BRIN-DE-BOULEAU
T pourtant , non ! Brin-de-Bouleau
n'était pas bête, ou plutôt elle
l'était à sa manière, ce qui est une
façon d'avoir de l'esprit.
Un matin, dans l'atelier où Fabien étudiait, on
avait vu entrer une assez jolie fille, mais si frêle
et si blanche, et tout ébouriffée de cheveux blonds,
qui venait se proposer pour modèle.
— o Mademoiselle pose les bouleaux? » demanda un rapin facétieux.
— a Je n'ai jamais essayé; quoique ça, je les poserai bien tout de même. »
L'atelier éclata de rire.
— « Ici, mademoiselle, on ne peint que la figure. Mais allez chez M. Corot, il cherche des bouleaux pour son tableau du salon.
306 lE CANOT DES SIX CAPITAINES.
— Vous dites : M. Corot ? »
Et la jolie fille s'en alla chez M. Corot à qui, gravement, elle raconta son histoire.
Chose qui n'étonnera personne, le bon peintre la reçut à merveille, ce babil d'oiseau Tamusait ! et tout le temps qu'elle voulut il permit à Suzette de venir flâner dans son atelier deux ou trois fois par semaine, payant les séances et lui laissant croire qu'elle posait.
Cela l'avait rendue très fière.
— a Que fais-tu maintenant, Suzette?
— Je pose les bouleaux chez Corot. »
D'où le surnom de Brin-de- Bouleau, qui convenait on ne peut mieux à sa fine petite personne argentée, et les cartes vraiment curieuses qu'elle s'était fait graver :