez d'être. Cet amour est bien prompt, je l'avouerai; mais, quoi! Vos beautés tout d'un coup ont triomphé de moi ; Et jevousaimeautant, Charlotte, en unquartd'heure. Qu'on aimerait une autre en six mois.

CIIAnLOTTE.

Oui?

D. JUAN

Je meure.

S'il est rien de plus vrai!

CHARUITTE.

Monsieu, je voudrais bien Que ça fût toulcomni'ça; car vous ne m' dites rien Qui ne m' fasse assé zaise, et j'aurais bian envie IJe n' vous niécroire point : mais j'ai toute ma \ ie Entendu dire à ceux qui savon bian c' que c'est, Qui n'est point de monsieu qui ne soit loujou prêt k tromper queuque fille, à moins qu'ai" n'y regarde.

D. JUAN

Suis-je de ces geas-là? Non, Charlotte.

SGANAllELLE.

Il n'a garde.

D. JUAN

Le temps vous fera voir comme j'en veux user.

CUAKLOTTE.

Aussi je n voudrais pas me laisser abuser, Voyez-vou : si j" sis pauvre, et native au village, J"ai d' l'honneur tout autant "'l'ou en ait ci mon âge: El pour tout l'or du monde on n' jne pourrait tenter, Si j' pensais qu'en aimant l'en me 1' voulût oter.

D. JUAN

Je voudrais vous l'ôter, moi? ce soupçon m'offense. Croyez que pour cela j'ai trop de conscience; Et que, si vos appas m'ont su d'abord charmer, Ce n'est qu'en tout honneurque je vous veux aimer. Pour vous le faire voir, apprenez que dans l'âme J'ai formé le dessein de vous faiie ma fenimc; J'en donne ma parole; et pour vous, au besoin, . L'homme que vous voyez en sera le témoin.

ACTIi II, Sf.K.M-: III.

ClIAIll.OTTE.

Vous m' vouriez épouser, moi?

D. JUAN

Cela vous étonne?

Demandez au-témoin que mon amour vous donne : Il 1111' connaît.

SCAXAREIXE.

Très-fort. Ne craignez rien : allez, 11 vous t'pouscra cent foi,*, si vous voulez; J'en réponds.

D. niAN.

Eli bien donc, pour le prix de ma flamme, Ne consentez-vous pas à devenir ma femme?

CllAKI-OlTE.

I faudrait à ma tanto en dire un petit mot,

Pour qu'ai' en fiit contente ? al" aime bian Piarrot.

D. JUAN

.le dirai ce qu'il faut et m'en rendrai le maître. Touchez là seulement, pour me faire connaître Que de votre cùté vous voulez bien de moi.

ClIAllLOTTE.

J' n'en veux que trop; mais vous?

D. JCAN.

Je vous donne ma foi ; Et deux petits baisers vont vous servir de gage...

ClIAllLOTTE.

Oii! monsieur, attendez qu' j'ons fait le mariage; Après ça, voyez-vous, je vous baiserai tant. Que vous n'erez qu'à dire.

D. JOAN

Ah ! me voilà content.

Tout ce que vous voulez, je le veux pour vous plaire ; Donnez-moi seulement votre main.

ClIAllLOTTE.

Pourquoi faire?

n. ji'AN.

II faut que cent baisers vous marquent l'intérêt...

Page 1