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Oeuvres de Paul Verlaine

De Sparte la sévère à la rieuse Attique, Les Aèdes, Orpheus, Alkaïos, étaient Encore des héros altiers et combattaient, Homéros, s'il n'a pas, lui, manié le glaive, Fait retentir, clameur immense qui s'élève. Vos échos jamais las, vastes postérités, D'Herktôr et d'Odysseus, et d'Akhilleus chantés. Les héros à leur tour, après les luttes vastes. Pieux, sacrifiaient aux neuf Déesses chastes. Et non moins que de l'art d'Ares furent épris De l'Art dont une Palme immortelle est le prix, Akhilleus entre tous ! Et le Laërtiade Dompta, parole d'or qui charme et persuade, Les esprits et les cœurs et les âmes toujours. Ainsi qu'Orpheus domptait les tigres et les ours.

— Plus tard, vers des climats plus rudes, en des ères

Barbares, chez les Francs tumultueux, nos pères.

Est-ce que le Trouvère héroïque n'eut pas

Comme le Preux sa part auguste des combats ?

Est-ce que, Théroldus ayant dit Charlemagne,

Et son neveu Roland resté dans la montagne,

Et le bon Olivier et Turpin au grand cœur,

En beaux couplets et sur un rhythme âpre et vainqueur,

Est-ce que, cinquante ans après, dans les batailles.

Les durs Leudes perdant leur sang par vingt entailles,

Ne chantaient pas le chant de geste sans rivaux

De Roland et de ceux qui virent Roncevaux

Et furent de l'énorme et superbe tuerie,

Du temps de l'Empereur à la barbe fleurie .-'...

PUËMES SATURNIENS ^

— Aujourd'hui, l'Action et le Rêve ont brise

Le pacte primitif par les siècles usé,

Et plusieurs ont trouvé funeste ce divorce

De l'Harmonie immense et bleue et de la Force.

La Force, qu'autrefois le Poète tenait

En bride, blanc cheval ailé qui rayonnait,

La Force, maintenant, la Force, c'est la Bete

Féroce bondissante et folle et toujours prête

À tout carnage, à tout dévastement, à tout

Égorgement, d'un bout du monde à l'autre bout .

L Action qu'autrefois réglait le chant des lyres,

Trouble, enivrée, en proie aux cent mille délires

Fuligineux d'un siècle en ébullition,

L'Action à présent, — ô pitié ! — 1 Action,

C'est l'ouragan, c'est la tempête, c'est la houle

Marine dans la nuit sans étoiles, qui roule

Et déroule parmi les bruits sourds l'effroi vert

Et rouge des éclairs sur le ciel entr'ouvert !

-Cependant, orgueilleux et doux, loin des vacarmes

De la vie et du choc désordonné des armes

Mercenaires, voyez, gravissant les hauteurs

Ineffables, voici le groupe des Chanteurs

Vêtus de blanc, et des lueurs d'apothéoses

Empourprent la fierté sereine de leurs poses :

Tous beaux, tous purs, avec des rayons dans les yeux.

Et sous leur front le rêve inachevé des Dieux .

Le monde, que troublait leur parole profonde,

Les exile. À leur tour ils exilent le monde !

C'est qu'ils ont à la fin compris qu'il ne faut plus

Mêler leur note pure aux cris irrésolus

Que va poussant la foule obscène et violente.

Et que l'isolement sied à leur marche lente.

Le Poète, l'amour du Beau, voilà sa foi,

L'Azur, son étendard, et l'Idéal, sa loi !

Ne lui demandez rien de plus, car ses prunelles,

Où le rayonnement des choses éternelles

A mis des visions qu'il suit avidement.

Ne sauraient s'abaisser une heure seulement

Sur le honteux conflit des besognes vulgaires

Et sur vos vanités plates ; et si naguères

On le vit au milieu des hommes, épousant

Leurs querelles, pleurant avec eux, les poussant

Aux guerres, célébrant l'orgueil des Républiques

Et l'éclat militaire et les splendeurs auliques.

Sur la kithare, sur la harpe et sur le luth,

S'il honorait parfois le présent d'un salut

Et daignait consentir à ce rôle de prêtre

D'aimer et de bénir, et s'il voulait bien être

La voix qui rit ou pleure alors qu'on pleure ou rit

S'il inclinait vers l'âme humaine son esprit,

C'est qu'il se méprenait alors sur l'âme humaine.

— Maintenant, va, mon Livre, oiî le hasard te mène.

MÊLANCHOLIA

À Ernest Boutier.

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