‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 22 sur 132 · chapitre v · texte numérisé non relu

chapitre v

Limite de l'œuvre de Rousseau.

Évidemment Rousseau n'a tracé et voulu tracer que les prolégomènes de la législation. On a pris ce qu'il a dit sur le contrat social pour une Jégislation ; voilà l'erreur.

Comment donc a-t-on pu séparer ce qui, dans sa pensée, était inséparable, savoir, le dogme de la souveraineté du peuple et l'idée d*un législateur qui rendrait possible cette souveraineté!

On croit avoir tout dit, lorsqu'on a dit souveraineté du peuple; mais il se trouve que, suivant Jean-Jacques lui-même, on a parlé seulement d'une chose à inventer, et qui n'est pas inventée. Car la souveraineté du peuple doit, suivant lui, être précédée d'un législateur.

On s'imagine, dis-je, vulgairement que Rousseau, parce qu'il a identifié le peuple et le souverain, a identifié également le peuple et le législateur. Nous venons de voir combien cela est faux. Il a fait le peuple souverain, et, en tant que souverain, il l'a fait arbitre des lois. Mais il a reconnu que l'initiation n'appartenait pas au peuple; il a reconnu la nécessité des révélateurs.

Il a enseigné la souveraineté du peuple, mais il a enseigné autre chose. Car il a enseigné que cette souveraineté du peuple devait être précédée d'un législateur, que cette souveraineté du peuple n'était viable qu'à la condition d'une initiation qui la ferait vivre.

Qu'elles sont belles les pages que je viens de citer, et combien elles auraient besoin d'être méditées de notre temps ! C'est parce qu'elles n'ont pas été comprises, c'est parce qu'on les a pour ainsi dire supprimées de l'œuvre de Jean-Jacques, que cette œuvre est une énigme

obscure, une erreur pour les uns, une vaine rêverie pour les autres, tandis que, pour ceux mêmes qui restent fidèles à sa doctrine, cette doctrine est un idéal à jamais impraticable.

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