‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 747 sur 788 · D. JU.VN · texte numérisé non relu

D. JU.VN

Rien n'est si joli.

M. DrMANCIlE.

Monsieur, je...

D. JUAN

Que je l'aime!

Et le petit Colin, est-il encor de même? Fait-il toujours grand bruit avccque son tambour?

M. DIMANCHE

Oui, monsieur, on en est étourdi tout le jour. Je venais...

D. JUAN

Et Brnsquet, est-ce à sou ordinaire?

L'aimable petit chien pour ne pouvoir se taire! Mord-il toujours les gens aux jambes?

M. DI.M.\NCHE.

A ravir.

C'est pis ([ue ce n'était; nous n'en saurions chcvir : Et quand il ne voit pas notre petite lille...

D. JUAN

Je prends tant d'intérêt à toute la famille. Qu'on doit peu s'étonner si je m'informe ainsi De tout l'un après l'autre.

M. DIMANCHE

Oh ; je vous compte aussi Parmi ceux qui nous font ..

LE FESTIN DE PIEFiliR.

D. JUAN

Allons donc, jo vous prie, Touchez, monsieur Uiiiuuicbe.

M. DIiMAKCHE.

Ah!

D. JUAN

Muis, sans;',.illeriL'.

.'.l'uiinez-vous un peu, là?

M. DIJIANCIIE.

Trés-hunihlo serviteur.

D. JIAN.

l'arbleu! je suis à vous aussi de tout mon cœur-

M. IJUIANCIIE.

\ ous me rendez confus. Je...

D. JLAN.

Pour votre service, Il n'est rien qu'avec joie en tout temps je ne fisse.

-M. DIMAKCIIB.

(Test trop d'honneur pour moi; mais, monsieur, s'il .le viens pour... [vous plaît,

D. JUAN

Et cela, sans aucun inti!'rèt, Cro'yez-Ie.

M. DIMANCHE

Je n'ai point mérilé cette grâce.

Mais...

D. JUAN

Servir mes amis n'a rien qui m'embarrasse.

M. D151ANCIIE.

Si vous...

n. JIAN, se levant.

' Monsieur Dimanche, oh cfl, de bonne foi, \'ous n'avez point dîné; dînez avecque moi. Vous voilà tout porté.

M. DIMASGIIE.

Kon, monsieur, une affaire Me rappelle chez nous et m'y rend nécessaire.

D. JUAN

Vite, allons, ma calèche.

M. DtMANCilE.

Ah! c'est trop de moitié.

D. JUAN

Dépêchons.

M. ril.MANCIlE.

Non, monsieur.

D. JUAN

Vous n'irez point à pie.

M. DIMANCHE

J^onsieur, j'y vais toujours.

D. JUAN

La résistance est vaine, Vous m'êtes venu voir, je veux qu'on vous remèue.

M. DIMANCHE

J'avais là...

D. Jn.VN.

Tenez-moi pour voire serviteur.

M. DIMANCHE

Je voulais...

D. JUAN

Je le suis et votre débiteur.

M. DIMANCHE

.Ml I monsieur!

D. JUAN

Je n'en fais un secret à personne; Et de ce que je dois j'ai la mémoire bonne.

M. DIMANCHE

Si vous me...

D. JUAN

Voulez-vous que je descende en bas.

Que je vous reconduise?

M. DIMANCHE

Ah ! je ne le vaux pas.

.Mais...

D. JUAN

Embrassez-moi donc; c'est d'une amitié pure Qu'une seconde fois ici je vous conjure D'être persuadé qu'envers et contre tous il n'est rien qu'au besoin je ne fisse pour vous

(Don Juan aï relire.) SGANAI'.CLLE, recomlui^anl M. Dimanriie.

Vous avez en monsieur un ami véritable. Un...

W. DIMANCHE

De civilités il est vrai qu'il m'accable. Et j'en suis si confus, que je ne sais comment Lui pouvoir demander ce qu'il me doit.

SG.iNAllELLE.

Vraiment, Quand on parle de vous, il ne faut que l'enlcndro! (iomme lui toussesgensontpour vous le cœur tendre. Et pour vous le montrer, ah! que ne vous vient-on Donner quelque nasarde, ou des coups de bâton! Vous verriez de quel air...

M. DIM.VNCHE.

Je le crois, Sganarelle; Mais, pour lui, mille écus sont une bagatelle; Et deux mots dits par vous...

SGANAItELLE.

Allez, ne craignez rien...

Vous en dût-il vingt mille, il vous les paierait bien.

M. PIMAKCUE.

.Mais vous, vous me devez aussi, pour votre compte...

SGANAr.ELLE.

Fi! parler de cela! N'avez-vous point de honte?

>1. DIMANCHE

Comment?

SGANARELLE

Ne sais-je pas que je vous dois?

M. DIMANCHE

Si tous...

SGANARELLE

Allez, monsieur Dimanche, on vous attend chez vous.

M. DIMANCHE

Mais mon argent?

SGANAHELLE.

Eh bien, je dois : qui doit s'oblige.

ACTli IV, SCÈM^ VI.

bUI

Je veux...

Ah !

M. Ill,-.]A'.CI1E. SCANARUILK.

M. MVANC:iE.

J'cnlciids...

SCANAI'.LLLE.

Bon.

M. BlMANflIF,.

Mais...

^GA\A^,l;LL^:.

SI. DiMAXnii;.

SGANAriELLE.

Je..

Fi! vous Jis-jf.

