UN DAHLIA
Courtisane au sein dur, à l'œil opaque et brun S'ouvrant avec lenteur comme celui d'un bœuf, Ton grand torse reluit ainsi qu'un marbre neuf.
Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun Arôme, et la beauté sereine de ton corps Déroule, mate, ses impeccables accords.
Tu ne sens même pas la chair, ce goût qu'au moins lîxhalent celles-là qui vont fanant les foins, F,t tu trônes. Idole insensible à l'encens.
— Ainsi le Dahlia, roi vêtu de splendeur, "^lève sans orgueil sa tête sans odeur, Irritant au milieu des jasmins agaçants !
NEVERJSIORE
Allons, mon pauvre cœur, allons, mon vieux compl/re, Redresse et peins à neuf tous tes arcs triomphaux ; Brûle un encens ranci sur tes autgjs d'or faux ; Sème de fleurs les bords béants du précipice ; Allons, mon pauvre cœur, allons, mon vieux complice !
Pousse à Dieu ton cantique, ô chantre rajeuni ; Entonne, orgue enroué, des Te Deiim splendides ; Vieillard prématuré, mets du fard sur tes rides ; Couvre-toi de tapis mordorés, mur jauni ; Pousse à Dieu ton cantique, ô chantre rajeuni.
Sonnez, grelots ; sonnez, clochettes ; sonnez, cloches ! Car mon rêve impossible a pris corps et je l'ai Entre mes bras pressé : le Bonheur, cet ailé Voyageui' qui de l'Homme évite les approches,
— Sonnez, grelots ; sonnez, clochettes ; sonnez, cloches !
Le Bonheur a marché côte à côte avec moi ; Mais la FATALITE ne connaît point de trêves : Le ver est dans le fruit, le réveil dans le rêve. Et le remords est dans l'amour : telle est la loi.
— Le Bonheur a marché côte à côte avec moi.