‹ Œuvres de Paul VerlaineChapitre 8 sur 55 · CAUCHEMAR · texte numérisé non relu

CAUCHEMAR

J'ai vu passer dans mon rêve — Tel l'ouragan sur la grève, — D'une main tenant un glaive Et de l'autre un sablier.

Ce cavalier

Des ballades d'Allemagne Qu'à travers ville et campagne.

Et du fleuve à la montagne, Et des forêts au vallon, Un étalon

Rouge-flamme et noir d'ébène.

Sans bride, ni mors, ni rêne, Ni hop ! ni cravache, entraîne Parmi des râîements sourds Toujours ! toujours !

Un grand feutre à longue plume Ombrait son œil qui s'allume Et s'éteint. Tel, dans la brume.

Éclate et meurt l'éclair bleu D'une arme à feu.

Comme l'aile d'une orfraie Qu'un subit orage effraie, Par l'air que la neige raie, Son manteau se soulevant Claquait au vent,-

Et montrait d'un air de gloire Un torse d'ombre et d'ivoire.

Tandis que dans la nuit noire Luisaient en des cris stridents Trente-deux dents.

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