SCKNK VI

D. JIAN, SGAN.UUa.LE, ELVIRE.

JT.ANAr.ELI.E.

Nous en voilà défaits.

I). JIAN.

El Tort civilement.

A-t-il lieu de s'en plaindre?

SCA.NAI'.LLIE.

Il aurait tort. Comment'

D. UAN.

?»""ai-jc pas...

scanaueue.

Ceux qui font les fautes, qu'ilsles boivent: Est-ce aux gens comme vous à payer ce qu'ils doin. JCAX. [venl.

(ju'on sache si liientùt le dîner sera pr6t.

(A nivirc, tjiril voit ciih-cr.) Quoi! vousencor, madame! En deux mots, s'il voi:s J'ai liàle. [phiil.

KLvn;E.

Dans l'ennui dont mon àme est atteinte, Vous craignez ma douleur; mais perdez cette crainte. Je ne viens pas ici jjleine de ce courroux (Jue je n'ai que trop fait éclater devant vous. Par un premier hymen une antre vous possède; On m'a tout éelairci : c'est un mal sans remède; Et je me, ferais tort de vouloir disputer Ce que contre les lois je ne puis emporter. J'ai sans doute à rougir, malgré iiion innocence, D'avpir cru mon amour avec tant d inipri dence, Qu'eii vous donnant la main j'ai reçu votre foi, Sans voir si vous étiez en pouvoir d'être à moi. (!e dessein avait beau me sembler téméraire, Je cliereliais le secret par la crainte d'un frère; Et le tendre penchant qui me fit tout oser. Sur vos serments trompeurs servit à m'ahuser. Le crime est pour vous seul, puisque, enlin cclaircie. Je songe à sati^fai^e à u)a gloire noircie. Et que, ne vous pouvant conserver pour époux, J'éteins la folle ardeur qui m'attachait à vo;is.

Non qu'un juste remords l'étouffé dans mon âme Jusques à n'y laisser amun restr de flamme : Mais ce reste n'est plus qu'un amour épuré, C'est un feu dont puur vous mon cœur est éclairé, Un feu purgé de tout, une sainte tendresse, (.lu'au commerce des sens nul dt-sir n'intéresse. Oui n'agit que pour vous.

SGANAnri.I.E.

Ah!

D. JUA.N.

Tu pleures, je croi; Ton cœur est attendri.

.SGANAr.ELI.E.

Monsieur, pardonnez-moi.

ELVinE.

C'est ce parfait amour qui m'engage à vous dire Ce qu'aujourd'hui le ciel pour voire bien m'inspire, F,e ciel dont la bonté cherche à vous secourir. Prêt à choir dans l'abîme où je vous vois courir. Oui, don Juan, je sais par quel amas de crimes Vos peines, qu'il résout, lui semblent légitimes; Et je viens de sa part vous dire que pour \ous Sa clémence a fait iilaco à son juste courroux; Que, las de vous attendre, il tient la foudre prèle, Qui, depuis si longtemps, menace votre tète; Qu'il est encore eu vous, par un prompt repentir, De trouver les moyens de vous en garantir ; Et que, pour éviter un malheur si funeste, Ce jour, ce jour peut-être est le seul qui vous rcMe.

SCA.NAnELLE.

Monsieur!

ELVMÎE.

Pour moi, qui sors de mon aveuglement.

Je n'ai plus à la terre aucun attachement : Ma retraite est conclue; et c'est là que sans cesse Mes larmes tâcheront d'effacer ma faiblesse. Heureuse si je puis, par mon austérité, fhtenir le pardon de ma crédulité!

Mais dans celte retraite, où l'on meurt à soi-même, J'î.urais, je vous l'avoue, une douleur extrèuie (Ju'un homme à qui j'ai cru pouvoir innocemiMcnt De mes plus tendres vceux donner l'empressement. Devînt, par un revers aux méchants redoutable. Des vengeances du ciel l'exemple épouvantalde.

Sc;AXAtlELI.E.

Monsieur, encore un coup...

CLvn;E,

De gniee, accordez-iî;ci Ce que doit mériter l'état où je me voi. Votre salut fait seul mes plus fortes alarmes : ^'e le refusez point à mes vœux, à mes larmes. Et, si volie intérêt ne vous saurait toucher. Au crime, eu ma faveur, daignez vous arracl-.er. Et m'épargner l'ennui d'avoir pour vous à craindre Le courroux que jamais le ciel ne laisse éteindr.'.

SGANAnEI.LE.

La pauvre femme!

ELVIRE

Enfin, si le faux nom d'époux

LE FESTIN DE l'IElUiE.

M"a fait tout ouliliin- pour vivre tout à vous; Si je vous ai l'ait voir la i)lus forte temlresse Oui jamais d'un cœur noble ait été la maîtresse, Tout le prix que j'en veux, c'est de vous voir songer Au bùniieur que pour vous je tâche à ménager.

SCA>AI!l;l.l,E.

Cœur de tigre!

ELVIRE

Voyez que tout est périssable ; Examinez la peine infaillible nu coupable; lit de votre salut faites-vous une loi, Ou pour l'amour de vous, ou pour l'amour de moi. C'est à ce but qu'il faut que tous vos désirs tendent. Et ce que de nouveau mes larmes vous demandent. Si ces larmes sont peu, j'ose vous en presser l'ar tout ce qui jamais vous put intéresser. Après cetle piiéie, adieu, je me retii'e. Songez à vous : c'est tout ce que j'avais à dire.

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