A G RIP PI NE, NERON, BURRHUS NARCISSE
Néron Voyant Agrippine
Dieux !
Arrêtez , Néron. J'ai deux mots à vous dir Britannicus eft mort. Je reconnois les coups. . Je connois l'aflàûin.
Et qui, Madame?
Vous.
Moi ! Voilà les foupçons dont vous êtes capabl Il n'eiï point de malheurs dont je ne fois coup.
ble.
Et fi Ton veut , Madame , écouter vos difcour; Ma main de Claude même aura tranché les joui Son Fils vous étoit cher , là mort peut vous coi
tondre. Mais des coups du Deftin je ne puis pas répondr
Non , non , Britannicus eft mort empoifbnné. Narciûe a fait le coup , vous l'avez, ordonné.
Madame , mais qui peut vous tenir ce langage !
Narcisse.
Hé, Seigneur ! cefbupçon vous fait-il tant d'où
trage ?
Britannicus , Madame , eut des defîèins fecrets. Qui vous auroient coûts de plus jufles regrets.
III afpiroit plus loin qu'à l'Hymen de Junie. De vos propres bontez il vous auroit punie. Il vous trompoit vous-même , 8c Ion cœur offenfé Prétendoit tôt ou tard rappeller le pafîe. Soit donc que malgré vous le fort vous ait /èrvie; [Soit qu'inftruit des complots qui menaçoient là vie, iSur ma fidélité Cefàr sen foit remis , Laifîèz les pleurs , Madame , à vos lèuls ennemis. Qu'ils mettent ce malheur au rang des plus iiniflrds. Mais vous . . .
Pourfùi , Néron , avec de tels Miniflres» Par des faits glorieux tu te vas fignaler. jlPourfui. Tu n'as pas fait ce pas pour reculer.
■ Ta main a commencé pur le iang de ton Frère, je prévois que tes coups viendront jufqu'à ta Mère. Dans le fond de ton cœur , je fais que tu me hais.
iTu voudras t'affranchir du joug de mes bienfaits, il Mais je veux que ma mort te ioit même inutile: INe crois pas qu'en mourant je te laine tranquille. iRome , ce Ciel , ce jour , que tu reçus de moi , IPar tout, atout moment, m'offriront devant toi.
■ Tes remords te fuivront comme autant de furies, ,Tu croiras les calmer par d'autres barbaries.
Ta fureur s irritant foi-même dans fon cours D'un fàng toujours nouveau marquera tous tes jours, i Mais j'eipere qu'enfin le Ciel las de tes crimes, Ajoutera ta perte à tant d'autres victimes ; Qu'après t'être couvert de leur fàng & du mien , Tu te verras forcé de répandre le tien. Et ton nom paroîtra dans la race future rAux plus cruels Tyrans une cruelle injure. Voilà ce que mon cœur fe preiàgc de toi. Adieu, tu peux fortir.
Néron.
NarcifTc , fuivez-moî, N 7 SCE-
|oo BRITANNICUS.