L. PASTEUR
INTRODUCTION
L'ouvrage que j'offre au public a pour objet la réfutation d’un écrit de Claude Bernard qui fut mis au jour six mois environ après la mort de l’illustre physiologiste. Cette publication excita une surprise universelle. On savait qu'à maintes reprises, dans des conversations, dans des écrits, dans des Rapports académiques, Claude Bernard avait exprimé sur mes travaux une approbation sans réserve, landis que dans ces Notes posthumes, à la suite d'expériences personnelles, il se trouvait en contradiction sur tous les points essentiels avec les résultats de mes études de ces vingt dernières années. Il faudrait méconnaître entièrement la noble passion qui anime tout savant, digne de ce nom, dans la recherche de la vérité, pour imaginer qu'entre Bernard et moi des mésintelligences auraient pu surgir, capables d’altérer la bonne opinion qu'il avait eue jusque-là de mes travaux. Bernard a été une des plus pures personnifications du savant et l’on ne nommerait pas un membre de l’Académie des sciences moins porté qu'il ne le fut à mêler au culte de la Vérité des considérations étrangères. Toutefois, je veux écarter jusqu'au soupçon de l’idée qu'un nuage aurait pu traverser nos relations de bonne confraternité. Qu'il me soit permis d’en aller chercher la preuve dans des souvenirs intimes.
La santé de Bernard fut très éprouvée pendant l’année 1866. Les médecins avec lesquels il était en communication habituelle, les D'° Rayer et Davaine, avaient perdu tout espoir de le guérir. Bernard, qui comptait peu sur la médecine, mais beaucoup sur la nature, l'hygiène et les soins que pourrait lui suggérer un examen attentif et quotidien des symptômes de son mal, se réfugia courageusement à celte même maison de campagne de Saint-Julien d’où sont datées les Notes sur la fermentation, dont je vais faire un examen critique. Ses amis, qui suivaient la marche de sa maladie avec la plus vive anxiété, s’ingéniaient, pour la plupart, à lui adresser des consolations et de réconfortants souvenirs. Personnellement, j'eus l’idée de faire paraître
dans le HMoniteur universel une appréciation sommaire de l'importance de ses travaux, de son enseignement et de sa méthode. Voici textuellement cet article, qui scella, pour ainsi dire, entre nous des liens d’une mutuelle et affectueuse confiance, comme on pourra s’en convaincre tout à l'heure :