‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 36 sur 88 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

|Ce qae disent les RoytUsies, et ce qalls font

Les RoyaiistescBBent :

Le pouToir vient de Dieu, le pouvoir est un fait, c'est la aaissanœ qui: fait le posTOlr;

II y a des hoflames nés pour commander, et d'autres pour obéir;

L'immense multitude est incapable de gouverner et de se gouverner;

Il faut des pasteurs an troupean ; il faut des chefs aux nations; il bat au peuple des prétares et des rois^

Des prêtres sapposeat un prêtre sapréme, un pape; un roi suppose des espèces de rois ou de princes inférieurs, intermédiaires esaite le prince suprên» et le peuple, c'est-à-dire des noMes, une noblesse;

Le gouvernement nécessaire, et par conséquent le seul légitime, est donc la Monarchie jointe an Catholicisme. Hors de là il n'y a qu'anarchie ; il n'y a pas même l'idée possible d'un gouvernement et d'un pouvoir.

Les Royalistes ne font ainsi que répéter le portrait politique que traçait Montesquieu de la Monarchie de Louis XIV, lorsque cette Monarchie de Louis Xiy allait s'abîmer dans le passé, et que Montesquieu pouvait dira : La MonareUê Frwêçm§e dafUjepmrleesiiifà lom àtrmoi.

Comment donc se fàit-il que cent ans après Montesquieu, quand les croyances qui avaient engendré la Monarchie de Louis Xiy ont été se détruisant de plus en plus, des hommes raisonnables, des intalligenees

élevées, et de nobles cœnrs, puissent saitre encore ce drapeau de la Monarchie de Louis XIV?

Et pourtant cela est; et depuis cinquante ans, depuis D'Eâpréménil et André Chénier jusqu'à Chateaubriand et Lamartine, depuis Cazalès jusqu'à Berryer, le Rojafisme est inyaincu et inTÎncible.

D'où vient cela, encore une fois? D'où vient, malheureuse France, que tant de tes plus nobliBS enfants déchirent tes entrailles sous ce drapeau du passé?

Je le dirai; oui, je le dirai. Je montrerai ce qu'il y a de vrai au fond de la conception du pouvofar qui fedt l'idéal et la force de la Secte

U fallait bien que cette conception du pouvoir ou du gouvernement fût vraie autrefois, puisqu'elle a subsisté, régné, et régné avec éclat, avec gloire. Il le fallait bien, puisque Montesquieu y a vu un rayon de la Divinité, puisqu'elle a été capable de lui faire entrevoir la loi générale des sociétés, la vie universeHe de la société humaine.

Je prends donc rengagement de justifier, en l'expliquant par le côté de la vérité qu'elle possède, la première des trois grandes Sectes politiques qui nous divisent.

Et il en résultera une lumière; car le Royalisme nous donnera ce qu'il porte de vérité dans ses entrailles, ce qui le fait vivre, ce qui le fait renaître.

Ce n'est, en effet, que faute d'une véritable conception du Pouvoir ou du Gouvernement gui convient à la France du Dix-Neumème Siècle, que le Royalisme, si souvent vaincu, renaît toujours, comme une hydre, d'abord à l'état de pur système, en vertu de la portion de vérité que ce système renferme, puis à l'état de parti actif, d'instrument de discorde ou de despotisme. Dieu n'a donné de force qu'à la vérité.

Les Royalistes usent de leur droit, lorsqu'en l'absence d'une véritable conception du pouvoir ou du gouvernement qui convient à la France du Dix-Neuvième Siècle, ils présentent la leur. Qu'importe, sous le rapport du droit qu'ils ont de la présenter, que cette conception soit surannée? Encore une fois, dépouillez-la de la portion de vérité qu'elle renferme, si vous ne voulez pas qu'ils la présentent toujours.

Ne voyez-vous pas qu'ils sont là providentiellement, parce que l'être politique nouveau qui donnera la paix au monde doit sortir en partie de leur tendance, et reprodonre sous des formes nouveBes la vérité essenttelfo dé leur idéal?

Eh tant que système, donc, et en Fabsenee d'ime vraie doctrine, le Royalisme a droit au concours; car sa conceptiow du pouvoir se retrouvera inévitablement, mais transformée, et par conséquent anéantie en tant que forme et manifestation, dans le pouvmr de Tavenir.

Hais ensuite, appliquant cette conception à la réalité présente, k>s Royalistes cherchent à démêler les éléments du passé au milieu do la confusion actuelle, comme un général, après une bataille, chercherait ses capitaines et ses soldats parmi les mourants et les morts. Ils disent : Celui-là est roi, parce qu'il est de telle famille et de telle branche de cette famille; ceux-ci sont gouvernants et doivent servir d'intermédiaires entre le prince et le peuple, parce que leurs ancêtres ont autrefois rempli ce rôle, parce qu'ils sont nobles ou dignes d'être anoblis. EnQn voici les pasteurs du troupeau de Jésus- Christ, les dépositaires de la morale et de la vie spirituelle : voyez! n'ont-ils pas la robe des prêtres? Ils retrouvent ainsi leurs idoles au milieu des ruines, et ils se bercent de rillusion de reconstituer le passé.

Alors ils ne deviennent plus qu'un parti brutal et aveugle. Vaincus, ils font des Vendées, et s'allient à l'étranger contre la France. Vainqueurs, ils fout des lois du sacrilège et des lois du droit d' aînesse; ils font des lois de censure; et quand la pensée leur échappe encore, et qu'on leur refuse les moyens de faire de nouvelles lois contre elle, ils font des ordonnances de parjure, de meurtre et de carnage. Ils font la Reslau ration!

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