‹ Œuvres de RacineChapitre 141 sur 197 · BERENICE , ANTIOCHUS , ARSACE, PHENICE · texte numérisé non relu

BERENICE , ANTIOCHUS , ARSACE, PHENICE

Bérénice.

I E' quoi , Seigneur , vous n'êtes poir parti ?

Antiochus.

Madame , je vois bien que vous êtes déçue , Et que c'étoit Ceiàr que cherchoit vôtre vue. Mais n'accufèz que lui, fi malgré mes adieux, De ma préïence encor j'importune vos yeux.

Peut

Peut-être en ce moment, je ièrois dans Oflie, S'il ne m'eût de là Cour défendu la ibrtie.

Il vous cherche vous lèul. Il nous évite tous.

Il ne m'a retenu que pour parler de vous.

De moi, Prince!

Antiochus.

Oui, Madame.

Bérénice.

Et qu'a-t-il pu vous dire Antiochus.

Mille autres , mieux que moi , pourront vous en inïtruire.

Bérénice.

Quoi, Seigneur . ..

Antiochus.

Sulpendez. vôtre reflentiment.

D'autres loin de le taire en ce même moment, :• TriompheToienr peut-être , 8cpieins.de confiance ÉCederoient avec joye à vôtre impatiance. c Mais moi , toujours tremblant , moi , vous le lavez, bien, A qui vôtre repos eft plus cher que le mien, Pour ne le point troubler , j aime mieux vous déplaire , Et crains vôtre douleur plus que vôtre colère. S Avant la fin du jour vous me juilifîrez, îi Adieu, Madame.

Bérénice.

O Cieli Quel diicoars! Demeurez.

Prince , c'efi: trop cacher mon trouble à vôtre vue , Vous voyez, devant vous une Reine éperdue , Qui la mort dans le lein , vous demande deux mots. Vous craignez, , dites- vous , de troubler mon repos,

Et

3?o BERENICE.

Et vos refus cruels, loin d'épargner ma peine, Excitent ma douleur, ma colère, ma haine. Seigneur , iî mon repos vous eft il précieux , Si moi-même jamais je fus chère à vos yeux , Eclairciilèz le trouble où vous voyez, mon ame. Que vous a dit Titus ?

Antiochus.

Au nom des Dieux, Madame...

Bérénice.

Quoi ! vous craignez il peu de me deibbeïr ?

Antiochus.

Je n'ai qu'à vous parler pour me faire haïr.

Bérénice.

Je veux que vous parliez.

Antiochus.

Dieux ! quelle violence Madame , encore un coup, vous loûrez mon iïlence.

Bérénice.

Prince dès ce moment contentez mes fbuhaits. Ou fbyez de ma haine ailùré pour jamais.

Antiochus.

Madame, après cela je ne puis plus me taire. He bien, vous le voulez, il faut vous fàtisfaire. Mais ne vous flattez point. Je vais vous annonça Peut-être des malheurs , où vous n'oièz penfèr. ]e connois vôtre cœur. Vous devez vous attendre Que je le vais frapper par l'endroit le plus tendre. Titus m'a commandé

Quoi?

Antiochus.

De vous déclarer Qu'à jamais l'un de l'autre il vous faut fè'parer.

Bérénice.

Nous fc'parer ? Qui ? Moi ? Titus de Bérénice ?

An-

T R A G E D I E. Jfï

Antiochus.

Iti faut que devant vous je lui rende juftice. iTout ce que dans un cœur fènfible Se généreux l L'amour au dejêipoir peut rafièmbler d'affreux, Ije l'ai vu dans le lien. Il pleure} il vous adore. fAlais enfin que lui fèrt de vous aimer encore?

■ Jne Reine eft fùipeéte à l'Empire Romain. 1:1 faut vous féparer , 8c vous partez demain.

Bérénice.

■ Mous féparer! Helas, Phenice ! -

Hé bien, Madame, £ 1 faut ici montrer la grandeur de vôtre ame. I De coup fans doute eft rude , il doit vous étonner.

Bérénice.

••• \près tant de fer mens Titus m 'abandonner !

I Titus qui me juroit.... Non, je ne le puis croire,1

I I ne me quitte point , il y va de fa gloire. |3qntre fon innocence on me veut prévenir. l-e piège n'eft tendu que pour nous defùnir.

■ Titus m'aime. Titus ne veut point que je meure.

0 Mlons le voir. Je veux lui parler tout à l'heure. BUlonS.

Antiochus Quoi ? Vous pourriez ici me regarder . . . 1

1 Vous le fbuhaitez trop pour me perfùader.

Non,, je ne vous crois point. Mais quoi qu'il en

puifîè être, Pour jamais à mes yeux gardez-vous de paraître. * Ne m'abandonne pas dans l'état où je luis, ■Helas! pour me tromper je fais ce que je puis. * à Phenice.

SCE-

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