NERON, BUR R H US
QUe cette' paix, Seigneur, 8c ces embrafièmt Vont offrir à mes yeux de ipectacles ck mans!
Vous ûvez fi jamais ma voix lui fut contraire Si de lbn amitié j'ai voulu vous diftraire , ,Et ii jJai mérité cet injuile courroux,,
Je ne vous flatte point, je me plaignois de vou Burrhus, je vous ai crûs tous deux d'inteliigenc Mais fbn inimitié vous rend ma confiance , Elle fe hâte trop, Burrhus, de triompher. J'embrafïè mon Rival > mais c'eil pour l'étoufE
Burrhus.
Quoi Seigneur !
C'en eft trop. Il faut que fà ruii Me délivre à jamais des fureurs d'Agrippine. Tant «ju'il îcipireru je ne vis qu'à demi,
le -m'a fatigué de ce nom ennemi,
.: je ne prétens pas que fà coupable audace
Jne féconde tbis lui promette ma place.
:1e va donc bien-tôt pleurer Britannicus.
/ant la fin du jour je ne le craindrai plus.
: qui de ce defîêin vous infpire l'envie ?
a gloire , mon amour , ma fureté, ma vie.
,3n , quoi que vous difiez , cet horrible defîèin m fut jamais, Seigneur, conçu dans vôtre fèin.
B'.Hrhus!
I De vôtre bouche , ô Ciel! puis-jc l'apprendre?
ÏJîus-même fans frémir avez-vous pu l'entendre?
Bngez-vous dans quel fàng vous allez vous baigner ?
( eron dans tous les *:œurs eft-il las de régner?
lie dira-t-on de vous? Quelle eft vôtre penfee? N e r o N.
«îoi .toujours enchaîné de ma gloire pafïee, lurai devant les yeux je ne fài quel amour , ue le hazard nous donne 8c nous ôte en unjour?
■umis à tous leurs vœux, âmes deiirs contraire, is-je leur Empereur feulement pour leur plaire?
; ne fufKt-il pas, Seigneur, à vos fbuhaits irie le bonheur public fbit un de vos bienfaits? eft à vous à clioifir, vous êtes encor maître, ertueux-jufqu'ici vous pouvez toujours l'être» t chemin eft tracé , rien oie vous retient plus, ousn'avez quà marcher de vertus en vertus.
Mais
ï$4> B R I T A N N I C US.
Mais 11 de vos flateurs vous fùïvez la maxime; Il vous faudra , Seigneur , courir de crime e
crime, Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautez , Et laver dans le làng vos bras enfànglantez. Britannicus mourant excitera le zèle De lès Amis tout prêts à prendre fà querelle. Ces Vengeurs trouveront de nouveaux Défenfèui Qui même après leur mort auront des iucceflèui Vous allumez un feu qui ne pourra "s'éteindre. Craint de tout l'Univers il vous faudra tout crai
dre; Toujours punir, toujours trembler dans vos pr
jets, Et pour vos Ennemis compter tous vos Sujets. Ah! de vos premiers ans l'heureuiè expérience Vous fait-elle, Seigneur, haïr votre innocence Songez vous au bonheur qui les a fignalez ? Dans quel repos, ô Ciel! les avez- vous coulez' Quel plaifir de penfèr Se de dire en vous-même Par tout , en ce moment , on me bénit , on m'aim Qn ne voit j>lus le Peuple à mon nom s'allarmet Le Ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point m,
mer.
"Leur [ombre inimitié ne fuit point mon viùtge , Je vei voler par tout les cœurs a mon paffage ! Tels étoient vos plaifir s. Quel changement ,
Dieux !
Le fàng le plus abject vous étoit précieux. Un jour, il m'en fouvient, le Sénat équitable Vous prefîbit fde lbuicrire à là mort d'un Cou]
blc.
Vous reiiftiez , Seigneur , à leur ièverité , Vôtre cœur s'aceuioit de trop de cruauté, Et plaignant les malheurs attachez à l'Empire , J% voudrois , difiez-vous , ne /avoir pas écrire.
Ne
TRAGEDIE. ïZ?
on , ou vous roc croirez , ou bien de ce malheur
[a mort m'épargnera la vue 8c la douleur.
|q ne me verra point lùrvivre à vôtpé gloire,
i vous allez commettre une action il noire.
Le voilà prêt , * Seigneur , avant que de par*
j - tir,
uites percer ce cœur qui n'y peut conièntir.
.^peliez les cruels qui vous l'ont infpirée ,
li'ils viennent eilàyer leur main mal aiïurée.
ais je voi que mes pleurs touchent mon Empereur,
I voi que là vertu frémit de leur fureur.