‹ Œuvres de Paul VerlaineChapitre 15 sur 55 · NUIT DU WALPURGIS CLASSIQUE · texte numérisé non relu

NUIT DU WALPURGIS CLASSIQUE

C'est plutôt le sabbat du second Faust que l'autre. Un rhythmique sabbat, rhythmique, extrêmement Rhythmique. — Imaginez un jardin de Lenôtre Correct, ridicule et charmant.

Des ronds-points ; au milieu, des jets d'eau ; des allées Toutes droites ; sylvains de marbre ; dieux marins De bronze ; çà et là, des Vénus étalées ; Des quinconces, des boulingrins ;

Des châtaigniers ; des plants de fleurs formant la dune ; Ici, des rosiers nains qu'un goût docte affila ; Plus loin, des ifs taillés en triangles. La lune D'un soir d'été sur tout cela.

Minuit sonne, et réveille au fond du parc aulique Un air mélancolique, un sourd, lent et doux air De chasse : tel, doux, lent, sourd et mélancolique. L'air de chasse de Tayinhauser.

Des chants voilés de cors lointains, où la tendresse Des sens étreint l'effroi de l'âme en des accords Harmonieusement dissonants dans l'ivresse ; Et voici qu'à l'appel des cors

Verlaine — Tome I 3

S'entrelacent soudain des formes toutes blanches, Diaphanes, et que le clair de lune fait Opalines parmi l'ombre verte des branches, — Un Wateau rêvé par RafFet ! —

S'entrelacent parmi l'ombre verte des arbres D'un geste alangui, plein d'un désespoir profond ; Puis, autour des massifs, des bronzes et des marbres. Très lentement dansent en rond.

— Ces spectres agités, sont-ce donc la pensée Du poète ivre, ou son regret ou son remords, Ces spectres agités en tourbe cadencée,

Ou bien tout simplement des morts ?

Sont-ce donc ton remords, ô rêvasseur qu'invite L'horreur, ou ton regret, ou ta pensée, — hein ? — tous Ces spectres qu'un vertige irrésistible agite.

Ou bien des morts qui seraient fous ? — -

N'importe ! ils vont toujours, les fébriles fantômes. Menant leur ronde vaste et morne et tressautant Comme dans un rayon de soleil des atomes. Et s'évaporant à l'instant

Humide et blême où l'aube éteint l'un après l'autre Les cors, en sorte qu'il ne reste absolument Plus rien — absolument — qu'un jardin de Lenôtre, Correct, ridicule et charmant.

POÈMES S.nVRNIENS 35

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ciie. <^'iriSf rit* .CHANSON D'AUTOMNE

Les sanglots longs ^fr'i-h'^'^

Des violons

De l'automne Blessent mon cœur D'une langueur À t'-'l-"'' ^''^

::) rAOi'""^V^ J «> ' Monotone.

^ ^'^\ç,,aC<^'i-^ Tout suffocant ■.

^ [\(A \/<^' ^î «SS-e- *' Et blême, quand ^ '

^(londol^^ a^'-^-V Sonne l'heure.^

d.^-.\ le me souviens û< © Des jours anciens \e,U'^€SSel/ ^Onfi-"

nK^ ^^ ^^ pleure;

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Et je m'en vais Au vent mauvais

Qui m'emporte Deçà, delà, Pareil à la

Feuille morte.

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