‹ Œuvres de RacineChapitre 143 sur 197 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BERENICE, feule.

PHenice ne vient point ? Momens trop rigou reux , Que vous paroifîèz lents à mes rapides vœux ! Je m'agite , je cours , languiflànte , abattue , La force m'abandonne , 8c le repos me tue , Phénice ne vient point ? Ah que cette longueu: D'un prélàge funefte épouvante mon cœur ! Phenice n'aura point de réponfe à me rendre. Titus , l'ingrat Titus n'a point voulu l'entendre. Il fuit, il fè dérobe à ma jufle fureur.

BERENICE, PHENICE.

Bérénice.

CHere Phenice , hé bien ! as-tu vu l'Empereur: Qu'a-t-il dit ? Viendra-t-il?

Phenice.

Oui , je l'ai vu , Madame :

Et j'ai peint à iès yeux le trouble de votre ame. J'ai vu couler des pleurs qu'il vouloit retenir.

T R A G E B I JE, '$ff

Bérénice.

^Vient-il ?

N'en doutez point, Madame, il va venir. ■Mais voulez-vous paroître en ce defordre extrême ?

: Remettez-vous , Madame , 8c rentrez en vousmême.

iLaiûez-moi relever ca voiles détachez , ■Et ces cheveux épars dont vos yeux font cachez. "...Sourirez que de vos pleurs je repare l'outrage.

Bérénice.

JjLaiïïè, laiïTe, Phcnice, il verra fbn ouvrage, ■Et que m'importe, helas ! de ces vains ornemens? ■Si ma foi , ii mes pleurs , iî mes gemiffemens ; ■Mais quedis-je, mes pleurs? fi ma perte certaine, ■Si ma mort toute prête enfin ne le rameine, ; Di-moi, que produiront tes fècours foperflus, J Et tout ce foible éclat qui ne le touche plus?

1 Pourquoi lui faites-vous cet injufte reproche? ■J'entens du bruit, Madame, 6c l'Empereur s'approche.

Venez, fuyez la foule , Se rentrons promptement. Vous l'entretiendrez ièul dans vôtre Appartement.

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