‹ Œuvres de RabelaisChapitre 76 sur 231 · COMMENT GARGANTUA FUT UN'ZE MOIS PORTÉ OU VENTRE DE SA MERE · texte numérisé non relu

COMMENT GARGANTUA FUT UN'ZE MOIS PORTÉ OU VENTRE DE SA MERE

Grandgousier estoit bon raillard en son temps, aymant à bo\Te net autant que homme qui pour lors fust au monde, et mangeoit voluntiers salé. A ccste fin, avoit ordinairement bonne munition de jambons de ^lagence et de Baionne, force langues de bœuf fumées, abondance de andouillesen la saison, et bœuf salle à la moustarde; renfort de boutargues, provision de saulcisses, non de Bouloigne (car il craignoit ly boucon de Lombard), mais de Bigorre, de Lonquaulnay, de la Brene et de Rouargue. En son eage virile espousa Gargamelle, fille du roy des Parpaillos, belle gouge et de bonne troigne. Et faisoient eux deux souvent ensemble la beste à deux doz, joyeusement se frotans leur lard, tant qu'elle engroissa d'un beau filz, et le porta jusques à l'unziesme mois.

Car autant, voire dadvantage, peuvent les femmes ventre porter, mesmement quand c'est quelque chef d'œu\Te, et personnage qui doibve en son temps faire grandes prouesses, comme dict Homère que l'enfant, duquel Neptune engroissa la nymphe, nasquit l'an après révolu : ce fut le douziesme mois. Car (comme dit A. Celle, lib. III) ce long temps convenoit à la majesté de Neptune, affin qu'en icelluy l'enfant feust formé à perfection. A pareille raison Jupiter feist durer quarante huit heures la nuyct qu'il coucha avec Alcmene. Car en moins de temps n'eust il peu forger Hercules, qui nettoia le monde de monstres et tyrans.

Messieurs les anciens PantagrueUstes ont conformé ce que je dis, et ont declairé non seulement possible, mais aussi legi-

time, l'enfant né de femme l'unziesme mois après la mort de son mary.

Hippocrates, lih. De alimento.

PHne, lih. VII, cap. V. ' Plante, in Cistellaria.

Marcus Varro, en la satyre inscripte Le Testament, allegant l'autorité d'Aristoteles à ce propos.

Censorinus, lih. De die natali.

Aristoteles, Uhr. VU, capi. III et IV, de Natiira miiyna- Hum.

GelHus, lih. III, cap. XVI.

Servius, in EgL, exposant ce mètre de Virgile,

Matri longa decem, etc.

et mille aultres fols, le nombre desquelz a esté par les légistes acreu, -ff. de Suis, et legit. l. Intestato. § fin, et in Authent. De restitut. et ea que parit in XI. mense.

D'abondant en ont chaffouré leur robidilardicque loy Gallus, ■§. De lih. et posihimi. et l. septimo, -ff De stat. homin., et quelques aultres, que pour le présent dire n'ause. Moyennans lesquelles loys, les femmes vefves peuvent franchement jouer du serrecropiere à tous enviz et toutes restes, deux mois après le trespas de leurs mariz.

Je vous prie par grâce, vous aultres mes bons averlans, si d'icelles en trouvez que vaillent le desbraguetter, montez dessus et me les amenez.

Car, si au troisiesme moys elles engroissent, leur fruict sera héritier du defunct; et, la groisse cogneue, poussent hardiment oultre, et vogue la galée, puis que la panse est pleine ! — comme Julie, fille de l'empereur Octavian, ne se abandonnoit à ses taboureurs sinon quand elle se sentoit grosse, à la forme que la navire ne reçoit son pilot que premièrement ne soit callafatée et chargée. Et si personne les blasme de soy faire rataconniculer ainsi suz leur groisse, veu que les bestes sus

leurs ventrées n'endurent jamais le masle masculant, elles respondront que ce sont bestes, mais elles sont femmes, bien entendentes les beaulxet joyeux menuz droictz de superfectation, comme jadis respondit Populie, selon le rapport de Macrobe, lib. II, Saturnal.

Si le diavol ne veult qu'elles engroissent, il faudra tortre le douzil, et bouche clouse.

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