‹ Œuvres de Paul VerlaineChapitre 20 sur 55 · LA CHANSON DES INGÉNUES · texte numérisé non relu

LA CHANSON DES INGÉNUES

Nous sommes les Ingénues Aux bandeaux plats, à l'œil bleu, Qui vivons, presque inconnues, Dans les romans qu'on lit peu.

Nous allons entrelacées.

Et le jour n'est pas plus pur Que le fond de nos pensées, Et nos rêves sont d'azur ;

Et nous courons par les prées Et rions et babillons Des aubes jusqu'aux vesprées, Et chassons aux papillons ;

Et des chapeaux de bergères Défendent notre fraîcheur, Et nos robes — si légères — Sont d'une extrême blancheur ;

Les Richelieux, les Caussades Et les chevaliers Faublas Nous prodiguent les œillades, Les saluts et les « hélas ! »

Mais en vain, et leurs mimiques Se viennent casser le nez Devant les plis ironiques De nos jupons détournés ;

Et notre candeur se raille Des imaginations De ces raseurs de muraille, Bien que parfois nous sentions

Battre nos cceurs sous nos mantes À des pensers clandestins, En nous sachant les amantes Futures des libertins.

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