I.E COMTE d'eSSEX
Tout a tremblé sous moi, vous voulez que je tremble! L'imposture m'attaque, il est vrai; mais ce bras '■ liend l'Angleterre à craindre aux pins puissants États. Il a tout fait pour elle, et j'ai sujet de croire Que la longue faveur où m'a mis tant de gloii-e De mes vils ennemis viendra sans peine à bout : Elle me coûte assez pour en attendre tout.
SALSBOr.V.
L'État fleurit par vous, par vous on le redoute : .Mais enfin, quelque sang que sa gloire vous coule, Con}nie un sujet doit tout, s'il s'oublie une fois. On regarde sou crime, et non pas ses exploits. On veut que vos amis, par de sourdes intrigues, .Se soient mêlés pour vous de cabales, de ligues; Qu'au comte de Tyron ayant souvent écrit Vous ayez ménagé ce dangereux esprit; Et qu'avec l'Irlandais appuyant sa querelle Vous preniez le parli de ce peuple rebelle : On produit des témoins, et l'indice est puissant.
LE COMTE d'eSSEX.
Kt que peut leur rapport si je suis innocent?
Le comte de Tyron, que la reine appréhende,
Voudrait rentrer en grâce, y remettre l'Irlande;
Et je croirais servir l'État plus que jamais.
Si mon avis suivi pouvait faire sa paix.
Comme il hait les méchants, il meseiait utile
A chasser un Cohan, un Raleigh, un Cécile,
Un tas d'hommes sans nom, qui, lâchement flatteurs,
Des désordres publics font gloire d'être auteurs.
Par eux tout périra. La reine, qu'ils séduisent,
.\e veut pas que contre eux les gens de bien l'in.':-
3Ialtres de son esprit, ils lui font approuver [truisenl:
Tout ce qui peut servir à les mieux élever.
Leur grandeur se formant par la chute des autres...
SAISBUR#
Ils ont leurs intérêts, ne parlons que des vôtres. Depuis quatre ou cinq jours, sur quels justes projets Avez-vous de la reine assiégé le palais. Lorsque le duc d'irton épousant llenrielte...
Ah! faute irréparable, et que trop tard j'ai faite! Au lieu d'un peuple lâche et prompt à s'étonner. Que n'ai-je eu pour secours une armée à mener! Par le fer, ]iai' le feu, par tout ce qui peut être.
.l'aurais de ce palais voulu me rendre maître. C'en est fait; biens, trésors, rangs, dignités, emjiloi; Ce dessein m'a manqué, tout est perdu pour moi.
SALSIIURV.
Que m'apprend ce transport?
LE CO.MTE d'eSSCX.
Ou'unc flamme secrète Unissait mon destin à celui d'Henriette, Et que de mon amour son jeune cœur charmé Ne me déguisait pas que j'en étais aimé.
SALSBll-.V.
Le duc d'irton l'épouse, elle vous abandonne; Et vous pouvez pcjiser...
le COMTE d'eSSEX.
Son hymen vous étonne; Mais enfin apprenez par quels motifs secrets Elle s'est immolée à mes seuls intérêts. Confidente à la fois et fille de la reine. Elle avait su vers moi le penchant qui l'entraîne, l'our elle chaque jour réduite à me parler. Elle a voulu me vaincre, et n'a pu m'ébranler; Et, voyant son amour, où j'étais trop sensible, .Me donner pour la reine un dédain invincible. Pour m'en ôter la cause en m'ùiant tout >'spoir, Elle s'est mariée... lié! qui l'ei'it |iu prévoir? Sans cesse, en condamnant mes froideurs pour la Elle me préparait à cette affreuse peine; [reine. Mais, après la menace, un tendre et prompt retour Me mettait en repos sur la foi de l'amour. Enfin, par mon absence à me perdre enhai'die, Elle a contre elle-même usé de periiilie, Elle m'aimait, sans doute, et n'a donné sa foi Qu'en m'arrachant un cœur qui devait être .'i moi. .\ ce funeste avis, quelles rudes alarmes! Pour rompre son hymen j'ai fait prendre tes armes. En tumulte au palais je suis vite accouru; Dans toute sa fureur mon transport a paru. J'allais sauver un bien qu'on m'ôtait par surprise; Mais, averti trop tard, j'ai manqué l'entreprise; Le duc, unique objet do ce transport jaloux. De l'aimable Henriette était déjà l'époux. .Si j'ai trop éclaté, si l'on m'en fait un crime, Je mourrai de l'amour innocente victime ; Malheureux de savoir qu'après ce vain effort Le duc toujours heureux jouira de ma mort.
S.ILSBLT.Y.
Cette jeune duchesse a mérité, sans doute. Les cruels déplaisirs que sa perte vous coûte; .Mais, dans l'heureux succès que vos soins avaient eu, Aimé d'elle en secret, pourquoi vous être tu? La reine dont pour vous la tendresse infinie Prévient jusqu'aux souhaits...
LE COMTE d'eSSEX.
C'est là sa tyraunic.
Et que me sert, hélas! cet excès de faveur. Oui ne me laisse pas disposer de mon cœur? Toujours trop aimé d'elle, il m'a fallu contraindre Cet amour qu'Henriette eut beau vouloir éteindre. Pour ne hasarder pas un objet si cbarniant.
ACTK 1, SCÈ.VE II.
De la sœur de Siiffolk je ine feignis amant. 1
Souilaiii son inip!aeal)io cl jalonse colore |
Éloigna (lo mo.s yenx et la iO'ur et le fn re. Tous di'iix, (luoique sans crime, exilés île la conr, M'apiirircnl encor mieux à cacher mon amour. Vons en vojez la suite et mon malheur rxtrème. Ouel supplice! un rival possède ce i[ue j"aime! LNngrale au duc d'Iilon a pu se marier! Ah ciel !
SAisr.i r.v.
Elle est conpalile, il la faut oublier.
l.K COMTE D'tSSEX.
L'o\iblier! et ce conir ciMleviendrait capable! Ah! non, non ; voyons-la, cette belle coupable, .le l'alteuds en ce lieu. Depuis le triste jour (jue son funeste hymen a trahi mou amour, .N'ayai t pu lui parler, je viens enlin lui dire...
SAI.SDUaï
La voici qui paraît. Adieu, je me retire.
Quoi que vous attendiez d'un si cher entretien.
Songez qu'on veut vous perdre, et ne négligez rie