‹ Œuvres de RacineChapitre 120 sur 197 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Britannicus.

OUi , Madame , Néron ( qui l'auroit pu peniêi Dans Ion Appartement m'attend pour m'en braïlèr.

Il y fait de là Cour inviter la Jeuneflè. Il veut que d'un Feftin la pompe & l'allegrefle Confirment à leurs yeux la foi de nos ièrmens. Et réchauffent l'ardeur de nos embrafiemens. Il éteint cet amour fource de tant de haine , Il vous fait de mon fort arbitre Souveraine. Pour moi , quoique banni du rang de mes ayeu Quoique de leur dépouille il fè pare à mes yeu Depuis qu'à mon amour cefîànt d'être contrair Il lèmble me céder la gloire de vous plaire j Mon cœur , je l'avourai , lui pardonne en iècn Et lui laiiîè le refte avec moins de regret. Quoi ! je ne ferai plus fèparé de vos charmes? Quoi ! même en ce moment je puis voir làns :

larmes Ces yeux , que n'ont émus ni fbûpirs , ni terrei Qui m'ont iàcrine l'Empire ôc l'Empereur ? Ah iMadame ! Mais quoi ?, Quelle nouvelle crai

te

Ti<

! Tient parmi mes transports vôtre joye en contrainte ?

; D'où vient qu'en m 'écoutant, vos yeux, vos triâtes yeux T.jVvec de longs regards fè tournent vers les Cieux? ^u'elt-ce que vous craignez, !

Je l'ignore moi-mênîe, priais je crains.

Britannicus.

Vous m'aimez, ?

Helas ! fi je vous aime ?

Britannicus.

m >îeron ne trouble plus notre félicité.

ilvlais me répondez-vous de là iincerité?

I^uoi ! vous le Soupçonnez d'une haine couverte?

~ NTeron m'aimoit tantôt , il juroit vôtre perte. 1 1 me fuit , il vous cherche. Un û grand changement I Peut-il être , Seigneur , l'ouvrage d'un moment ?

Britannicus.

t Zet ouvrage , Madame , efl un coup d'Àgrippïne. i ille a crû que ma perte entraînoit là ruine. |3race aux préventions de fbn efprit jaloux, ' Nos plus grands ennemis ont combattu pour

nous.

Je m'en fie aux transports qu'elle m'a fait paraître.

Je m'en fie à Burrhus. J'en croi même fon Maître.

Je croi , qu'à mon exemple impuiiïànt à trahir , Il hait à cœur ouvert , ou celle de haïr.

N 3 Ju-

ipi £ R I T A N N I C XT £

Seigneur , ne jugez, pas de ion cœur par levj-

tre.

Sur des pas differens vous marchez l'un 8c l'au

tre.

Je ne connois Néron 8c la Cour que d'un jour. Mais , ïï je l'oie dire, helas ! dans*cette Cour, Combien tout ce qu'on dit eft loin de ce qu'o:

peniè !

Que la bouche 5c le cœur ibnt peu d'intelligence! Avec combien de joye on y trahit ià foi ! Quel iêjour étranger 8c pour vous 8c pour moi!

Mais que ion amitié ibit véritable ou feinte, Si vous craignez. Néron , lui-même eft- il iân

crainte ?

Non , non , il n'ira point par un lâche attentat Soulever contre lui le Peuple 8c le Sénat. Que dis-je ? il reconnoît ià dernière injuftice. Ses remords ont paru même aux yeux de Nài

cifîè.

Ah ! s'il vous avoit dit , ma Ptinceilè , à qui

point . . .

Mais Narcifîè , Seigueur , ne vous trahit-il point

Britannicus.

Et pourquoi voulez-vous que mon cœur s'en de fie?

Et que iài-je ? Il y va , Seigneur , de vôtre vie. Tout m'eft fuipecl:. Je crains que tout ne foit fé

duit.

Je crains Néron. Je crains le malheur qui me iùil D'un noir preflentiment malgré moi prévenue, Je vous laiilè à regret éloigner de ma vue. Helas ! iï cette paix, dont vous vous repaiiîêz,

Cou

ouvroit contre vos jours quelques pièges dreflêz : , Néron irrité de nôtre intelligence voit choiii la nuit pour cacher fa vengeance ! il preparoit {es coups tandis que je vous vois ! : li je vous parlois pour la dernière fois! h Prince !

Britannicus.

Vous pleurez, ! Ah ma chère PrinceiTè ! : pour moi jufques-là vôtre cœur s'interefle ? moi Madame ! en un jour , où plein de là grandeur , eron croit éblouir vos yeux de fi. fplendeur, ms des lieux où chacun me fuit 2c le révère , jx pompes de fà Cour prérerer ma mifére ! uoi ! dans ce même jour , 8c dans ces mêmes

lieux lefufèr un Empire, 8c pleurer à mes yeux! : ais , Madame , arrêtez ces precieufes larmes » on retour va bien-tôt dilTiper vos allarmes. 1 me rendrois fufpecl: par un plus long iejour. dieu , je vais le cœur tout plein de mon amour, u milieu des tranfports d'une aveugle Jeuneile , le voir, n'entretenir que ma belle Princeïîè. dieu.

Prince

Britannicus.

On m'attend , Madame , il faut partir. J u n 1 E.

lais du moins attendez qu'on vous vienne avertir,

i$4 BRITjfNNICUS,

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