GULLEYAZ, D. JUAN
GULLBTAZ, sur le sopha, faisant signe à D. Juan d'j prendre place auprès d'elle.
Dans ce lieu, dont je suis la maltresse suprême, Sois sans peur. Approche, assieds-toi.
D. lUAN.
De la peur! je ne sens que de la honte en moi.
L'indigne habit où je me voi Déshonore à mes yeux l'esclavage lui-même.
GULLETAZ.
Rends-lui grâce, il te fait entrer Dans ce terrible sanctuaire
Où nul homme assez téméraire, Si ce n'est mon sultan, n'a droit de pénétrer. Jeune chrétien, tu m'as su plaire.
D'un lieu secret, ce matin, au bazar, Mes yeux sur toi sont tombés par hasard.
Et tout à coup éblouis par tes charmes...
D. JUAN, pleurant de rage.
honte!
GULLETAZ.
Il pleure, enfant I comment le consoler?
Quoi 1 si près de mon sein, des pleurs peuvent couler I Quoi I si près de mes yeux, des yeux versent des larmes !
(EUe se lère et marche yen D. Jaan, qa*eUe regarde quelques instants fixement, puis eUe lui prend la main d*nn air d'empire. )
GULLEYAZ
Chrétien, a&-tu jamais aimé?
D. JUAN
Aimé! Haïdé! que dit-elle?
Inès! d'une rougeur nouvelle Je sens mon visage enflammé.
GULLETAZ.
Chrétien, as-tu jamais aimé?
D. JUAN
Quand, naguère encor, ma jeunesse Pouvait aimer en liberté.
Mon âme palpitait sans cesse Sous le regard de la beauté.
En vain maintenant la plus belle M'offrirait les plus heureux jours.
La liberté! rien n'est sans elle:
Et l'aigle emprisonné ne connaît plus d'amours