SCENE PREMIERE
BERENICE, feule.
PHenice ne vient point ? Momens trop rigou reux , Que vous paroifîèz lents à mes rapides vœux ! Je m'agite , je cours , languiflànte , abattue , La force m'abandonne , 8c le repos me tue , Phénice ne vient point ? Ah que cette longueu: D'un prélàge funefte épouvante mon cœur ! Phenice n'aura point de réponfe à me rendre. Titus , l'ingrat Titus n'a point voulu l'entendre. Il fuit, il fè dérobe à ma jufle fureur.
BERENICE, PHENICE.
Bérénice.
CHere Phenice , hé bien ! as-tu vu l'Empereur: Qu'a-t-il dit ? Viendra-t-il?
Phenice.
Oui , je l'ai vu , Madame :
Et j'ai peint à iès yeux le trouble de votre ame. J'ai vu couler des pleurs qu'il vouloit retenir.
T R A G E B I JE, '$ff
Bérénice.
^Vient-il ?
N'en doutez point, Madame, il va venir. ■Mais voulez-vous paroître en ce defordre extrême ?
: Remettez-vous , Madame , 8c rentrez en vousmême.
iLaiûez-moi relever ca voiles détachez , ■Et ces cheveux épars dont vos yeux font cachez. "...Sourirez que de vos pleurs je repare l'outrage.
Bérénice.
JjLaiïïè, laiïTe, Phcnice, il verra fbn ouvrage, ■Et que m'importe, helas ! de ces vains ornemens? ■Si ma foi , ii mes pleurs , iî mes gemiffemens ; ■Mais quedis-je, mes pleurs? fi ma perte certaine, ■Si ma mort toute prête enfin ne le rameine, ; Di-moi, que produiront tes fècours foperflus, J Et tout ce foible éclat qui ne le touche plus?
1 Pourquoi lui faites-vous cet injufte reproche? ■J'entens du bruit, Madame, 6c l'Empereur s'approche.
Venez, fuyez la foule , Se rentrons promptement. Vous l'entretiendrez ièul dans vôtre Appartement.