SCÈNE IV
CllIMÈNE, KI.VlllE.
CIIIMÈNE.
Elvire, que je souffrel et que je suis à idaindre! Je ne sais qu'espérer, et je vois tout à craindre; Aucun vœu ne m'échappe où j'ose consentir; Je ne souhaite rien sans un prompt reiientir. X deux rivaux pour moi je fais prendre les armes : Le plus heureux succès me coûtera des larmes; Et, quoi qu'en ma fa\euren ordonne le sort. .Mon père est sans vengeance, ou mon amant est mort.
ELVIRE
D'un et d'autre côté je vous vois soulagée : Ou vous avez Rodrigue, ou vous êtes vengée; Et, quoi que le destin puisse ordonner de vous. Il soutient votre gloire et vous doiine un ('pouN.
CIIIMÈNE.
Quoi! l'objet do ma haine, ou de tant de colère!
L'assassin de Rodrigue, ou celui de mon père!
De tous les deux côtes ou me donne un mari
Ericor tout teint du .'iang que j'ai le plus chéri.
De tous les deux côtes mon âme se rebelle.
Je crains plus que la mort la fin de ma querelle.
Allez, vengeance, amour, qui troublez mes esprits.
Vous n'avez point pour moi de douceurs à ce prix :
Et toi. puissant moteur du destin qui m'outrage,
Termine ce combat sans aucun avantage.
Sans faire aucun des deux ni vaincu ni \aiiiqueur.
ELVIRE
Ce serait vous traiter avec trop de rigueur.
Ce combat j.'jur votre àme est un nouveau supplice,
S'il vous laisse obligée à demander justice,
A témoigner toujours ce haut ressentiment.
Et poursuivre toujours la mort de votre amant.
.Madame, il vaut bien mieux que sa rare vaillance,
Lui couronnant le front, vous impose silence;
Que la loi du combat étouffe vos soupirs.
Et que le roi vous force à suivre vos désirs.
cin.MÈNi:.
(Juand il sera vainqueur, crois-tu que je me rende? Mon devoir est trop fort, et ma perle trop grande. Et ce n'est pas assez, pour leur faire la loi. Que celle du combat et le vouloir du roi. 11 peut vaincre don Sanohe avec fort peu de peine. Mais non pas avec lui la gloire de Chimène; Et, quoi qu'à sa victoire un monarque ait promis, Mon honneur lui fera mille autres ennemis.
ELVIRE
Gardez, pour vous punir de cet orgueil étrange, Que le ciel à la fin ne souffre qu'on vous venge. Quoi! vous voulez encor refu.ser le bonheur De pouvoir maintenant vous taire avec honneur? Que prétend ce devoir, et qu'est-ce qu'il espère? La mort de votre amant vous rendra-t-elle un père ? Est-ce trop peu pour vous que d'un coup de malheur? Eaut-il perle sur perle, et douleur sur douleur?