LE CIMETIERE AU BORD DE LA MER
Là, près des flots émus qui ne dorment jamais. Du sommeil éternel dort l'immobile paix.
tourmente des mers! ô calme de la tombe!
Le flot pour le troubler monte, mais il retombe, Et sa bruyante voix murmurant à l'entour, Expire en approchant du tranquille séjour.
A des jours fatigués quel port si désirable Peut présenter plus sûr un calme plus durable!
Autour d'une humble église, et d'arbres entouré. S'étend le champ paisible à la mort consacré. Un vieil if sur la route en indique l'entrée ; D'un haut et vert gazon son enceinte est parée; Un pommier, au milieu, de ses rameaux épais Laisse pendre des fruits qu'on ne cueille jamais, Qu'on voit naître et mûrir et tomber sur la terre. Nul mouvement, nul bruit; tout semble ici se taire. L'église sans pasteur est muette à son tour ; Et lui-même, immobile au sommet de la tour.
Le cadran dont l'aiguille animait ces demeures. Se tait, et pour les morts ne compte plus les heures.
Loin du monde et du temps, sous la garde des cieux, C'est là que du hameau reposent les aïeux.
Lî), sous l'épais gazon d'une terre inégale.
D'où l'on voit d'humbles croix sortir par intervalle, Ils viennent, déposant leur fatigue et leurs maux. De la longue journée oublier les travaux.
Ceux-ci, rameurs du port, dès la première étoile Pour jeter leurs filets arrondissaient la voile; Celui-là conduisait les chèvres au vallon:
Cet autre dans la plaine allongeait le sillon ,
Et chaque soir, du ciel observant les nuages,
Y chorchait pour ses blés de rassurants présages;
Cependant qu'avec eux, et plus près de la croix.
Au milieu du troupeau qu'il guidait autrefois
Leur past:ur dort lui-même, et, comme aux jours de fête,
Pour les conduire au ciel reste encore à leur tète.
Vous aussi, matelots, au pays revenus.
Vous êtes là couchés, sous les gazons connus
Où vous couriez enfants, quanii, la messe finie,
Vous fouliez de vos jeux cette terre bénie!
Battus de tous les vents et sur toutes les mers^
Des cieux les plus lointains, des bords les plus divers,
Rendus à leurs parents qu'un m^me lieu rassemble,
Les voilà maintenant qui reposent ensemble;
Et ce repos, si doux à leur corps accablé.
Par la fureur des vents ne sera plus troublé.
A l'abri du pommier qui protège leurs tètes,
Les matelots ici n'ont plus peur des tempêtes,
Plus à lutter le jour contre les éléments,
Plus à faire le soir sécher leurs vètx^ments.
Après les maux finis et la lutte cessé:\
Ils ont fermé les yeux, et dit dansJeur pensée :
La nuit sera paisible. Hélas! à côté d'eux.
L'humble église, à ses murs délabrés et poudreux.
Garde encor suspendus, suppliantes images.
Les vœux qu'en leur détresse ils faisaient aux orages.
Ainsi, ceux qui suivant des jours aventureux, Jeunes, ont demandé fortun:> à d'autns cieux,